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Manfred Eicher

Manfred Eicher
Manfred Eicher.
Directeur du label ECM (Edition of Contemporary Music).

Il n’a rien d’un ermite au bord de l’autisme, totalement déconnecté de la réalité et marmonnant dans sa moustache plus sel que poivre. Il vit bien en 2009 et non dans une décennie où la fée électricité ne turbinait qu’à mi-temps. Et pour lui, la musique ne s’est pas arrêtée au Kind Of Blue de Miles, son album fétiche…

Simplement, Manfred Eicher, fondateur et cerveau du label ECM, possède des (attention, gros mot !) valeurs. Mieux encore, il s’y tient et les brique un peu plus chaque jour, sans pour autant faire du prosélytisme tapageur. Quarante ans après le lancement de son label (attention, deuxième gros mot !) mythique (un album du pianiste Mal Waldron baptisé Free At Last, enfin libre !), le producteur munichois ne vit pas « hors du temps » mais plus précisément dans « un temps parallèle » à celui que la société, les médias ou plus bêtement le capitalisme désigne comme étant le seul. Pourquoi cette quête de la (fausse) nouveauté à tout pris ? Pourquoi l’urgence permanente ? Pourquoi la musique (le bruit ?) tout le temps et partout, dans les aéroports, les magasins, les ascenseurs, les salles d’attente, les restaurants, etc. ? Pourquoi faut-il un téléphone portable ? Eicher balaye d’un revers de main ces diktats d’un certain monde, certes dominant, et vit le sien. Tranquillement. Sereinement. Un monde dans lequel d’ailleurs il est loin d’être seul. On connait l’adoration des fans d’ECM pour cette vie différente. Cette musique appréhendée différemment. Conçue différemment. Mise en valeur différemment. Vécue différemment. Manfred Eicher vit juste comme un homme libre.

C’était écrit sur le premier album ECM : free at last !

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Renaud Machart

Renaud Machart

Renaud Machart, critique, écrivain, musicologue.

Théâtre de l’Athénée, 23 novembre 2009.

On manque de critiques musicaux, mais on ne manque pas de critiques musicales, depuis que le grand bavardage sur Internet a donné des ailes aux amateurs et à l’autopublication.

Les comptes-rendus de concerts ont largement disparu des pages critiques des grands quotidiens, au profit de ce que l’on pensait alors plus moderne : l’information musicale, déclarée plus utile, plus constructive. Mieux valait dire du bien avant, pensait-on, d’événements non advenus -que du mal après. C’était un moyen pratique de ne se point tromper, de faire du “service au lecteur”, de “décrypter” l’actualité selon la langue de bois des nouvelles formules de journaux, concoctées par leurs responsables en charge de retenir les lecteurs déserteurs. Mais en fait, c’était une façon bien cruelle d’offrir à ce lecteur le pire des points de vue, celui des dossiers de presse et de l’événement formaté, et d’uniformiser les contenus.

Renaud Machart, le critique musical de ce grand quotidien du soir bien connu, a repris le flambeau de la critique musicale littéraire, conçue comme un genre à part entière, un art exercé jadis au plus haut niveau, et même par des compositeurs assez considérables.

Monter en épingle un événement, surprendre seul contre tous, militer en faveur d’un point de vue ou d’une œuvre est un exercice flatteur pour le journaliste – mais l’abus de la chose tourne aisément à la coquetterie ou à l’arbitraire. De cette coquetterie, à laquelle aucun critique musical ne saurait résister tout à fait, Renaud Machart use avec élégance et davantage de discernement que d’autres, bien qu’on la lui reproche plus souvent qu’à d’autres confrères.

Lire ses articles c’est partir en aventure musicale : la recension d’un concert ou d’un opéra, la découverte d’un compositeur américain improbable, une charge en règle contre tel chef ou directeur d’opéra ; sous sa plume le compte-rendu sort du cadre. Ce qu’on y lit, c’est la grande liberté de sentir, d’aimer ou de détester, d’un homme qu’on ne connaît pas, en tant que lecteur, et qu’on ne connaîtra jamais.

Écouter les albums de la collection INA Mémoire Vive qu’il a créée et dirigée jusqu’en 2009 c’est entendre ce qu’il aime et ce qu’il choisit.Lire ses livres (tous remarquables) est une clé utile pour comprendre et appréhender le critique.

La collection INA Mémoire vive sur Qobuz

Les livres de Renaud Machart :
- Francis Poulenc : Journal de mes mélodies, édition critique intégrale et notes, Cicero Editeur, 1993.
- Francis Poulenc, essai, Éditions du Seuil, 1995.
- George Benjamin : parcours 1978-1996, essai, Les Cahiers de l’Ircam, 1996.
- Le Journal parisien de Ned Rorem, traduction et présentation, Éditions du Rocher, 2003.
- John Adams, essai, Actes Sud, 2004.
- From the Trumpet of The Chair Mender to The Flute of The Goatherd, in The Proust Project, collaboration, Farrar, Straus and Giroud, New York, 2004.
- Aspects Of John Adams’s Music : Floating Elegies and Music Boxes in The John Adams Reader, Essential Writings on an American Composer, sous la direction de Thomas May, Amadeus Press, 2006.
- Leonard Bernstein, essai, Actes Sud, 2007.

À paraître :
- Le magicien d’Aix, mémoires de Gabriel Dussurget (Actes Sud, 2010, édition, présentation et notes en collaboration avec Kathleen Fontmarty Dussurget).
- Gabriel Fauré (Actes Sud 2010, collection “Classica”).

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Antoine Gindt

Antoine Gindt

Antoine Gindt
Théâtre et Musique

T&M c’est lui ! Metteur en scène et producteur, Antoine Gindt dirige Théatre & Musique depuis 1997. T&M c’est une vision unique.

Comme Gindt le dit lui-même : « L’avantage du théâtre musical, même s’il s’aventure parfois du côté de l’opéra, est de dire : on peut faire autrement. » Président du Réseau Varèse depuis avril 2002, conseiller à la programmation au festival Musica depuis 2006, Antoine Gindt dirige cette année l’Atelier Opéra en Création au Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence.

Structure de création dédiée aux nouvelles formes de théâtre musical et lyrique, T&M fait fructifier l’héritage de l’Atelier Théâtre et Musique (Atem) fondé par Georges Aperghis en 1976. Depuis 1998, plus d’une trentaine de spectacles (opéra, théâtre musical) ont été produits et présentés par T&M, selon des choix artistiques qui ont véritablement fondé un répertoire. Créer de nouvelles œuvres grâce à des commandes (Dillon, Donatoni, Dusapin, Goebbels, Lorenzo, Pesson, Sarhan…), promouvoir des répertoires originaux grâce à des mises en scène singulières (Sciarrino, Kurtág, Mitterer, Janáček, Stravinsky…), poursuivre une réflexion permanente sur les pratiques du théâtre et de la musique et leurs développements pédagogiques sont les principaux objectifs de T&M.

Côté mise en scène, le cv d’Antoine Gindt est assez impressionnant : Pas Si (Stefano Gervasoni, création à Saint-Denis en novembre 2008), Kafka-Fragmente (György Kurtag, création à Orléans en décembre 2007, représentations à Saint-Quentin-en-Yvelines et Strasbourg-Festival Musica en 2008, à Berlin-Maerzmusik en 2009, au Théâtre de Gennevilliers en 2010), The Rake’s Progress (Stravinski, direction Franck Ollu, Festival de Ponte de Lima, juillet 2007, Athénée Théâtre-Louis-Jouvet à Paris en novembre 2009), Consequenza, un hommage à Luciano Berio (avec l’Ensemble Remix, création à Strasbourg-Festival Musica, puis représentations à Paris-Théâtre des Bouffes du Nord, Porto-Casa da Musica à l’automne 2006, à Vienne-Wien Modern en novembre 2007), Medea (opéra de Pascal Dusapin, Teatro San Martin, Buenos Aires en octobre 2005, reprise à Orléans, St-Quentin-en-Yvelines, Porto, Bourges, Reims, Vilnius en 2007, au Théâtre de Gennevilliers en mars 2008), Richter, Opéra documentaire de chambre (Mario Lorenzo, Esteban Buch, Franck Ollu, création au CETC Teatro Colon de Buenos Aires et au Théâtre Paris-Villette, Festival d’Automne à Paris, à l’automne 2003).

En tant que conseiller artistique, Antoine Gindt a participé aux spectacles Pierrot lunaire et autres valses sur les œuvres de Schoenberg (Michel Deutsch/Olivier Dejours, Orléans, 1991), Fragments de Hölderlin sur les œuvres de Wolfgang Rihm et Hans Werner Henze (Claude Malric/Armand Angster, Orléans, Nanterre, 1992), Jakob Lenz de Wolfgang Rihm (Michel Deutsch/Olivier Dejours, Opéra de Strasbourg, 1993, Nanterre, 1995), Alfred, Alfred de Franco Donatoni (André Wilms/Ed Spanjaard, Nanterre, 1998). Enfin, Gindt a assuré la direction artistique d’enregistrements de disques de Dusapin, Aperghis et Pesson. Il est l’auteur d’articles sur les musiques d’aujourd’hui (Aperghis, Kagel, Rihm, Ives, Goebbels, Dusapin…) et a dirigé un ouvrage collectif sur Georges Aperghis, Le corps musical chez Actes Sud en 1990.

Mais surtout, derrière des noms et des répertoires qu’on pourrait croire réservés à une quelconque caste, Antoine Gindt garde à l’esprit un plus large public. « Si je fais de tels choix, en tant que directeur que T&M comme en tant que metteur en scène, c’est que je pense que même sur des répertoires extrêmement exigeants, il est possible de trouver une relation très simplifiée avec le public – et ce, justement parce que la forme est sophistiquée. »

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Michèle Worms

Michèle Worms

Michèle Worms
La Lettre du Musicien.

C’est après avoir quitté Diapason, dont elle assurait avec un flegme et une tranquille indépendance le secrétariat de rédaction auprès, nous semble-il, de Yves Petit de Voize, que Michèle Worms crée en 1984 La lettre du Musicien, un bimestriel destiné à combler le manque d’information professionnelle des musiciens classiques.

On le sait, le problème majeur de la presse professionnelle c’est la crédibilité. Trop proche du métier elle est perçue comme consanguine et tout autant vue avec méfiance par ses lecteurs qu’avec condescendance par les professionnels eux-mêmes qui ne résistent jamais au plaisir d’y être présents quand même.

En affichant depuis toujours la modestie à la devanture de sa Lettre du Musicien, Michèle Worms s’est mise à l’abri des crises. Avec à ses côtés l’incroyable Denise Marinier, elle a, d’une part, construit un outil neuf et sans concurrence — où donc aller pour connaître ses droits et les tuyaux sur sa retraite quand on est prof de conservatoire municipal ? – et d’autre part établi, bien avant que les réseaux sociaux ne soient à la mode, ce lien indispensable entre des professionnels souvent malmenés, ou sous-informés.

En tête du journal, les fameux éditoriaux de Michèle Worms sont piquants, de cette alacrité qui donne du sel à la politesse et au bon ton. La patronne de La Lettre du Musicien est fidèle au poste tous les quinze jours pour y commenter l’actualité musicale et y fustiger avec humour ses travers.

Et puis, La Lettre du Musicien innove. Depuis 2000, elle organise le Grand Prix Lycéen des Compositeurs qui confronte compositeurs et élèves pour élire eux-mêmes le « compositeur de l’année ». En donnant simplement la parole à ceux qui ne l’avaient pas, Michelle Worms a montré, cette fois encore, ce que l’humilité et la discrétion peuvent avoir d’insolent.

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Jean-Marc Bador

Jean-Marc Bador

Jean-Marc Bador
Directeur général de l’Ensemble Orchestral de Paris.
Théâtre des Champs-Élysées, 17 novembre 2009.

La Folle Journée de l’Ensemble Orchestral de Paris est-elle en vue ?

La nomination de Jean-Marc Bador à la Direction générale de l’orchestre pourrait en marquer le signe, lui qui travailla avec René Martin à la fondation du célèbre festival nantais qui a tant fait pour changer l’air du classique.

Il faut dire que le chantier semble vaste et malaisé pour rendre cette valeureuse, mais stylistiquement improbable formation, à des missions moins redondantes avec d’autres institutions symphoniques parisiennes.

Un orchestre permanent de formation Mannheim à Paris ? C’est un luxe qu’on est contents et fiers, en tant que contribuables, de pouvoir se payer ! Oui mais, on l’imaginerait, en 2010, jouant sur instruments d’époque, configuré de manière à agir en souplesse en fonction des répertoires, et dès lors susceptible d’accueillir les meilleures baguettes et les plus grands solistes du genre ; et surtout permettant de revisiter jusqu’au romantisme inclus, avec la ductilité que nous a apportée le mouvement baroque, tant d’œuvres qu’on nous présente encore en versions lourdingues au concert mais qu’on n’accepterait pas d’entendre de la sorte sur disque (ou téléchargement !).

Avec les années, on oublie parfois le passé, qui est pourtant instructif. Dans le cas de l’EOP il faudrait se souvenir que l’orchestre, originellement construit par son premier chef Jean-Pierre Wallez comme une sorte d’expansion de l’Ensemble Instrumental de Paris qu’il dirigeait auparavant, présentait au cours de ses premières saisons injustement décriées, des originalités vraiment majeures. Certes, on n’y faisait pas de baroque du tout, car ce n’était pas le genre du Jean-Pierre, mais le non-conformise des programmes, le prestige des plus grands solistes, qui faisaient la part belle à la musique de chambre et à des répertoires rares de musique française ou étrangère, possédait une vraie singularité qui ne posait pas alors la question du style comme ce le sera pour cet orchestre par la suite.

Au départ de Wallez, et après les années Jordan, qui possédait une classe à lui seul justifiant une vision plus symphonique et classique de la programmation, il semble qu’on soit passé aux années de plomb stylistiques avec John Nelson, et qu’on ait été, depuis, frappé d’une sorte d’impuissance administrative à réformer l’institution. Oh certes, Nelson était un musicien bien plus qu’honorable et talentueux. Mais juste, une erreur… politique, qui a bien trop duré.

En un tel cas, autant le fond que la forme valent d’être travaillées.

On espère donc ne plus être invités à s’abonner en début de saison par des affiches sur les murs de Paris, vides de promesses, comme si l’acte d’abonnement à l’EOP s’apparentait à l’achat de la Carte Orange annuelle.

On voit bien le potentiel, y compris de moyens, qui réside ici ; on connait l’habileté et le dynamisme de Jean-Marc Bador qui a su remarquablement faire exister l’Orchestre de Bretagne et lui a forgé une vraie identité même au-delà des frontières.

Et donc, on lui souhaite tout le bonheur du monde, et le nôtre, à l’Ensemble Orchestral de Paris !

En téléchargement sur Qobuz :
L’Ensemble Orchestral De Paris en qualité CD.

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