Je ne sais pas pourquoi, mais à cette rentrée je partage l’humeur de ce David Seville, que la perspective de faire de la musique semble n’enthousiasmer que modérément.
J’ai bien essayé de m’intéresser à la gymnastique sportive, mais cette hollandaise prête à gigoter en bottes m’en a dégoûté.
Post scriptum du Dr Lechat Ernest Vinylo appliquait scrupuleusement la recette avouée par Churchill pour conserver la santé : jamais de sport.
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Même ce nouveau groupe dont les jeunes raffolent, les Beatles, préparent, semble-t-il, une parution qui m’a effondré.
J’ai envoyé un mot bien senti à M. Capitol. Il a retiré cette pochette de la circulation et l’a remplacée par une autre qui me paraît plus convenable.
Ce Jimmy Walker aurait pu dynamiter un peu la grisaille…
Mais ce El Tadeo, aussi tonique qu’un discours de Jacques Duclos, m’a fait immédiatement rechuter.
Pourquoi ne paraît-il pas plus de disques comme celui de ce Jay Clever ? C’est sûr, j’abandonnerais la pipe et j’adopterais le fume-cigarettes. Définitivement.
Finalement, pour reprendre vie je reviens toujours à l’un de mes vinyles préférés, celui de Ginette Neveu dans le Concerto de Sibelius.
Mon ami le Dr. Sigmund Neufeld, chimiste de haute volée qui m’a tellement aidé à la mise au point du vinyle, m’a envoyé ce disque pour la célébration du 5e anniversaire de la constitution par l’O.N.U. de l’État d’Israël en mai 1948.
Il ne manque pas de m’envoyer régulièrement des albums rappelant l’horreur que nous avons connue en Europe il y a quelques années. Je ne comprends pas les paroles, mais je les comprends.
Par la suite j’ai reçu chaque année des disques de chants religieux. J’aime moins : les religions, quelles qu’elles soient, je préfère les ignorer. TOUTES.
Post scriptum du Dr Lechat
À ce propos, le Dr. Vinylo a laissé sous une pile de disques d’évangélistes américains, qu’il détestait plus particulièrement, un long texte sur les religions dont voici un extrait, certes court, mais significatif, qui éclaire nettement la personnalité du bon docteur : « Je crois que l’on peut être bon voisin sans se mêler de la conscience de son voisin. Je crois que l’on peut aimer son prochain sans se croire obligé de pousser la charité jusqu’à le tourmenter pour ses opinions. Je crois qu’on peut aimer Dieu sans croire pour cela qu’il faut tuer tous ceux qui déplaisent à ses partisans, ou qu’il faut exterminer ceux à qui Dieu n’a pas donné la foi. Je crois qu’un dieu juste doit punir les hommes cruels, sanguinaires, sans conscience, qui se servent de son saint nom pour justifier la tyrannie, la persécution, les assassinats, et qui nous assurent qu’on plaît à Dieu en détruisant ses créatures ou ses images. Je crois qu’il se pourrait bien que nos guides ne rencontrent pas eux-mêmes le Paradis où ils prétendent nous guider. »
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Par la suite, les disques que mon grand ami Sigmund m’a envoyés m’ont paru plus aimables. Voire très aimables, comme celui du cantor Isaac :
Ce Benzion Witler, par exemple, a l’air très sérieux mais à l’écoute je comprends bien que c’est un fantaisiste.
Quant à Sam Katz, c’est un cas.
Je lui ai demandé d’autres disques de la chanteuse Hanna Ahroni, que j’aime beaucoup :
Les Barry Sisters chantent moins bien, peut-être. Mais quelle allure !
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Le Dr. Vinylo nous a malheureusement quittés trop tôt pour pouvoir se réjouir de la consécration du grand clarinettiste Giora Feidman
Saluer les grands jazzmen qui prient pour Israël
Et surtout apprécier un peu partout dans le monde les nombreux ensembles de musique klezmer, dont le New Orleans Klezmer All Stars constitue un exemple bien épatant.
Le blindfold de la semaine dernière n'a pas été trouvé. Il s’agissait de Love You To interprété par George Harrison, extrait de l’album Revolver des Beatles.
Ma belle-sœur Betty m’a envoyé des cartes postales des USA. Elles font rêver. Du coup j’ai bien envie d’accepter l’invitation reçue pour les Conventions du Disque Moderne qui vont se tenir à New York et à Los Angeles.Je verrai enfin Broadway, dont je ne connais qu’une carte postale et un disque que j’ai presque usé.
Et surtout je pourrai aller au cinéma voir les films d’horreur qu’on ne nous montre pas ici. Je me demande s’ils sont aussi effrayants que les disques que j’ai reçus.
A Los Angeles, j’espère rencontrer mes actrices préférées, dont je garde soigneusement les albums.
Si j’ai un peu de temps, j’essaierai aussi de rencontrer des Indiens. Encore que je me suis laissé dire qu’ils ont plus ou moins abandonné leurs traditions.
Si ce n’est pas possible, j’aurai toujours la ressource d’aller écouter un peu de cette musique qu’ils appellent « country ».
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Post scriptum du Dr Lechat
La malle secrète du Dr Vinylo révèle que d’autres pensées l’animaient aussi.
Le docteur a en effet mis à profit son temps passé à Hollywood. Disons-le tout net : Ernest Vinylo avait un charme fou. Une photo bien émouvante en atteste.
Le docteur Ernest Vinylo nait peu après la Première Guerre Mondiale d’un père fabricant de 78 tours et d’une mère arthritique. Il fuit très tôt le domicile parental (vers 5h du matin) et décide de ruiner sa famille en mettant au point dans d’effroyables conditions financières le vinyle qui portera désormais son nom. Il disparaît en 1981 intoxiqué par un vacherin. Pratiquement sourd et atteint d’un glaucome sévère, tout au long de sa vie pétulante il n’a cessé de collectionner les disques 33 tours lui paraissant symboliser l’excellence de son invention, les accompagnant des courtes et pertinentes notules que nous publierons chaque semaine avec les trésors qu’il a patiemment amassés.