Enfin libre !
Il n’a rien d’un ermite au bord de l’autisme, totalement déconnecté de la réalité et marmonnant dans sa moustache plus sel que poivre. Il vit bien en 2009 et non dans une décennie où la fée électricité ne turbinait qu’à mi-temps. Et pour lui, la musique ne s’est pas arrêtée au Kind Of Blue de Miles, son album fétiche… Simplement, Manfred Eicher, fondateur et cerveau du label ECM, possède des (attention, gros mot !) valeurs. Mieux encore, il s’y tient et les brique un peu plus chaque jour, sans pour autant faire du prosélytisme tapageur.
Quarante ans après le lancement de son label (attention, deuxième gros mot !) mythique (un album du pianiste Mal Waldron baptisé Free At Last, enfin libre !), le producteur munichois ne vit pas « hors du temps » mais plus précisément dans « un temps parallèle » à celui que la société, les médias ou plus bêtement le capitalisme désigne comme étant le seul. Pourquoi cette quête de la (fausse) nouveauté à tout pris ? Pourquoi l’urgence permanente ? Pourquoi la musique (le bruit ?) tout le temps et partout, dans les aéroports, les magasins, les ascenseurs, les salles d’attente, les restaurants, etc. ? Pourquoi faut-il un téléphone portable ?
Eicher balaye d’un revers de main ces diktats d’un certain monde, certes dominant, et vit le sien. Tranquillement. Sereinement. Un monde dans lequel d’ailleurs il est loin d’être seul. On connait l’adoration des fans d’ECM pour cette vie différente. Cette musique appréhendée différemment. Conçue différemment. Mise en valeur différemment. Vécue différemment. Manfred Eicher vit juste comme un homme libre. C’était écrit sur le premier album ECM : free at last !
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