Poivre et surtout sel…
D’accord, le sujet est facile, vu et revu, on enfonce les portes ouvertes et l’on baigne corps et âme dans le marronnier, mais bon… À chaque visite au Théâtre des Champs-Elysées, le casting du public demeure… inquiétant ? Loin du délit de sales belles gueules, cette valse de visons et de carrés Hermès, cette farandole de mocassins à gland et des Barbour col velours semble encore plus appuyée que les clichés les plus éculés qu’on imagine sur le public classique de la salle de l’avenue Montaigne… Mais c’est surtout l’âge de ce public classique de la salle de l’avenue Montaigne qui tétanise… Cette impressionnante mer de coiffes plus sel que poivre ne laisse entrevoir que quelques « jeunes ». Les habitués ont beau vous crier qu’il y en a des jeunes, beaucoup même, mais un constat de visu jauge régulièrement à un petit 10% les moins de 25 ans… Pourquoi les conservatoires sont-ils blindés à craquer et le nombre de leurs élèves à franchir le seuil de Pleyel, du Châtelet ou du TCE aussi faible ? Pourquoi ce public, en tous points susceptible de tomber sous le charme, voire l’addiction, des concerts proposés par ces prestigieuses maisons, n’est-il pas happé par les très alléchantes affiches qui lui sont proposées ? Le prix ? Le quartier ? Le but n’est évidemment pas de faire du jeunisme à tout pris ni de faire croire qu’on peut appréhender la Mazurka en ut dièse mineur, op. 63 n°3 de Chopin avec la même préparation, le même état d’esprit ou tout simplement la même ouïe que Bad Romance, septième single de Stefani Joanne Angelina Germanotta, plus connue sous le sobriquet de Lady Gaga dans la société du spectacle. Il est encore moins d’interdire les Barbour (quoi que…) dans ces salles ou d’imposer le port du jean slim. Le but est de souligner l’écart chiffré entre jeunes mélomanes – praticiens ou non –, et jeunes spectateurs : à ce rythme, la musique composée par des morts sera bientôt jouée pour des morts…


















