Archive fornovembre, 2008

ut pictura musica « williamia »

Entre pavanes et fantaisies à tonalité métaphysique empreintes d’une douce et délicieuse mélancolie, et danses endiablées d’une vivacité communicative, au point qu’on a parfois l’impression de sentir la sueur de danseurs s’exécutant sur les mouvements rapides, la musique au langage singulier et expressif de William Lawes est un bonheur qu’il faut absolument connaître, et partager, dans sa vie de mélomane, pour peu qu’on s’intéresse aux musiques venues des temps anciens, ou qu’on soit tout simplement curieux de connaître autre chose que le répertoire canonique de notre système musical.Composée à une époque troublée de l’histoire anglaise où le roi Charles Ier Stuart, issu de la branche écossaise de la monarchie, refuse l’inévitable évolution de l’Angleterre vers un régime constitutionnel visant à remplacer le pouvoir royal de droit divin, cette musique à lui destinée est irremplaçable. Il sera décapité [1649], comme sa grand’mère Marie Stuart, après que son fidèle William Lawes eut lui-même été tué au combat quatre ans plus tôt, en servant son roi pendant la bataille de Chester [1645], au moment où la guerre civile fait rage entre royalistes et leurs opposants. On trouve ici le roi peint à cheval en tenue officielle, ou revenant de la chasse sur les bords de la Tamise,dans un tableau à la manière vénitienne [vers 1635, Louvre] et en triple portrait comme modèle, pour utilisation multiple par van Dyck [1636, château de Windsor Castle, collection royale].Il existe un tel triple portrait de Richelieu, son contemporain, absolutiste lui aussi, très préoccupé par son image, bien qu’il ne soit pas le souverain en titre, peint par Philippe de Champaigne, ou Champagne, comme on dit dans un certain sud du VIe arrondissement de Paris [vers 1640, Londres, National Gallery].En cette période troublée, le compositeur préféré du souverain invente une musique unique et envoûtante qui n’aura pas de suite directe. Certes après la création du Commonwealth, à la Restauration, Matthew Locke constitue un relais avec une musique qui y fait parfois penser, notamment dans ses Broken Consorts. Cette forme mélangeant les instruments plutôt que de les pratiquer avec les seuls membres d’une même famille, est apparue outre-Manche dès les deux dernières décennies du XVIe siècle et comprend la plupart du temps bien sûr les violes, instrument idiomatique à la musique anglaise, auquels se joignent dans ce CD le violon, le théorbe, la guitare, et la harpe qui fait un heureux come back en musique ancienne. L’interprétation qui est donnée ici des consorts pour cet instrument, sauf erreur une première au disque [ATMA ACD2 272], non seulement ouvre le champ musical, mais constitue un des enregistrements les plus réussis de la musique du compositeur. Sans chauvinisme, car l’ensemble Les Voix Humaines élargi qui, à la base, réunit les violistes Margaret Little et Susie Naper, cette dernière instigatrice du Festival Montréal Baroque, est évidemment québécois, la métropole du Québec étant de plus en plus un pôle majeur du réseau international de la musique ancienne, et cet ensemble un de ses représentants les plus convaincants. Un agréable « retour en arrière » métissé de sonorités du présent avec un ensemble qu’on a avantage à fréquenter, et qui a à son actif une imposante discographie, notamment, chez le même éditeur, une intégrale Sainte-Colombe qui fera date. Voilà qui nous ramène à l’époque où, décorée de tableaux monumentaux de Rubens, on ne peut plus baroques, célébrant la monarchie anglaise, avec au plafond une lunette centrale proclamant la gloire, l’Apothéose, du fondateur de la dynastie venue d’Écosse, Jacques VI, fils de Marie Stuart, devenu Jacques Ier d’Angleterre, et père de Charles Ier, la salle des fêtes ou Banqueting House construit par Inigo Jones, au palais de Whitehall résonnaient de ces musiques, avant que le roi n’y soit décapité. Jones est aussi associé à la cathédrale Saint Paul et à Covent Garden.Au XVIIe siècle, outre le portrait de cour jacobéen qui reprend d’abord, en les adaptant au nouveau goût du jour, les modèles élisabéthains, il n’y a pas vraiment de peinture anglaise. Pour ses besoins, le pays fait appel aux étrangers, Italiens, évidemment, les Gentileschi père et fille, Orazio et Artemisia, et Flamands, van Dyck, élève et émule de Rubens, principalement. La peinture anglaise ne naît qu’au XVIIIe siècle avec Hogarth, sur un modèle français dit Rocaille, et appelé Rococo autre part. Le petit déjeuner du « lendemain de la veille » de la série du Mariage à la mode [vers 1743, Londres, National Gallery], en est un fleuron. Excusez-moi sir Josuah !

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