Archive fornovembre, 2009

Poivre et surtout sel…

D’accord, le sujet est facile, vu et revu, on enfonce les portes ouvertes et l’on baigne corps et âme dans le marronnier, mais bon… À chaque visite au Théâtre des Champs-Elysées, le casting du public demeure… inquiétant ? Loin du délit de sales belles gueules, cette valse de visons et de carrés Hermès, cette farandole de mocassins à gland et des Barbour col velours semble encore plus appuyée que les clichés les plus éculés qu’on imagine sur le public classique de la salle de l’avenue Montaigne… Mais c’est surtout l’âge de ce public classique de la salle de l’avenue Montaigne qui tétanise… Cette impressionnante mer de coiffes plus sel que poivre ne laisse entrevoir que quelques « jeunes ». Les habitués ont beau vous crier qu’il y en a des jeunes, beaucoup même, mais un constat de visu jauge régulièrement à un petit 10% les moins de 25 ans… Pourquoi les conservatoires sont-ils blindés à craquer et le nombre de leurs élèves à franchir le seuil de Pleyel, du Châtelet ou du TCE aussi faible ? Pourquoi ce public, en tous points susceptible de tomber sous le charme, voire l’addiction, des concerts proposés par ces prestigieuses maisons, n’est-il pas happé par les très alléchantes affiches qui lui sont proposées ? Le prix ? Le quartier ? Le but n’est évidemment pas de faire du jeunisme à tout pris ni de faire croire qu’on peut appréhender la Mazurka en ut dièse mineur, op. 63 n°3 de Chopin avec la même préparation, le même état d’esprit ou tout simplement la même ouïe que Bad Romance, septième single de Stefani Joanne Angelina Germanotta, plus connue sous le sobriquet de Lady Gaga dans la société du spectacle. Il est encore moins d’interdire les Barbour (quoi que…) dans ces salles ou d’imposer le port du jean slim. Le but est de souligner l’écart chiffré entre jeunes mélomanes – praticiens ou non –, et jeunes spectateurs : à ce rythme, la musique composée par des morts sera bientôt jouée pour des morts…

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La phrase de la semaine #13

« Le risque est que celui qui a le contrôle absolu de la distribution prenne le contrôle des contenus. »

Frédéric Mitterrand (La Tribune – 19 novembre 2009)

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L’EPK c’est extra !

Les EPK des maisons de disque sont à mourir de rire ! Derrière cet acronyme qui sent bon le parti d’opposition albanais ou moldave se cache en fait l’Electronic Press Kit, ou kit de presse électronique, in French… Des EPK qui atteignent en fait des sommets lorsqu’ils touchent au domaine classique. Petites vidéos promotionnelles d’une dizaine de minutes, elles replacent le musicien (évidemment poudré, coiffé, maquillé comme pour sa première communion) dans divers contextes récurrents comme « en répétition », « dans les coulisses quelques minutes avant de monter sur scène » ou, sommet de la confession et de l’intime, « chez lui », « dans un lieu qui lui est cher » voir « un lieu inattendu au possible ». Trois phrases sur le thème du nouvel album, quatre mots sur sa carrière et deux onomatopées sur son fort intérieur, c’est dans 99% des cas le vide intersidéral. Dans ce néant audio-visuel, une succession de scènes tellement naturelles et de propos si profonds réussit presque au final à susciter l’effroi. Pourquoi faut-il écouter « Bartoli chez Franprix », « Tharaud au Parc Monceau », « Dudamel devant sa gamelle » ou « Dessay dans la forêt » pour être attiré par leurs nouveaux opus ? Comme si une interview de facture classique devait obligatoirement être synonyme de repoussoir ultime…

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La phrase de la semaine #12

« Joann Sfar voulait que dans son film j’incarne mon père… Je me suis dit « Pourquoi pas ? » Moi qui ai toujours tellement de mal à me plonger dans les images filmées de mon père, même avec 20 ans de recul, j’ai pensé d’abord : « Si ça se trouve, ça va me servir de thérapie, je vais faire d’une pierre deux coups et je vais pouvoir me plonger dedans, y allait à fond… » Et puis l’accident (elle a été opérée du cerveau suite à une commotion cérébrale, NDLR) est arrivé, et j’ai tout laissé tomber… Je pense que ça aurait été très perturbant d’interpréter mon père et franchement, je n’ai pas besoin de ça. J’ai besoin de distance plus qu’autre chose. »
Charlotte Gainsbourg (Rolling Stone Magazine – Novembre 2009)

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La chute du mur

Il y a d’abord l’odeur. Elle est propre au lieu ; ceux qui savent vous le diront… La lumière ensuite. Souvent artificielle. Jaune pisseux de préférence… D’entrée, un regard régulier à 360°, façon phare de Créac’h. Comme l’inspection générale d’un condor au dessus de la pampa. Et puis la première cible. Le mur des imports ? Ou le bac des nouveautés ? La proie choisie, la tête n’a plus qu’à s’incliner et les doigts faire défiler comme mécaniquement les disques un par un. Assez prestement même… Dans cette instant, dans ces instants, plus rien n’existe. Seuls subsistent vous, nous, eux et l’enregistrement phonographique. Le vinyle, le CD, qu’importe… La discophilie est une maladie. L’Académie Nationale de Médecine ou le site Doctissimo ne la répertorient guère, elle est une véritable altération des fonctions ou de la santé d’un organisme vivant. L’âge n’y fait rien. La soi-disant maturité encore moins. On accumule. Dans sa tête. Dans ses oreilles. Dans son salon, sa cave… L’expression passion dévorante trouve ici un de ses plus beaux spécimens… Et puis « si on ne l’a pas, on n’a rien ! », c’est bien ça, hein ? Les murs de CD ont beau transformer son chez-soi en discothèque municipale, un ou dix de plus n’y changeront rien, parole de complétiste ! Le pressage japonais et ses innombrables bonus tracks (qu’on n’écoutera qu’une fois, et encore…), la version remasterisée (la précédente ne l’était pas déjà ?), la réédition tant espérée (c’était plus intéressant que ça dans mon souvenir, non ?), la pépite inconnue et découverte avec trente ans de retard (tellement jouissif de la faire connaitre aux néophytes), chaque discophile a son excuse pathétique pour ajouter une énième pierre à son mur du son. En regardant la chute des dominos géants des commémorations berlinoises de cette semaine, j’imaginais la même chose avec mes propres disques avant d’angoisser qu’un tel scénario se produise pour de vrai. C’est grave, docteur ?

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La phrase de la semaine #11

« La phrase brève présente certains avantages. Je n’aime pas le système des leitmotivs. N’oubliez jamais que les spectateurs n’écoutent qu’à moitié, et la phrase brève est plus facile à suivre. La raison pour laquelle je n’aime pas les mélodies, c’est qu’elles doivent s’élaborer à travers huit ou seize mesures, ce qui étouffe en tant que compositeur. »
Bernard Herrmann

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C’était mieux avant…

Le rap c’était mieux avant ! Superbe slogan. Si vrai. Si évident… Vu il y a quelques jours sur le t-shirt d’un passant… Mais finalement à quel âge commence cette maladie dont nous sommes tous atteints un jour ou l’autre ? A quel moment s’immisce dans nos entrailles cet incontournable virus du c’était mieux avant ? Pour le rap certes mais aussi pour la country, le free jazz, le Philharmonique de Berlin, la musique de films, le blues, tout tout tout était mieux avant, non ? Le constat n’est même pas générationnel puisque la phrase sort parfois de la bouche de teenagers au faciès encore tartiné d’une double couche de Curacné… Qu’est-ce qui nous rend donc si réticents, au mieux si mitigés, face aux créations du jour ? Pourquoi cette réaction première de parfois s’interdire la stupeur et l’émerveillement ? C’est souvent l’apanage du spécialiste. De celui qui sait ; d’ailleurs même et surtout quand il ne sait pas… Mais reconnaissons que se lover avec parfois une profonde délectation dans c’était mieux avant, c’est aussi être passionné plutôt qu’aigri, habité plutôt qu’apathique. C’est vrai ça, Michael Jackson c’était mieux avant, non ?

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La phrase de la semaine #10

« Je rêve d’explorer l’opéra. D’ailleurs cela s’appellera l’opéraï ! Je suis en train de travailler sur un projet qui j’espère aboutira d’ici 2011. Le sujet : les Contes des mille et une nuits. »
Rachid Taha (Octobre 2009 – 20minutes.fr)

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