Vive la jeunesse I : Pierre Vinclair, première quête.


 

            Cela sera l’un de mes devoirs ici : parler de mes contemporains. Pierre Vinclair en est un, exactement. Né en 1982, il enseigne la philosophie au Mans et L’armée des chenilles, son premier roman, publié chez Gallimard, fut proposé au comité de lecture de la célèbre maison d’édition par Richard Millet.

 

            Premiers romans : quête éperdue dans l’esprit des romantiques allemands, ce n’est qu’ainsi que je les imaginais. Seuls les jeunes gens sont capable d’obstination, d’amour pour un absolu abandonné d’avance (et depuis l’enfance). Novalis cherchait la fleur bleue et  Ludwig Tieck, un père. Mais tout n’est pas romantique chez Vinclair, même si l’on cherche aussi un père. Le père géniteur.

 

            Ce n’est qu’un premier roman, avec ses qualités et ses défauts a dit la critique. La qualité : l’écriture, le style ? Le défaut : la construction, la narration ? Certes, pas d’exaltation, ni univers singulier, rien de cela. Mais j’ai aimé ce premier opus, acte de résistance d’un contemporain. Et si nous avions compris, lui et d’autres, qu’écrire est un simple moyen pour résister ? Donc pour exister. Quête initiatique, – de notre âge, cette question -, ou plutôt questionnement d’un jeune homme qui cherche son père, comme d’autres cherchent Dieu, et qui se trouve face aux apparences cruelles d’un semblant d’existant. Réalité, fixions, mimes. Ainsi, face à sa propre angoisse, l’invention de la question merveilleuse, le clair dialogue avec le silence inépuisable : qui suis-je ?  Et puis, au long du récit, il y a une petite musique qui traine (Le voyage d’hiver par D. F Dieskau), de façon presque désuète, écoutée par un pauvre homme dont on pourrait bien se moquer… Il y a aussi la musique des mots, ceux de Pierre Vinclair qui semblent ne pas vouloir déborder d’une poésie trop envahissante, trop précieuse. Retenue ou peur ? Mais c’est une belle austérité qui trouve son équilibre avec l’intrigue, et cette contemplation vous laisse parfois sur le seuil :

 

« Il fallait prendre la passerelle, traverser. Ou bien se noyer dans le canal atone. Et tout finirait. Comme parfois sont amarrées les barques qui sont moitié dans l’eau moitié à terre, ainsi se tenait la détestable bête, pieds joints sur le ponton, face à l’autre rive. Son ventre s’agitait dans le vide. »

 

Ainsi, Pierre Vinclair laisse quelques traces.

 

 

 

 

Pierre Vinclair, L‘armée des chenilles, Gallimard, 2007.

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