Luca Francesconi se souvient
Les mesures du temps doivent sans doute au passé. Pas à pas, elles nous projettent vers un inachevé. Ce n’est qu’une aventure, à nous d’en jouer le jeu. Si notre mémoire est démentielle, si nos pèlerinages dans ces contrées heureuses et passées sont quotidiens, d’autres (sans doute plus avisés) avaient prôné une rupture. Elle a eu lieu, parfois avec bonheur. Mais certains, aujourd’hui encore, ne quittent plus ces paysages désolés, barricadés. Et l’Ircam, parfois les confortent. Luca Francesconi, lui, se souvient. Sa mémoire n’est que souvenir précis, choisi, et non cauchemars envahissants.
Qu’il se réclame comme le successeur de la « génération des pères » (Boulez, Berio et Maderna avec lesquels il étudia, ou Stockhausen) : c’est un fait. Réel, indéniable. Il en garde les tics, les gestes. Mais son enjeu, car l’homme est sans doute malin, serait : la « mémoire-séduisante ». Il y a chez lui cette noble volonté de la construction d’un sens, d’un langage oserait-on dire. L’auditeur ne se perd jamais car si par absence un paysage aride se pointe, aussitôt Francesconi vous rassure. Vous séduit. Diable d’italien, beau parleur !
La demi-heure d’Etymo passe et fascine parce que voix, électronique et ensemble ne font qu’un. Et Baudelaire, comme un Dieu, survient à la fin. Da capo a quelques harmonies suaves, consolatrices. A Fuco pour guitare et ensemble avance, volubile et virtuose. Limpide et claire, sa musique est un beau compromis (sans démagogie) pour une synthèse postmoderne. Ce disque s’écoute sans ennui, c’est en fait assez rare. Doucement, Francesconi reconstruit. On suit.
Etymo – Da Capo – A fuoco – Animus (Kairos)Luca FRANCESCONIIrcam
Ensemble intercontemporain
Susanna Mälkki, direction

