Promenades parisiennes : “L’Autre côté”, de Bruno Mantovani

De l’autre côté, tendu, noir, machiavélique, âpre : fascinant. De l’autre côté se trouve un empire du rêve, séparé du monde par un mur d’enceinte, lieu d’asile de tous les insatisfaits de la civilisation moderne. Ainsi, le propos de l’opéra de Bruno Mantovani.

 Bien souvent, les versions scéniques (sans décor) d’un opéra peuvent être de véritables échecs. Ce n’est pas le cas pour celui de Mantovani, peut-être même l’inverse. L’univers sombre devient noir ; l’orchestration se tient avec merveille car l’orchestre d’Île de France est galvanisé par Pascal Rophé. La dramaturgie, dont MF**, elle aussi sous le charme, décèle – à juste titre sans doute – un souvenir d’expressionnisme, est solide, construite. La spatialisation des percussions prend son sens, les détails ciselés et trouvailles miraculeuses de l’orchestration s’entendent. Mantovani me fascine parce que chaque idée musicale est menée à son terme, à son silence par l’obsession. L’œuvre vous arrache, s’impose avec autorité : le compositeur impressionne par sa maîtrise, sa syntaxe, ses idées. Son orchestre est massif, ses voix tendues – ce n’est pas simple d’utiliser le français sans jamais se souvenir d’un Debussy – le traitement vocal convainc et son opéra demeure onirique. Un rêve, un cauchemar ? Sans importance. Pour ce songe, l’Autre côté, Mantovani est un grand compositeur.

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