Exposer la musique

Exposer la musique. La faire entrer au musée. L’idée apparemment saugrenue est devenue monnaie courante depuis plus d’une décennie, les grandes expositions autour d’un genre, d’un musicien ou d’un compositeur se multipliant comme des petits pains aux quatre coins du monde… Mais est-ce vraiment utile de montrer le peigne de Bach, la set-list d’un concert estonien de Sonic Youth ou le string-ficèle de Lennon pour souligner l’intérêt musical du muséifié du jour ? Surtout : comment réussir à rester concentré sur cet intérêt musical en question ?

Cette fois, le gros machin du moment se penche sur le cas Miles Davis. Le sujet semble parfait : vrai génie musical, belles reliques, photos et babioles à foison, tant côté look que côté pochettes, et biographie à tiroirs qu’Hollywood pourrait aisément filmer. Et cette exposition parisienne, « We Want Miles » à la Cité de la Musique, réussit là où celle consacrée à Gainsbourg – même lieu il y a un an – avait échoué.

Ne se contentant guère de n’être qu’un beau joujou creux et désordonné, elle se concentre exclusivement, et de manière très didactique et claire, sur le pourquoi de ce génie, musique à l’appui (dans des espaces quasi-clos ou au casque). Et si ce genre de grand rassemblement est avant tout destiné aux novices, à leur transmettre la simple envie, après coup, de se plonger dans l’œuvre majeure et kaléidoscopique du trompettiste, les miles-ophiles en auront eux aussi pour leur argent avec quelques raretés passionnantes. Comme quoi la musique peut entrer au musée sans y être momifiée.

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La phrase de la semaine #7

« La véritable musique est le silence, les notes ne font qu’encadrer ce silence. »

Miles Davis (l’exposition « We Want Miles – Le jazz face à sa légende » se déroule à la Cité de la Musique à Paris du 16 octobre au 17 janvier)

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Etrons et diamants…

Par quelle opération du Saint Esprit, les étrons d’hier deviennent les diamants d’aujourd’hui ? Comment ce qui hérita du goudron et des plumes se retrouve en 2009 élevé au rang de révolutionnaire, de génie et autres précurseur ? Évidemment les modes… Le phénomène n’est guère nouveau. On aime, on déteste, on jette, on évalue, on réévalue, on re-aime, on re-déteste, on re-jette, on re-réévalue, etc.

La Roux nous fait croire que les infâmes Eurythmics n’étaient pas si infâmes. Mika tente d’imbriquer l’écœurant strass d’un Elton John dans la quincaillerie FM et vulgaire de Queen. Gossip lorgne aussi bien vers Kiss que les garçons coiffeurs de Duran Duran. Et ainsi de suite… La nostalgie a toujours été un brouilleur cinq étoiles lorsqu’il s’agit de faire les comptes. On le sait tous pour avoir été pris dans ce machiavélique piège.

Une musique liée à une époque. A un instant. A une rencontre. A un lieu même… Une nostalgie qui arrive parfois à éradiquer tout jugement critique. Et qui, l’âge aidant, prend même de l’assurance lorsqu’elle s’allie à un autre machiavélique piège baptisé « c’était mieux avant ». Mais non, ça n’était pas mieux avant. Un étron reste un étron et un diamant reste un diamant. Les Brandebourgeois, Kind Of Blue, Nevermind ou What’s Going On le savent bien.

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La phrase de la semaine #6

« Mes enfants ont du mal à savoir ce que je fais précisément. Tant mieux. Je freinerai toujours leurs pulsions artistiques pour les orienter vers des métiers sérieux. Il faut se méfier des enfants d’artistes, surtout si c’est pour finir par chanter du jazz manouche »

Jean-Louis Murat (interviewé par le mensuel Magic – Octobre 2009)

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Enfin libre !

Il n’a rien d’un ermite au bord de l’autisme, totalement déconnecté de la réalité et marmonnant dans sa moustache plus sel que poivre. Il vit bien en 2009 et non dans une décennie où la fée électricité ne turbinait qu’à mi-temps. Et pour lui, la musique ne s’est pas arrêtée au Kind Of Blue de Miles, son album fétiche… Simplement, Manfred Eicher, fondateur et cerveau du label ECM, possède des (attention, gros mot !) valeurs. Mieux encore, il s’y tient et les brique un peu plus chaque jour, sans pour autant faire du prosélytisme tapageur.

Quarante ans après le lancement de son label (attention, deuxième gros mot !) mythique (un album du pianiste Mal Waldron baptisé Free At Last, enfin libre !), le producteur munichois ne vit pas « hors du temps » mais plus précisément dans « un temps parallèle » à celui que la société, les médias ou plus bêtement le capitalisme désigne comme étant le seul. Pourquoi cette quête de la (fausse) nouveauté à tout pris ? Pourquoi l’urgence permanente ? Pourquoi la musique (le bruit ?) tout le temps et partout, dans les aéroports, les magasins, les ascenseurs, les salles d’attente, les restaurants, etc. ? Pourquoi faut-il un téléphone portable ?

Eicher balaye d’un revers de main ces diktats d’un certain monde, certes dominant, et vit le sien. Tranquillement. Sereinement. Un monde dans lequel d’ailleurs il est loin d’être seul. On connait l’adoration des fans d’ECM pour cette vie différente. Cette musique appréhendée différemment. Conçue différemment. Mise en valeur différemment. Vécue différemment. Manfred Eicher vit juste comme un homme libre. C’était écrit sur le premier album ECM : free at last !

Lire l’interview de Manfred Eicher paru dans Classica

Accéder à la page détaillée du label ECM et ECM New Series

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La phrase de la semaine #5

C’est dur d’être humble quand on est aussi grand que moi ».

Muhammad Ali

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Hadopi et puis ?

Non mais concrètement, il se passe quoi là, maintenant? Puisque la loi est votée. Puisque la rue de Valois nous annonce que, dès janvier, les premiers email-cartons jaunes seront envoyés aux contrevenants. Puisque, puisque, puisque, concrètement de chez concrètement QUE VA-T-IL SE PASSER ? Les téléchargeurs-pirates compulsifs vont stopper leurs « infractions » dès réception des missives électroniques ? Ils vont courir au commissariat le plus proche restituer leur disque dur gros comme Belle du seigneur ? Car la saga Hadopi, digne de Dallas et Dynastie réunis, semble avoir omis un véritable dialogue entre les législateurs et les pointés du doigt. Avec ceux qui ne perçoivent pas réellement leur acte comme un délit pur et simple. Ceux prêts à débourser 50 euros (ou bien plus parfois !) pour aller acclamer leur idole sur scène mais incapables de sortir 0,001 centime d’euro pour ACHETER de la musique enregistrée. Qui parle, qui a parlé et qui parlera à cette génération ? Vient alors un autre panel de ces pointés du doigt qui ne sont pas, contrairement à la légende, tous âgés de moins de 20 ans. Au delà d’avoir d’excellents amis noirs, juifs, pédés, trotskystes et franc maçons, j’en possède également d’un âge plus que mûr et dont le disque-dur arbore la ventripotence d’un gros notable de province. Des personnes dont le compte en banque n’a rien de famélique, capables donc de s’offrir régulièrement des CD et/ou des téléchargements payants, mais qui, depuis plusieurs années maintenant, vénèrent de nouvelles divinités baptisées BitTorrent, eMule ou Shareaza… Des personnes sincèrement persuadées d’avoir été tondues par l’industrie du disque pendant des décennies et qui exigent un nouveau modèle économique pour la rémunération de la création musicale. L’Etat comme les acteurs de la musique enregistrée savent bien que les premiers emails hadopiens qui atterriront dans les boites mails ne se suffiront pas à eux-mêmes. C’est une loi du dialogue, de l’explication et de l’échange qu’il faut maintenant non pas voter mais imposer !

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La phrase de la semaine #4

« Pour moi, Glenn Gould est le parfait exemple de ce qu’un interprète ne doit pas être : c’était un excentrique qui faisait tout pour contrecarrer les désirs du compositeur ou le caractère de l’œuvre. »

Alfred Brendel (« Le Voile de l’ordre » – Editions Christian Bourgois 2002)

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La mode se démode, le style jamais !

La mode se démode, le style jamais ! Cliché éculé, ce slogan est toujours bon à rappeler. Régulièrement. Perpétuellement. Toutes les semaines. Tous les jours même. Et les preuves pullulent… Prenez Truelove’s Gutter, le nouvel et sixième album du dénommé Richard Hawley, chanteur, songwriter et guitariste de Sheffield peu médiatisé de ce côté-ci du Channel. Comme figé dans la cire du temps, ce Rosbeef à la banane jais, filandreuse et bancale, s’applique, avec une minutie et un génie unique, à ciseler des (non pas de panique, le mot n’est pas sale !) chansons intemporelles. Comme les années 50, rêveuses d’un ailleurs et convalescentes d’un conflit mondial, étaient susceptibles d’en produire. Cette voix fantomatique n’appartient à aucune ère. Ces guitares chloroformées flottent dans des éthers sans frontière. Le bain moussant de l’âme est à portée de main. Tout est dans les silences. Dans les non-dits. Dans les gouttelettes d’un étrange instrumentarium (ondes Martenot, glass harmonica, cristal Baschet, lyre enchantée, etc.) qui donne un vrai style à l’art d’Hawley. Pourquoi cette magie ? Pourquoi cet effet ? Parce que l’hors du temps est visé. La chanson est dénudée ; et les artifices sont balayés. Le suc. L’essence. Le style ! Est-ce vraiment ça ? On paraphraserait juste volontiers Gustav Leonhardt terminant ses conférences par son désormais célèbre « On ne sait pas ! ». Ce que l’on sait par contre, c’est qu’il ne devait pas parler de Richard Hawley…

Lire l’article Le Roi Richard

hawley.jpg Richard Hawley
Truelove’s Gutter

Accéder à la page détaillée de l’album et écouter des extraits

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La phrase de la semaine #3

« Schubert ou Beethoven ? Je les admire beaucoup, comme de très grands compositeurs, surtout comparés à leurs contemporains. Le niveau moyen de la musique était si bas, dès 1800 ! La musique était si médiocre, si vulgaire ! Seuls les génies ont survécu. Mais il ne faut pas oublier qu’un génie absolu comme Beethoven a écrit nombre d’œuvres misérables, qu’il n’a pas numérotées dans son catalogue, d’ailleurs. Les œuvres qui ont un numéro sont toutes géniales – sauf la Neuvième symphonie. Cette Ode à la joie est d’une vulgarité ! Et le texte ! Complètement puéril. Comment est-il possible que des grandes personnes aient pu écrire ce déchet ? Mais la mélodie de l’Ode à la joie, sans texte, est déjà terrible de vulgarité… Schubert aussi a fait des choses si primaires, si grossières ! On ne trouve pas cette situation au XVIIIe : le niveau moyen était bien plus élevé… Beethoven, j’admire, c’est superbement fait, ça tient ensemble, c’est d’un métier incroyable, mais je n’aime pas. Cet héroïsme est ridicule. Diriger Schubert ? Je n’aime pas ce qui est sentimental non plus. L’amour est beaucoup plus important que l’admiration. »

Gustav Leonhardt (en « Domaine privé » cette semaine à la Cité de la Musique de Paris)

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