À la lumière croire

            C’est un homme, plié par les malheurs, de la même façon que G** me parle des siens, avec sincérité, amitié. C’est un homme qui voudrait à la lumière croire. Ses mains le long des barreaux, son regard rivé vers un semblant de ciel. Le souvenir d’une voix maternelle. Un ange. Elle lui dit que le soleil de vie s’est retiré de son corps : mon Dieu qu’il est blême ! Nul miroir pour voir la mort pâle. Il y a sans doute de quoi rire, croyez-moi. Mais ces barreaux, noirs, enlacés, froids pour un moment. Ce corps suspendu.

Le temps a lâché ses mailles et il ne reste plus que lui : l’espoir. Par un souffle retenu, il se tient sur le seuil de la vie et de la mort ; les yeux baissés les mains vides. Et la mer dont le bruit ne rend jamais ses noyers, son âme dispersée après lui, ses rêves broyés. Mais il espère. C’est pour cela que l’homme vit. Il espère.

Espoir sans raison. Ses amis sont des bourreaux, des gardiens d’enfer. Sa musique : son cœur qui par quatre fois ne s’arrête pas de battre. Avec violence. Déchirée, lyrique et désespérée : sa musique. Il entend ces voix denses et ces paroles sèchent comme le bêton à sa lèvre humide. La lumière reflet de ses songes. Allongé, assoupi, aux marges d’une vie, il chante. Il n’a plus rien : il chante. C’est Le Prisonnier de Luigi Dallapiccola. Si beau. A**, pour qui c’est la première fois, n’en reviendra pas.

Partager sur mes réseaux sociaux