Conserver les ruines ?

Le théâtre des Bouffes du Nord entretient ses ruines avec un certain charme. Philippe Manoury fait la même chose avec sa musique. Débris, ancienne gloire, fin d’un règne, vestiges dégradés : la création de son Concerto pour piano, par Jean-François Heisser et l’Orchestre de Poitou-Charente, est un souvenir d’une époque sans doute révolue. Si l’œuvre est certes irréprochable par la qualité du métier, par la cohérence de la construction, elle est aussi (et surtout) un tombeau ou les tics d’écriture sont comme le lierre – tenace, agrippé – sur une tombe oubliée. Notes répétées dans un souvenir (obsessionnel et angoissant) de Boulez, des doublures incessantes (marimba-contrebasse), des attaques sèches et violentes sans leurs résonnances (souvenirs d’un certain Stockhausen), fusées de gammes et clusters abondants. Certains passages sont beaux, d’autres sont longs (notamment avec le célesta), l’orchestration est parfois originale ; mais on a l’impression d’avoir entendu cette musique des centaines de fois, à l’époque ou la musique contemporaine n’était que ça !

Roi déchu, gloire passée, utopies figées ?

Et pourtant, une foule (pour l’hommage à Stockhausen avec Kontact, dans une salle non-adaptée pour l’œuvre), un défilé de compositeurs et personnalités (musicologues, critiques,..). Sans doute une belle soirée.

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