Plaisir d’offrir, joie de décevoir ; ou pas…

A quelques heures des paquets sous le sapin, certains vacillent déjà d’être en manque d’idées pour les fameux « cadeaux de dernière minute ». Plutôt que de s’orienter vers les incontournables derniers opus de Melody Gardot, Alexandre Tharaud, Johnny Hallydo et Benjamin Biolo, voici quelques idées un poil moins téléphonées : le beau travail de copiste Motown du jeune Mayer Hawthorne, les constructions sensuelles et cérébrales de Gubaidulina filtrées par le piano de Claire-Marie Le Guay, le délicieux kitsch de la B.O. d’Anna pour valser avec Gainsbourg, Anna Karina, Michel Colombier et même Eddy Mitchell et Jean-Claude Brialy, l’élégance à peine gipsy du guitariste Rocky Gresset, les textures sonores aux amples mélodies et les improvisations oniriques à souhait du vrai-faux jazzman Frédéric Norel, les sophistiquées Inventionen & Sinfonias de Bach par Till Fellner, le rock de velours intemporel du crooner Richard Hawley, la ferveur du Ricercar Consort de Philippe Pierlot dans le Magnificat de Bach, le rock pêchu, furieux et très 80’s d’It’s Blitz des Yeah Yeah Yeahs ou bien encore la caractère bien affirmé de la jeune Yuja Wang dès son premier opus. Faites chauffer la Carte Bleue maintenant !

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La phrase de la semaine #17

« Je ne suis pas célèbre, je suis une légende. Célèbre, c’est lorsque tout le monde connaît ce que tu fais et tu es riche. Légende, c’est quand tout le monde connaît ce que tu as fait mais que tu es fini ! »
Joe Strummer (disparu il y a sept ans aujourd’hui)

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Mais bouffez le votre Chopin !

Depuis quelques années, les célébrations de centenaires, bicentenaires et autres tricentenaires sont devenues les nouvelles maladies éditoriales… Médias comme éditeurs, tous semblent se prélasser à honorer, raconter et re-raconter la vie et l’œuvre d’une âme essentielle à la création… À quelques encablures de 2010, on commence donc à suer à très grosses gouttes à l’idée de l’overdose Chopin qui attend les mélomanes ; et les autres. Face à la discographie pantagruélique de l’ouvrage certes majeur du génial Polonais (200 bougies le 1er mars prochain) se dressent déjà des plannings de labels à la terrifiante allure de tsunamis de Nocturnes, Préludes, Études, Mazurkas, Valses, Ballades et autres Sonates… Sans parler des programmes des festivals, concerts, émissions radiophoniques, expositions… Car au final, même s’il est toujours bon de commémorer les génies et de souligner la modernité et la nécessité de telle ou telle œuvre, ces célébrations en format XXL mettent surtout le doigt sur la faiblesse éditoriale et la créativité très homéopathique de celles et ceux qui « vendent » de la musique, enregistrée ou vivante, quel que soit le format.

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La phrase de la semaine #16

« Pendant tout un week-end, les télés, les radios, les journaux nous ont tenu en haleine sur un sujet grave qui a fait l’ouverture des journaux télés : la maladie de Johnny notre rockeur national… Même le chef de l’Etat en conclave hors de l’hexagone n’a pu s’empêcher d’évoquer le sort du chanteur. Une question d’intérêt national voire mondial à n’en pas douter ! On reste sans voix ! La preuve : on a dépêché au chevet du malade des équipes d’envoyés spéciaux qui n’ont rien à dire, on a réalisé des directs en veux-tu en voilà devant un hôpital de Los Angeles , avec interviews “rassurantes” de ses proches, en attendant le prochain flash d’info sur les démêlés d’un médecin playboy par qui le scandale est arrivé provoquant surtout l’ire des managers sur un risque de manque à gagner si les tournées de la star tombent à l’eau. Et tant pis pour le sommet climatique de Copenhague et pour le sort des SDF que l’on redécouvre à l’occasion des premiers froids mais qui eux n’auront pas eu la chance d’être à la une. Rien sur des nouveaux charters d’Afghans qui seraient prévus prochainement dans le cadre du débat sur l’identité nationale. Abandonné le débat sur l’histoire. »

Un communiqué SNJ-CGT du 15 décembre 2009

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EPK, le retour de la vengeance !

Désolé d’insister lourdement mais la découverte d’un nouvel EPK – ces affligeants petits films d’autocélébration promotionnelle mis en boite par les labels des artistes et raillés sur cette page le 17 novembre dernier – provoque une nouvelle syncope. Et une maousse ! La friandise de la semaine concerne donc la dénommée Alice Sara Ott. Passons sur les qualités (ou non) artistiques de cette nouvelle signature de l’écurie Deutsche Grammophon, gracieuse Munichoise de seulement 21 printemps, née d’une mère japonaise et d’un père allemand, pour décortiquer exclusivement l’Electronic Press Kit en question. Année Chopin oblige, le deuxième album DG de cette jeune pianiste réunit des valses. Une fois ingurgitées les visions de jeune vierge (« grave qu’à 3 ans j’savais que je voulais être pianiste ») et ses envies de nous faire comprendre qu’elle connait la vie et l’œuvre du génie polak sur le bout des doigts (« Vous savez, Chopin écrivait ci… Vous savez, Chopin faisait ça… Vous savez, Chopin disait ci… »), il faut se frotter les yeux une quinzaine de fois pour croire ce que l’on voit : Alice Sara Ott et son superbe Steinway installés dans les chantiers navals de Gdansk ! Logique, non ? Chopin = Pologne = exil en novembre 1830 pour raisons politiques = révolte = Solidarność ! Bingo avec, sommet de cette poilade audio-visuelle, l’incrustation d’images d’archive des années 80 des manifestations de la célèbre fédération de syndicats polonais dirigée par Lech Wałęsa pendant qu’Ott pianote à tout va ses valses sur les docks déserts. On a même droit, en fond sonore, à quelques grondements de foules et autres chants de révolte ! Le Samu est encore sur place, l’étouffement s’estompe à peine que paf ! re-bingo ! la jeune prodige nous inflige un nouvel uppercut en se retrouvant cette fois, en un claquement de doigts, à errer dans une quelconque campagne, évidemment verte, évidemment sublime, évidemment juste floutée à la David Hamilton… Logique, non ? A ce rythme on se dit surtout qu’Alice Sara Ott = Munich = Oktoberfest = bière = brasserie = pub = Irlande = trèfle = quatre feuilles = papier à rouler = joint = drogue…

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La phrase de la semaine #15

« Trop de morceaux de musique finissent trop longtemps après la fin. »
Igor Stravinski

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L’heure du best-of-top-meilleur-plus-mieux…

La trêve des confiseurs est souvent synonyme du temps des listes. Les listes ? Quelles listes ? Les fameuses listes du best-of-top-meilleur-plus-mieux de l’année écoulée, évidemment ! Albums de l’année, singles de l’année, artistes de l’année… Mais 2009 oblige, il y aura double ration cette fois avec le best-of-top-meilleur-plus-mieux de… la décennie ! Eh oui, les années 00, c’est fini ! Là, tel un solennel « entre ici Jean Moulin », qu’allons nous pouvoir installé dans le panthéon, dans la time capsule, qu’allons nous garder de ces années 2000 ? Les sixties, les seventies, les eighties, les nineties même, on voit à peut-prêt ; voire très bien même… Mais les zeroties ou twothousandsies, quel instantané conserver de cette période couvrant le 1er janvier 2000 jusqu’au 31 décembre 2009 ? Du fan de Guillaume de Machaut à celui de Booba, sans oublier celui de Charlemagne Palestine, Wilco, Celia Cruz, Beck, Gidon Kremer, Asha Bhosle ou AC/DC, le bilan sera sans doute plus pratique et technologique qu’artistique : culture de l’iPod, écoute au titre, retour de la compile perso désormais baptisée playlist, échanges tous azimuts de fichiers numériques, acquisition quasi-instantanée des morceaux ou albums recherchés, cette décennie fut celle d’une révolution de la pratique de l’écoute. Révolution dont on ne mesure guère l’impact sur la façon de concevoir cette musique. Certes, une bonne chanson reste et restera toujours une bonne chanson, et la mission du compositeur, seul face à sa sacro-sainte feuille blanche, qu’elle soit en papier ou sur un écran d’ordinateur, reste la même : écrire une bonne chanson. Pourtant, notre façon d’appréhender des notes, des harmonies, des textes chantés même, ne sera sans doute plus tout à fait la même. A vérifier les 31 décembre 2019, 2029, 2039, 2049, 2059…

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La phrase de la semaine #14

« Glenn Gould n’a jamais su ce que c’était qu’un clavecin. Landowska n’a jamais su ce que c’était qu’un clavecin. Horowitz n’a jamais su ce que c’était qu’un clavecin. Je prononce peut-être hérésie sur hérésie, mais les choses doivent être dites comme elles sont. »
Scott Ross (1951 – 1989)

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Poivre et surtout sel…

D’accord, le sujet est facile, vu et revu, on enfonce les portes ouvertes et l’on baigne corps et âme dans le marronnier, mais bon… À chaque visite au Théâtre des Champs-Elysées, le casting du public demeure… inquiétant ? Loin du délit de sales belles gueules, cette valse de visons et de carrés Hermès, cette farandole de mocassins à gland et des Barbour col velours semble encore plus appuyée que les clichés les plus éculés qu’on imagine sur le public classique de la salle de l’avenue Montaigne… Mais c’est surtout l’âge de ce public classique de la salle de l’avenue Montaigne qui tétanise… Cette impressionnante mer de coiffes plus sel que poivre ne laisse entrevoir que quelques « jeunes ». Les habitués ont beau vous crier qu’il y en a des jeunes, beaucoup même, mais un constat de visu jauge régulièrement à un petit 10% les moins de 25 ans… Pourquoi les conservatoires sont-ils blindés à craquer et le nombre de leurs élèves à franchir le seuil de Pleyel, du Châtelet ou du TCE aussi faible ? Pourquoi ce public, en tous points susceptible de tomber sous le charme, voire l’addiction, des concerts proposés par ces prestigieuses maisons, n’est-il pas happé par les très alléchantes affiches qui lui sont proposées ? Le prix ? Le quartier ? Le but n’est évidemment pas de faire du jeunisme à tout pris ni de faire croire qu’on peut appréhender la Mazurka en ut dièse mineur, op. 63 n°3 de Chopin avec la même préparation, le même état d’esprit ou tout simplement la même ouïe que Bad Romance, septième single de Stefani Joanne Angelina Germanotta, plus connue sous le sobriquet de Lady Gaga dans la société du spectacle. Il est encore moins d’interdire les Barbour (quoi que…) dans ces salles ou d’imposer le port du jean slim. Le but est de souligner l’écart chiffré entre jeunes mélomanes – praticiens ou non –, et jeunes spectateurs : à ce rythme, la musique composée par des morts sera bientôt jouée pour des morts…

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La phrase de la semaine #13

« Le risque est que celui qui a le contrôle absolu de la distribution prenne le contrôle des contenus. »

Frédéric Mitterrand (La Tribune – 19 novembre 2009)

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