Exposer la musique
Exposer la musique. La faire entrer au musée. L’idée apparemment saugrenue est devenue monnaie courante depuis plus d’une décennie, les grandes expositions autour d’un genre, d’un musicien ou d’un compositeur se multipliant comme des petits pains aux quatre coins du monde… Mais est-ce vraiment utile de montrer le peigne de Bach, la set-list d’un concert estonien de Sonic Youth ou le string-ficèle de Lennon pour souligner l’intérêt musical du muséifié du jour ? Surtout : comment réussir à rester concentré sur cet intérêt musical en question ?
Cette fois, le gros machin du moment se penche sur le cas Miles Davis. Le sujet semble parfait : vrai génie musical, belles reliques, photos et babioles à foison, tant côté look que côté pochettes, et biographie à tiroirs qu’Hollywood pourrait aisément filmer. Et cette exposition parisienne, « We Want Miles » à la Cité de la Musique, réussit là où celle consacrée à Gainsbourg – même lieu il y a un an – avait échoué.
Ne se contentant guère de n’être qu’un beau joujou creux et désordonné, elle se concentre exclusivement, et de manière très didactique et claire, sur le pourquoi de ce génie, musique à l’appui (dans des espaces quasi-clos ou au casque). Et si ce genre de grand rassemblement est avant tout destiné aux novices, à leur transmettre la simple envie, après coup, de se plonger dans l’œuvre majeure et kaléidoscopique du trompettiste, les miles-ophiles en auront eux aussi pour leur argent avec quelques raretés passionnantes. Comme quoi la musique peut entrer au musée sans y être momifiée.



















