Promenades II, festival Présences à Montpellier. (7 et 8 décembre 2007)


 

            La lumière de Montpellier a ses hautes maisons blanches et bourgeoises, nichées au centre d’un royaume sans doute perdu, ses vues dégagées et ses collines dispersées. Le calme d’une saison d’hiver, son marché de noël rivalisant avec ses terrasses ensoleillées. Une jeunesse éclatante,  insouciante et pleine de promesses parade. Mais hélas, il y a le Corum, sorte de blocus soviétique, temple surdimensionné, sur la défense, froid et prétentieux. Et la musique jouée dans cette immense salle, en cette fin de semaine de décembre, fut bien grise et peu réjouissante.

           

            La création mondiale (Echo, pour cor obligé et orchestre) de Jean-Luc Darbellay dont l’expression n’est qu’un geste post-romantique avec ses appels de cor n’est pas d’une grande inventivité. L’orchestration bruyante et tapageuse, le langage sommaire (avec des chromatismes retournés à volonté !) : Faut-il écrire trente minutes de musique si l’on n’a rien à dire ? Certes Schnittke à fait mieux : quarante minutes (!), avec une Huitième symphonie, sans trajectoire, sans rhétorique : longs moments avec ses accords massifs, plantés, désincarnés. Une musique de fin de vie désolée ou épuisée par le communisme ? Sans doute les deux ; mais Chostakovitch faisait mille fois mieux : il donnait un sens, une dramaturgie, un souffle. Même l’énergie d’Ilan Volkov (jeune chef israëlien) n’a rien pu y faire.

 

            Le lendemain, Alain Altinoglu, lui, fut obligé d’interrompre Lontano de Ligeti, simplement parce que le public de Montpellier ne veut pas écouter ce tissu polyphonique raffiné. Il préfère tousser, parler, bouger. Il se veut roi. Qu’il soit couvert de honte. Mais c’est la Suite Penthesilea du « roi » Koering qui aura raison de lui et s’imposera par son vacarme. Même les toux ne peuvent résister à un tel bruit orchestral. Loin encore de mes peines et déception a nouveau avec les Chants de Guernesey de Richard Dubugnon qui donne ici un simple et bel exercice d’orchestration. Bravo pour le « à la manière de » Chausson ou Strauss ! Mais c’est tout, rien de plus ; le sage élève veut pourtant que sa musique soit d’abord « belle à entendre, homogène et harmonieuse de proportion » avec « une forme originale et perceptible, qui puisse donner la clef de la complexité interne et de l’expression » avant de conclure, non sans une certaine assurance : « ma pensée étant essentiellement orchestrale, j’avais toujours en moi les sonorités colorées d’un grand orchestre ». Rien que ça, mais rien de cela ! L’on connait, chez chacun d’entre nous, le décalage qu’il peut y avoir entre le discours et la réalité. Il est plus ou moins grand. L’œuvre de Dubugnon, sur des textes de Victor Hugo avec la diction incompréhensible d’Ana Maria Labin, reste bien pâle, bien pauvre. Et ce n’est pas le concerto pour violon de Maderna joué ensuite qui me consola : tristes Présences !

 

 

Partager sur mes réseaux sociaux