Archive forseptembre, 2009

Enfin libre !

Il n’a rien d’un ermite au bord de l’autisme, totalement déconnecté de la réalité et marmonnant dans sa moustache plus sel que poivre. Il vit bien en 2009 et non dans une décennie où la fée électricité ne turbinait qu’à mi-temps. Et pour lui, la musique ne s’est pas arrêtée au Kind Of Blue de Miles, son album fétiche… Simplement, Manfred Eicher, fondateur et cerveau du label ECM, possède des (attention, gros mot !) valeurs. Mieux encore, il s’y tient et les brique un peu plus chaque jour, sans pour autant faire du prosélytisme tapageur.

Quarante ans après le lancement de son label (attention, deuxième gros mot !) mythique (un album du pianiste Mal Waldron baptisé Free At Last, enfin libre !), le producteur munichois ne vit pas « hors du temps » mais plus précisément dans « un temps parallèle » à celui que la société, les médias ou plus bêtement le capitalisme désigne comme étant le seul. Pourquoi cette quête de la (fausse) nouveauté à tout pris ? Pourquoi l’urgence permanente ? Pourquoi la musique (le bruit ?) tout le temps et partout, dans les aéroports, les magasins, les ascenseurs, les salles d’attente, les restaurants, etc. ? Pourquoi faut-il un téléphone portable ?

Eicher balaye d’un revers de main ces diktats d’un certain monde, certes dominant, et vit le sien. Tranquillement. Sereinement. Un monde dans lequel d’ailleurs il est loin d’être seul. On connait l’adoration des fans d’ECM pour cette vie différente. Cette musique appréhendée différemment. Conçue différemment. Mise en valeur différemment. Vécue différemment. Manfred Eicher vit juste comme un homme libre. C’était écrit sur le premier album ECM : free at last !

Lire l’interview de Manfred Eicher paru dans Classica

Accéder à la page détaillée du label ECM et ECM New Series

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La phrase de la semaine #5

C’est dur d’être humble quand on est aussi grand que moi ».

Muhammad Ali

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Hadopi et puis ?

Non mais concrètement, il se passe quoi là, maintenant? Puisque la loi est votée. Puisque la rue de Valois nous annonce que, dès janvier, les premiers email-cartons jaunes seront envoyés aux contrevenants. Puisque, puisque, puisque, concrètement de chez concrètement QUE VA-T-IL SE PASSER ? Les téléchargeurs-pirates compulsifs vont stopper leurs « infractions » dès réception des missives électroniques ? Ils vont courir au commissariat le plus proche restituer leur disque dur gros comme Belle du seigneur ? Car la saga Hadopi, digne de Dallas et Dynastie réunis, semble avoir omis un véritable dialogue entre les législateurs et les pointés du doigt. Avec ceux qui ne perçoivent pas réellement leur acte comme un délit pur et simple. Ceux prêts à débourser 50 euros (ou bien plus parfois !) pour aller acclamer leur idole sur scène mais incapables de sortir 0,001 centime d’euro pour ACHETER de la musique enregistrée. Qui parle, qui a parlé et qui parlera à cette génération ? Vient alors un autre panel de ces pointés du doigt qui ne sont pas, contrairement à la légende, tous âgés de moins de 20 ans. Au delà d’avoir d’excellents amis noirs, juifs, pédés, trotskystes et franc maçons, j’en possède également d’un âge plus que mûr et dont le disque-dur arbore la ventripotence d’un gros notable de province. Des personnes dont le compte en banque n’a rien de famélique, capables donc de s’offrir régulièrement des CD et/ou des téléchargements payants, mais qui, depuis plusieurs années maintenant, vénèrent de nouvelles divinités baptisées BitTorrent, eMule ou Shareaza… Des personnes sincèrement persuadées d’avoir été tondues par l’industrie du disque pendant des décennies et qui exigent un nouveau modèle économique pour la rémunération de la création musicale. L’Etat comme les acteurs de la musique enregistrée savent bien que les premiers emails hadopiens qui atterriront dans les boites mails ne se suffiront pas à eux-mêmes. C’est une loi du dialogue, de l’explication et de l’échange qu’il faut maintenant non pas voter mais imposer !

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La phrase de la semaine #4

« Pour moi, Glenn Gould est le parfait exemple de ce qu’un interprète ne doit pas être : c’était un excentrique qui faisait tout pour contrecarrer les désirs du compositeur ou le caractère de l’œuvre. »

Alfred Brendel (« Le Voile de l’ordre » – Editions Christian Bourgois 2002)

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La mode se démode, le style jamais !

La mode se démode, le style jamais ! Cliché éculé, ce slogan est toujours bon à rappeler. Régulièrement. Perpétuellement. Toutes les semaines. Tous les jours même. Et les preuves pullulent… Prenez Truelove’s Gutter, le nouvel et sixième album du dénommé Richard Hawley, chanteur, songwriter et guitariste de Sheffield peu médiatisé de ce côté-ci du Channel. Comme figé dans la cire du temps, ce Rosbeef à la banane jais, filandreuse et bancale, s’applique, avec une minutie et un génie unique, à ciseler des (non pas de panique, le mot n’est pas sale !) chansons intemporelles. Comme les années 50, rêveuses d’un ailleurs et convalescentes d’un conflit mondial, étaient susceptibles d’en produire. Cette voix fantomatique n’appartient à aucune ère. Ces guitares chloroformées flottent dans des éthers sans frontière. Le bain moussant de l’âme est à portée de main. Tout est dans les silences. Dans les non-dits. Dans les gouttelettes d’un étrange instrumentarium (ondes Martenot, glass harmonica, cristal Baschet, lyre enchantée, etc.) qui donne un vrai style à l’art d’Hawley. Pourquoi cette magie ? Pourquoi cet effet ? Parce que l’hors du temps est visé. La chanson est dénudée ; et les artifices sont balayés. Le suc. L’essence. Le style ! Est-ce vraiment ça ? On paraphraserait juste volontiers Gustav Leonhardt terminant ses conférences par son désormais célèbre « On ne sait pas ! ». Ce que l’on sait par contre, c’est qu’il ne devait pas parler de Richard Hawley…

Lire l’article Le Roi Richard

hawley.jpg Richard Hawley
Truelove’s Gutter

Accéder à la page détaillée de l’album et écouter des extraits

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La phrase de la semaine #3

« Schubert ou Beethoven ? Je les admire beaucoup, comme de très grands compositeurs, surtout comparés à leurs contemporains. Le niveau moyen de la musique était si bas, dès 1800 ! La musique était si médiocre, si vulgaire ! Seuls les génies ont survécu. Mais il ne faut pas oublier qu’un génie absolu comme Beethoven a écrit nombre d’œuvres misérables, qu’il n’a pas numérotées dans son catalogue, d’ailleurs. Les œuvres qui ont un numéro sont toutes géniales – sauf la Neuvième symphonie. Cette Ode à la joie est d’une vulgarité ! Et le texte ! Complètement puéril. Comment est-il possible que des grandes personnes aient pu écrire ce déchet ? Mais la mélodie de l’Ode à la joie, sans texte, est déjà terrible de vulgarité… Schubert aussi a fait des choses si primaires, si grossières ! On ne trouve pas cette situation au XVIIIe : le niveau moyen était bien plus élevé… Beethoven, j’admire, c’est superbement fait, ça tient ensemble, c’est d’un métier incroyable, mais je n’aime pas. Cet héroïsme est ridicule. Diriger Schubert ? Je n’aime pas ce qui est sentimental non plus. L’amour est beaucoup plus important que l’admiration. »

Gustav Leonhardt (en « Domaine privé » cette semaine à la Cité de la Musique de Paris)

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Une chipolata à Francfort

Depuis quelques années, tout le monde sait que l’industrie du disque est aussi populaire auprès du (grand) public qu’une chipolata ou une merguez à Francfort. Et la sortie enfin décente des albums des Beatles aujourd’hui le 09/09/09 (number nine, number nine, number nine, ça vous dit quelque chose ?) ne risque guère d’arranger les choses…

D’abord, plutôt que d’offrir chaque album en mono ET en stéréo sur chaque CD, chose tout à fait faisable, EMI a préféré éditer un coffret mono de onze albums (sans Let It Be et Abbey Road donc) ET un coffret stéréo de treize albums. Des boites de Pandore vendues environ 220 (stéréo) et 250 (mono) euros ! Les Einstein de la major britannique espèrent-ils que les aficionados des Fab Four vont débourser 470 euros ?

Avoir attendu plus de deux décennies – les premières, médiocres et uniques éditions en compact disc des albums des Beatles datent de 1987 – ressemblait déjà à de la torture pour les mélomanes, cette nouvelle escroquerie économique synonyme de foutage de gueule prohibitif ne sera que la énième pièce à conviction que les pirates du web et autres anti-Hadopi pourront ajouter à leur dossier.

Maintenant, la vraie question : mono ou stéréo ?

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La phrase de la semaine #2

« Donner des synthés aux Anglais fut comme donner du whiskey aux Indiens : ça a bousillé toute leur culture ! »
Jim Dickinson, 1941 – 2009, cultissime producteur et pianiste de Memphis disparu cet été, qui travailla avec les Stones, Aretha Franklin, les Cramps, Big Star et tant d’autres…

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Le CD est mort, vive le CD !

Alors qu’on croyait la rondelle à quelques encablures du cimetière, tout laisse à croire que l’heure de la résurrection a sonné pour le compact disc ! Plaît-il ? Oui, si, yes, da, はい, ja, le CD c’est l’avenir ! Comment ça des preuves ? Michaeeeeeel tout d’abord.

La fin prématurée du Roi de la Pop a permis à Sony d’engranger des ventes de disques physiques de plus de 16 millions d’unités aux quatre coins du monde et de plus d’1,5 million d’exemplaires chez nous en Gaule ! Une vraie secousse sismique comme l’industrie du disque n’en avait plus connue depuis, euh, les intégrales Mozart et Bach de chez Brillant Classics ?

Autre tsunami totalement physique : la sortie le 9 septembre prochain, exclusivement en CD, de tous les albums des Beatles enfin remastérisés ! Là aussi, le jackpot attend EMI pour des rééditions guettées par les fans des Fab Four depuis 1987, année de la première et unique sortie en compact disc de ces impérissables chefs-d’œuvre pop.

Et puis il y a Warner Japon qui s’est amusé, le mois dernier, à rééditer, en CD only également, les dix premiers albums de Prince dans de sublimes miniaturisations de vinyles (vynil replica comme disent les geeks), au son démentiel, et à la présentation digne des copistes de la Renaissance. Même les stickers qui ornaient les pochettes d’origine des 33 tours ont été miniaturisés à l’identique !

En fin de compte, tout ça ressemble à s’y méprendre à la scène finale des bons vieux slasher movies : alors que son corps est truffé de 359 balles de revolver et transpercé de 602 coups de couteau, le très très très méchant tueur en série réussit néanmoins à se relever dans un ultime sursaut, faisant ainsi bondir d’effroi le spectateur, avant bien entendu de s’effondrer définitivement une bonne fois pour toute… Fin.

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La phrase de la semaine #1

“Partout c’est la prohibition
Alcool à la télévision
Papiers clopes manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics

Partout c’est la prohibition
Parole écrit fornication
Foutre interdit à soixante ans
Ou scandale sans précédent

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié”

Brigitte Fontaine est de retour avec un nouvel album, « Prohibition », à paraître le 5 octobre prochain.

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