ut pictura musica cardinalis
Il faut savoir gré à Hugo Reyne et à sa Simphonie du Marais de se consacrer à la redécouverte systématique du patrimoine musical français antérieur aux Lumières. Déjà un important corpus discographique a été constitué, au sein duquel on retrouve, disque après disque, les œuvres de Lully, et de plusieurs autres compositeurs, documents permettant désormais de disposer d’un portrait assez exhaustif de la musique, surtout vocale, sous le Roi-Soleil, et au-delà.
compte tenu des recherches à mener, peut-être plus ardues que pour les époques subséquentes. Et du fait que ce double CD aborde deux dimensions de l’œuvre musical sous Richelieu, les volets sacré et profane, correspondant aux deux aspects de l’action du cardinal, domaines intimement reliés en France à une époque où la monarchie de droit divin s’apparente à une espèce de théocratie. Parmi les compositeurs abordés, on retrouve pour la partie sacrée, le touchant et personnel Guillaume Bouzignac, à l’idiome à la fois archaïque et novateur, Nicolas Formé, Antoine Boesset, que nous ont fait connaître les Pages & les Chantres du CMBV et le Poème Harmonique, chez Alpha, Louis Constantin, Annibal Gantez, et divers anonymes faisant alterner messes, Te Deum, motets, etc. ; pour la partie profane, où s’entrecroisent les armes, les nations et les dieux, Chancy, La Barre, Mollier, Verpré, et autres. Le chef en résidence à la Chabotterie a convoqué le Chœur de l’Institut Musical de Vendée, qui joint ses efforts au Chœur et à la Simphonie du Marais, accompagnant quelques solistes, notamment le soprano Catherine Padaud, dont la chaude voix méditerranéenne convient bien au baroque de la première moitié du XVIIe siècle français, entendu au sens d’un « style » encore pimenté d’éléments italiens et ibériques, antérieur au classicisme versaillais de la deuxième moitié du XVIIe siècle qui a épuré la musique pour la soumettre aux règles académiques. Une réalisation dont il faut prendre connaissance, ne serait-ce que par curiosité, en compagnie d’un spécialiste chevronné du répertoire, qui allie compétence et enthousiasme, qu’il sait communiquer à ses troupes, ce qui donne de beaux moments musicaux… qui en suggèrent de picturaux.
Amateur de peinture, et bien conscient de l’impact de l’art sur son spectateur, Richelieu va chercher à s’en servir en vue de la promotion de ses idées politiques et aussi de sa personne, qu’il considère les incarner. C’est ainsi que le cardinal-ministre va avoir en particulière estime un peintre né à Bruxelles, Philippe de Champaigne, dont la sensibilité artistique est en consonance avec la sienne, auquel il va passer de nombreuses commandes, et dont il va faire son portraitiste officiel. Imprégné de deux cultures, ce peintre sait mettre à profit son ascendance flamande, laquelle le porte tout naturellement du côté du naturalisme et de la couleur, tout en l’acclimatant au tempérament français qui, bientôt, subordonnera celle-ci au primat absolu de la ligne, au détriment du coloris, la nature étant de son côté « améliorée » par un processus d’idéalisation pour donner la Belle Manière. En ce moment encore baroque, voilà qui est encore possible et à la portée d’un artiste de la trempe de Philippe de Champaigne qui, s’étant arrêté en chemin à Paris, n’a pas fait le voyage de Rome, mais est capable de se mesurer aux plus grands peintres de son temps. Dans mon texte précédent, intitulé ut pictura musica williamia [ci-dessous], et consacré à la musique de William Lawes au temps de Charles Ier d’Angleterre, exactement contemporain du roi de France et de son ministre, d’ailleurs marié à la sœur de Louis le Juste, on aperçoit un triple portrait de Richelieu par Champaigne [certains aiment dire Champagne], servant de modèles au peintre en l’absence du sujet, pour la confection de diverses effigies du cardinal, destinées à de multiples usages. On ne compte plus les portraits du prélat réalisés par le peintre, tous plus remarquables les uns que les autres, avec ce mélange de vérité naturaliste, qui fouille les traits avec une impitoyable détermination, et de sensibilité à la couleur, à laquelle la pourpre cardinalice s’avère un matériau des plus propice. Cela s’accompagne d’un sentiment de grandeur qui tient à la fois de la culture de cour française et remonte, comme la science de la draperie de l’artiste, aux sources antiques, réinterprétées après des siècles de renaissances, ce dont permettent de prendre la mesure les portraits en buste et en buste allongé
Parmi les portraits les plus connus, celui en pied, du Louvre, est d’une majesté exceptionnelle, exaltée par le drap d’or arrière, et surpasse presque sous ce rapport, celui du roi Louis XIII, homme plus modeste, couronné par la Victoire à la suite du combat contre les Huguenots au siège de La Rochelle,
étranglée par les armées royales par la construction d’une digue, et qui capitule en 1628. Un événement décrit avec minutie par le graveur lorrain Jacques Callot [illustration retirée unilatéralement par « l'éditeur » !], lequel refusera quelques années plus tard de commémorer la prise de la Lorraine, en 1633, sa sensibilité nationale étant heurtée par la demande du roi, au service duquel il s’était placé.
Non moins majestueux est le portrait similaire en sa version de la National Gallery de Londres, où, à travers ses possessions, ici le château de Rueil, aperçu à l’arrière-plan, le cardinal étale tout son pouvoir et sa richesse, et encore une fois est portraituré en pied, le cordon de l’Ordre du Saint-Esprit, réservé aux seuls grands du royaume, ostensiblement déployé sur la poitrine, une posture nouvelle, à la signification symbolique lourde de conséquences.
Avant Richelieu, les ecclésiastiques, y compris le pape, étaient peints assis, comme ci-dessous, Jules II par Raphaël. On pourrait multiplier les exemples jusqu’au cardinal lui-même, mais voilà que comme un véritable chef d’État, il ose se lever et se donner à voir debout sur toute sa hauteur.
Le Palais-Cardinal qui deviendra le Palais-Royal en 1642 par donation au roi, sera sa vitrine de prestige. Il y établira une galerie des hommes illustres, dont lui-même, pour éblouir et affirmer son rôle et proclamer son autorité par l’image.
Rentré d’Italie en France en 1627 à la demande de Louis XIII pour « fonder » l’école française de peinture, le Parisien Simon Vouet, travaillera aussi pour




























