Nouvelles du front des disquaires (enfin, ce qu’il peut en rester…)

Prélude :

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Le propos est récurrent depuis plusieurs années, l’affaire revient comme les saisonnières allergies au pollen et les embouteillages à la porte d’Auteuil pour Roland-Garros ; vous le savez depuis plusieurs couvertures de magazines et dépêches des agences de presse : le disque Classique se porte aussi bien qu’Argan saigné par le corps médical. La comparaison avec l’hypocondriaque n’est pas si malvenue, à moins qu’il faille en recourir à la Tragédie française pour illustrer la promise agonie du marché du disque. Cinq actes de larmoyante déchéance su cinq années de misère financière et finalement ?

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Et finalement : les principaux acteurs (labels, distributeurs, vendeurs…) de cette tragi-comédie sont encore là. A peine, quelques Thomas Diafoirus furent poussés à la retraite anticipée mais le petit chien qui écoute la voix de son maître n’est pas mort. D’accord, trouver un vendeur dans les allées d’un supermarché du disque devient un exploit. Mais la chute annoncée de l’Empire discographique n’est pas venue. Certes, les résultats ne sont pas bons. Les fissures laissent placent à l’érosion. Filez-voir les chiffres (Ah ! les chiffres et la statistique, les oracles modernes…) sur le site de l’Observatoire du disque

http://rmd.cite-musique.fr/observatoire/ .

Le pronostique vital de cette espèce surveillée par le Ministère de la Culture n’est pas engagé. Le malade est juste à surveiller. Le milieu a certainement évolué : les parrains-producteurs sont plus discrets, font dans la modestie (on peut rêver…), les séminaires des commerciaux ne sont plus célébrés au Macumba de Saint Tropez, et les fins stratèges issus des écoles de commerce ont enfin saisi que l’on ne pouvait vendre une Symphonie de Max Bruch sur la base des recettes d’un album de Francis Cabrel. L’industrie du son en boite est-elle revenue à une taille plus humaine ? à une idée d’artisanat ? On accepte, finalement, qu’un disque classique puisse se vendre dans un pays de plus de 60 millions d’habitants à mille exemplaires (et encore…). Certes, le rapport numérique n’est pas flatteur pour un pays qui se vante d’exception culturelle… Pourtant, cela semble fonctionner et survivre, surtout, au regard des centaines de parutions (200 à 300 titres par mois, nouveautés et rééditions) qui viennent fleurir mensuellement dans les bacs des disquaires.

Fugue :

Exemples pour la chose symphonique, dans une définition du type : « je connais les catalogues et les références et je sais quoi rééditer, à peu de frais, afin de faire saliver le mélomane… ».

Le Retour de l’oncle Ernest

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Ce mois, la leçon de choses sera infligée par … l’Australie. Et oui, l’orgueil tricolore des barbouzes qui firent exploser les bateaux de Greenpeace en prend un coup. Enfin : les Symphonies de Brahms, Symphonies n°2 et 4 de Sibelius, Faust-Symphonie de Liszt et Troisième de Magnard, heures de gloire du LP au Victoria Hall, gravés par l’oncle Ernest à la tête de ses Romands sont disponibles en CD ! Aubaine ! Et que je n’entende pas que l’ami mathématicien d’Igor Strawinsky ne comprenait rien en musique germanique. Critique aussi intelligente que d’avancer que Charles Münch n’entendait que Ravel et Debussy…

Ultime précision : pour se procurer les boitiers, il faudrait faire confiance à votre postier et commander sur internet via les océans. Fallait-il préciser que la parution de cette série Eloquence n’est, pour l’heure, pas prévue en notre fin et subtil pays ?


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L’œil écoute :

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Je ne suis pas le chantre de la modernité, je n’ai pas encore tout saisi du blue-ray et des images numériques, pense encore que Danièle Gilbert travaille toujours pour la première chaine mais j’avoue que l’association de l’image et du son est des plus flatteuses sur ces parutions DVD Euroarts. L’occasion de goûter, pupilles et trompes d’Eustache grandes ouvertes, à la jolie battue sans agitation stérile, à la R.Strauss, de l’oncle Eugene alors presque octogénaire. Recordman du monde du plus long mandat à la tête d’un orchestre : Eugene Ormandy (1938 – 1980 à Philadelphie ! Merci le viager…). Pour débuter le concert,

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avant la Suite de Holst, quelques mots dans un allemand impeccable du petit maestro. Au passage, c’était le Philadelphie de la grande époque. Le moyenne d’âge n’était pas des plus jeunes mais les John de Lancie, William Kincaid ou Mason Jones étaient des légendes vivantes …Au programme : Les Planètes de Holst et la Mer de Debussy. Second opus avec Shéhérazade de Rimsky et une ribambelle de bonbons orchestraux en compléments.

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P.S. : à ceux qui renonceraient aux activités de l’honnête mélomane au profit de la gastéropode activité de sportif devant un téléviseur (Tennis, Football et Jeux Olympiques), je souhaite rappeler ces lignes de Woody Allen : « Dans le cadre d’un programme de remise en forme visant à réduire mon espérance de vie à celle d’un mineur du XIXe siècle, je faisais mon jogging dans la Cinquième Avenue. Afin de soulager mon système respiratoire anémié, je m’arrêtai à la terrasse du Stanhope Hotel et commandai une vodka-orange bien fraîche. Le jus d’orange étant tout à fait recommandé dans mon régime, je m’envoyai plusieurs tournées ».

Woody Allen, L’erreur est humaine J’ai lu 2008


posté le Mercredi 4 juin 2008 à 14:11.

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Commentaires

1. Le Mercredi 4 juin 2008 18:16, par Pierre-Yves Lascar

Bonjour à tous, oui, en effet, faites honneur à cette extraordinaire série Ernest Ansermet venant de l'Australie. Pour connaitre personnellement le programme de rééditions jusqu'à l'automne 2009, je peux vous dire que des enregistrements très rares ou jamais réédités des années 1950 paraitront dans cette série. Je suis très jeune en ce qui me concerne, et passionné par le disque, comme notre ami François Dru a pu vous l'écrire récemment. Et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant l'intégrale Beethoven d'Ansermet avec la Suisse Romande. La Troisième est un must absolu : art fabuleux de la conduite architecturale, et alliages instrumentaux étonnants, témoignant d'une oreille et d'une sensibilité harmonique assez incroyables. Repassez vous en boucle le premier accord. C'est un monde nouveau qui nait ici. Ce Beethoven qui prend ses racines dans Haydn (le sens de la surprise demeure!) et dans le tragique mozartien de Don Giovanni témoigne d'une force expressive vraiment inoubliable. L'art de Pierre Monteux avec les concurrents viennois et anglais est définitivement plus classique. Quelle hâte de découvrir Tapiola de Sibelius, ces sessions à Covent Garden, etc. Quant à la 4ème de Sibelius, Ansermet en demeure l'un des plus grands interprètes mais malheureusement son magnifique studio ne le montre pas assez.... Pourquoi aujourd'hui veut-on oublier les grands artistes d'autrefois ? Pour se gorger de gens comme Chung, Vänskä, Minkowski, Alsop, Lang Lang, Grimaud, Segerstam, et tous ces baroqueux qui pensent à leur instrument avant de penser la musique... Moi je ne veux pas. Je refuse. De plus en plus. Je ne suis pas nostalgique. Je crois en Eivind Gullberg Jensen, François Dumont, Gustavo Dudamel ... Vive la musique! Le retour de l'Oncle Ernest est bienfaiteur, juste pour cela. Mais celui de Dorati, Kletzki serait tout aussi salvateur. Vive la vie, finalement!

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Auteur
François Dru

Biographie de l'Auteur

Né en 1972, François Dru est producteur délégué à France Musique depuis 2003. Il fit ses débuts radiophoniques aux côtés de Frédéric Lodéon dans “le Pavé dans la mare”. Passionné par le disque, il a travaillé pour la Fnac, la Discothèque Centrale de Radio France et est responsable de collection pour le label Alpha. Critique pour la revue Classica-Répertoire, il est chargé du répertoire symphonique. Il a participé au Dictionnaire Mozart (Robert Laffont, collection Bouquins).

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