Promenades Parisiennes I

Si les événements de ces dernières semaines furent sans doute l’intégrale des symphonies de Sibelius par le Los Angeles Philharmonic (je n’oublierais pas le geste et l’énergie d’Esa Peka Salonen à la fin du premier mouvement de la Cinquième Symphonie) et le récital d’Alfred Brendel au Châtelet avec un Schubert radieux ; il y avait aussi quelques créations : Stèles d’air de Jérôme Combier par l’Ensemble Intercontemporain le 26 octobre dernier au centre Pompidou, dans une salle pleine à craquer où j’y croise quelques compositeurs dont Thierry Blondeau de passage dans la capitale. Prolongement de ses Vies silencieuses (qui viennent de paraître au disque, j’en reparlerai), l’œuvre de Combier utilise une matière relativement plus dense, plus charnelle qu’auparavant.

Stèles d’air est une oeuvre ambitieuse. Convoquant les correspondances entre les arts (Jaccottet, Morandi), la pièce de Combier avec un électronique discret mais essentiel et un matériau musical foisonnant et raffiné rappelle la poésie de Jaccottet : « …des stèles d’air qu’un roi sans royaume aurait fait dresser à des confins sans nom » et cherche ainsi, tant bien que mal, à décrire ces lieux presque invisibles. L’auditeur voyage entre le vide de la lumière, suit l’érosion et vit les chutes sonores. Le lambeau final, vraiment beau, interroge l’équilibre entre la poésie et le savoir. L’écriture de Combier, souvent complexe, essaye de ne jamais quitter une certaine sensualité, un certain touché avec la matière : de certains repères. Heureux compromis pour un bel objet.

Ce même concert, avec l’ensemble intercontemporain en pleine forme, a permis d’entendre les pièces volubiles et énergiques de Franco Donatoni, et la poésie, presque ineffable, de Salvatore Sciarrino. Le bonheur ne fut pas exactement le même vendredi dernier au Louvre pour écouter les pièces de Matthias Pintscher et Jörg Widmann. Là aussi, salle pleine (qui a dit que la musique contemporaine n’intéresse personne ?) et dans les deux cas, l’effort d’ouverture envers le public fût remarquable : présentation des œuvres par les compositeurs et concerts gratuits pour les moins de 26 ans. Seulement, l’impression après ce concert est assez curieuse : mis à part Contrastes de Bartók, avons nous véritablement entendu quelque chose ? La création française de Widmann pour soprano, clarinette et piano est un mélange de théâtre musical (ou les instrumentistes ont un rôle scénique) et d’écriture classique (avec une série de canons). Rien ne semble pertinent. Les gestes des musiciens paraissent comme anecdotiques et la musique n’exploite aucune idée véritable. Du point de vu de l’idée, la pièce de Matthias Pintscher pour violon solo (création française, commande du Alte Oper avec le soutien de la Société des amis du Alte Oper de Francfort, du musée du Louvre et du Festival d’automne à Paris : rien que ça !!) est encore plus maigre. La remarquable Carolin Widmann, seule sur scène, enchaine une série de sons à peine audible (la respiration de ma voisine et ma propre montre, à eux deux réunis, faisaient plus de bruit !) et donne une pièce sans consistance, pas très inspirée ; une oeuvre conceptualisée mais hélas désincarnée. A côté de ces quelques sons, l’oeuvre de Pesson est aussi ample que celle de Bruckner, celle de Lachenmann aussi sonore que du Wagner. C’est dire ! C’est le bruit de Paris en grève, après ces silences de concert, qui prit place dans le froid. Une bonne marche. À bientôt, donc.

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