Charlotte Latigrat, Festival d’Ile-de-France

Charlotte Latigrat, Festival d’Ile-de-France
Il fut un temps où le Festival d’Ile-de-France était une manifestation bien pépère et tranquille, qui enfilait les concerts en région Ile-de-France selon un principe un peu soporifique de vieilles pierres et châteaux réveillés une fois l’an par des formations locales ou guère plus. C’était avant que Charlotte Latigrat ne prenne en mains les destinées de la manifestation, et la tourne en un événement élégamment trendy qui ne la ramène pas mais apporte une pierre originale et différente au début de saison. Pour avoir longtemps été productrice de radio, on le sent bien, Charlotte Latigrat sait composer un menu, et à l’inverse de ces programmations thématiques devenues si nombreuses et souvent bien pesantes, illustre ses saisons avec une variété et une inventivité qui font plaisir.
Cette année le Festival d’Ile-de-France a pour thème “Elles. Musiques au féminin”. Le journal L’Humanité interrogeait Charlotte il y a quelques jours et lui demandait : “Pourquoi ce thème ? ”
” C’est les femmes et la féminité. Une manière d’ouvrir la programmation aux femmes, mais pas uniquement aux femmes artistes, ce qui se fait beaucoup et qu’on peut voir ailleurs, mais sur la place des femmes dans leur société. Des femmes qui se sont battues, qui ont été des femmes en lutte, par rapport à l’histoire ou à la société dans laquelle elles vivent. Cela peut être des combats emblématiques comme Miriam Makeba et l’apartheid. Mais cela peut être aussi des combats moins en vue, comme, par exemple, les Cheikhat du Maroc, qui sont en confrontation quotidienne avec la société musulmane. Ou cela peut être aussi la Colombienne Etelvina Maldonado qui est une des femmes invitées à Villarceaux (6 septembre). Elle représente une tradition qui était portée uniquement par les femmes, exclue des cercles traditionnels parce que femmes divorcées ou enceintes, qui ne devaient pas se mélanger à la maisonnée. Elles ne pouvaient même pas participer aux fêtes religieuses. Elles se retrouvaient entre elles et ont créé des styles musicaux avec des instruments parfois rudimentaires, des petites batteries, des claquements de mains. Etelvina est la détentrice de la tradition de ces musiques. Ce ne sont pas forcément de grands combats visibles, mais cela reste emblématique de la condition des femmes dans le monde.”
Le festival d’Ile-de-France a ouvert ses porte vendredi 4 septembre avec les “Cheikhat du Maroc” et se clôturera le 11 octobre par un concert événement de la désormais légendaire Nina Hagen. Entretemps, rien de banal : de la musique baroque, de la musique ancienne, un double hommage à Miriam Makeba avec des invités exceptionnels, le Festival Factory- un festival dans le festival, consacré aux musiques expérimentales - et puis Nicolas Frize, la tsigane Edma Redzepova, l’Ensemble Constantinople et Savina Yannatou… tout ce qu’un service public bien compris et inventif peut faire de mieux. Bravo !
Le site du Festival d’Ile-de-France.

Miriam Makeba
Sing me a song 2008.

Savina Yannatou
Songs Of An Other 2008.

Nina Hagen
Street 1994.







