Promenades Parisiennes

            Le vent froid arrive sur Paris. La ville commence à perdre ses feuilles et le festival d’automne déploie ses spectacles. Gare de l’est, vers 22h, les ombres nocturnes passent, je tire ma carcasse jusqu’à la Maison de l’architecture pour écouter-voir Rubato ma glissando de Pesson/Messager. Après un passage dans le jardin de la chapelle où un géant en plastique, gonflé d’air et de fumé, nous accueille ; l’œuvre onirique des artistes se trouve dans un lieu dépouillé mais investi par l’univers de Messager. Suspensions parfois inquiétantes, souvent poétiques, la plasticienne joue avec les lumières, les perspectives et chaque musicien, bloc de granit sur un carré, libère sons et mouvements. Musique au bord du rêve, Rubato ma Glissendo est impalpable comme ces souvenirs d’enfance. Échappées, chaque instant est vivant car Messager et Pesson réussissent à capter l’attention, l’œil, l’oreille : l’esprit. Un œuvre rare, singulière et intemporelle.

            Avec le même festival, je découvre l’univers de François Tanguy au théâtre Odéon. Jeux de lumières-espaces-musiques-textes, Ricercar laisse perplexe. C’est la fusion, justement, entre ces différents arts qui ne convainc pas.  La musique omniprésente empêche aux textes d’éclore, la mise en scène surchargée étouffe. Et puis, ce non-sens, cet abstrait austère et volontaire, (ou ces sens qui s’adressent aux connaisseurs) ne peuvent pas tenir sur la durée (soit plus d’une heure et demie), les moments poétiques ou forts sont oubliés par les longueurs.            De la boursouflure de ce moment théâtral, le lendemain les esquisses d’Ingres au Musée de la vie romantique paraissent pureté : joyaux hors temps.

            Hors temps : le Musée Nissim de Camando. Rêve fou d’un collectionneur. L’ami qui m’accompagne fasciné par tant de beauté d’un temps perdu.

            Temps. Le premier concert de l’ensemble Intercontemporain qui poursuit, avec la direction énergique de Susanna Malkki, son acharnement pour une certaine modernité. Et donne des partitions datées comme Zeitmasse de Stockhausen. Entre l’hommage à Carter et des arrangements de Conlon Nancarrow, le concert était un peu gris.

            Ciel gris dans les allées du cimetière de Montmartre. Les tombes sobres de Stendhal ou Alfred de Vigny, celles plus imposantes de Berlioz ou… Dalida. Les chats, maîtres des lieux, vagabondent de stèles en caveaux. Leurs regards, complices avec ceux des corbeaux, inquiètent.

            Inquiétants sont les visages déformés par l’angoisse de la ville chez Emil Nolde. Le peintre nordique, à l’honneur du Musée d’Orsay, angoisse par ces faces dont les fards sont criards, les rouges à lèvres grossiers. Le corps du Christ est déformé par la douleur, sa mise au tombeau bouleverse. Ses paysages marins chantent les couleurs éclatantes du mouvement des vagues.         

            C’est avec les couleurs éclatantes de la Turangalîla-Symphonie que l’Orchestre Philharmonique de Radio France continuait son exploration de l’œuvre de Messiaen en ce vendredi 3 octobre. Il est sans doute de bon ton de trouver l’œuvre Kitch, vulgaire ou grandiloquante. Est-ce la pulsation implacable de Chung, les doigts assurés de Muraro, mais le moment fut beau. Comment ne pas être ému par cette cathédrale sonore, aussi grandiose soit-elle ?

            Grandiose, le caveau d’Anna de Noailles au cimetière du père Lachaise, si proche de la simple tombe de Benjamin Constant. Et Delacroix, grand et sobre, pas très loin de Proust, timide et effacé.  

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