Kurtag, Jatékok

L’enfant est un poète qui s’ignore. Avec Schumann, il parle. Il rêve en nous, ce royaume vibre – ancré dans une mémoire fertile – sans faiblesse, sans caprice. Une eau dormante que seul le chant permet d’entendre.

Mercredi soir. Kurtag. Jatékok. Un disque.

Pièces pour piano, ou plutôt journal intime, journal de bord, oeuvres brèves, voyage autobiographique. Entrecoupées, ici ou là, d’un choral de Bach, jouées sur piano droit par György (le compositeur) et Marta (la femme).

Parole de compositeur : « je pense que l’idée d’exploration et de voyage contenue dans cette oeuvre est très importante : peut-être un voyage autobiographique, ou le voyage biographique de chacun de nous. On commence en apprenant le métier : en général, on va à l’école, et peu à peu on perd ce que l’on a ; toute notre vie devient alors pèlerinage pour récupérer l’enfant qui est en nous. »

Kurtag a mis beaucoup de temps pour apprendre. Il a su ce qu’il faut savoir : Tonalité, modalité, serialisme, minimalisme, spéctralisme. Tout les -ism, sans doute. Puis il y a eu les périodes de paralysies et de crises. Et au bout de ce tunnel, une certaine liberté. Enfin, l’idée de Jatékok. Le monde de l’enfance. Kurtag invente une graphie, ludique et belle. Miracle : c’est le bonheur du jeux, et donc du je.

Parole de compositeur : « Le jeu – c’est le jeu. Il requiert beaucoup d’initiative et de liberté de la part de l’interprète. La notation ne doit pas être prise au sérieux – la notation doit absolument être prise au sérieux : le flux musical, la qualité de l’intonation, du silence. »

Silence. Version en public. Mais le piano droit, sa douce résonnance, son son feutré et gris laisse quelques moments de grâce. Ces silences chantent. Les souvenirs d’enfance chez Kurtag sont souvent tristes.

Un beau disque. (Kurtag, Jatékok, BMC, 2007).

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