Promenades parisiennes

Les feuilles colorées, abandonnées dans les allées du parc, me servent de marque page pour Zone de Mathias Enard, roman gigantesque dont la lecture m’aspire à chaque déplacement : métro, train. L’action du roman se passe justement dans un train ou un homme, avec une mallette mystérieuse, se rend à Rome. Odyssée poétique et assez fascinante pour l’instant.

Automne donc, indéniablement. La lumière n’est plus la même, couleurs fermes, opaques et tranquilles ; par instants rien ne frémit, rien qui batte de l’aile, rien même qui vibre. Comme si le mouvement n’existait plus, ou pas encore ; sans qu’il s’agisse pour autant de sommeil, moins encore de rigidité : juste l’hiver qui souhaite s’annoncer. Et le festival d’Automne continue de décliner ses concerts. Une monographie de Gérard Pesson au théâtre des Bouffes du nord. Chose cruelle que d’entendre l’oeuvre d’un compositeur pendant deux heures, surtout Pesson dont les pièces flirtent dangereusement avec le silence. Drôle d’idée d’ailleurs que d’avoir choisi les Bouffes du Nord dont chaque siège est bruyant, chaque déplacement tonitruant. On est impressionné par le travail du créateur, par son orfèvrerie, son sens du détail, son humour, sa singularité indéniable et même sa poésie. On est déçu, et frustré aussi, par la lassitude qui s’installe au fil du concert, comme si tout était presque prévisible, chaque petit bruit (de la fermeture éclaire à la glissade des ongles sur le clavier), comme si « à la longue » il n’y avait plus de surprise. Il y a de  grandes œuvres (Cassation, par exemple, redoutable d’idées, de construction) et d’autres plus faibles ou décevantes (Vignette I, presque anecdotique) ; mais n’est ce pas le cas chez chacun ?

Autre moment de la semaine : l’intégrale des sonates de Beethoven par François Frédérique Guy. Marathon effectué de mémoire, sans faille, en quelques jours. Les capacités de concentration du pianiste sont plus que louables. Il a donné des fulgurance aux sonates de jeunesse, proposé quelques visions impériales d’autorité (Waldstein, Quasi una fantasia) mais aussi des moments de contemplation dans les trois dernières. Parfois brusque, mais toujours inspiré, FFG s’impose avec élégance.

Ce midi, dans un restaurant, rue des Abbesses, A** seule, de rouge vêtue, d’une élégance soutenue, sans outrance, le visage penché vers un livre aux pages blanches, dociles sous ses doigts. La vitre qui nous sépare (moi dans le froid de la rue, elle à l’intérieur) lui donne un air mélancolique, encore inconnu chez la productrice de FM.

Une phrase de Stockhausen, après la lecture de Hesse : « je l’ai trouvé prophétique, car j’ai réalisé que l’appel le plus élevé de l’humanité peut seulement être de devenir musicien dans le sens le plus profond : concevoir et former le monde musicalement. »

Partager sur mes réseaux sociaux