Archive formars, 2008

Primo la musica, poi… la musica

Lorsqu’Yves Riesel, ce réservoir inépuisable d’idées, doublé d’une dynamo à haut voltage, m’a proposé de tenir ce blog, je n’ai pas réfléchi et, encore une fois, j’ai succombé au pouvoir de conviction de cet « activiste » de la planète musicale et artistique, qu’est ce bourdon infatigable d’une certaine « Ruche ».

Lorque, de surcroît, il m’a suggéré de le coiffer de l’ut pictura musica, dont je m’étais fait jusqu’ici le zélote urbi et orbi, je l’ai également suivi sur le terrain de ce qui était pour lui une évidence, étant donné les retombées, aussi multiples qu’inattendues, de l’expression que j’avais jadis soufflée à un éditeur parisien, pour la collection principale d’un plus que beau label, et à laquelle, après une décennie, je collabore toujours avec la même conviction et la même intensité. Une griffe qui, que je le veuille ou pas, me colle désormais à la peau.

Mais aussi parce que cette expression, paraphrasant l’Ut pictura poesis d’Horace, dépasse désormais dans mon esprit les frontières des deux genres artistiques qu’elle contient, pour s’ouvrir à d’autres réalités, participant de cette aventure unique et diversifiée qu’est l’art, dans sa totalité.

Un peu hébété tout de même, me voici donc devant la page blanche à devoir deviser sur ce dont, selon mes humeurs, j’aurais envie. Contentons-nous, pour le moment, de la mise en place, en confessant une passion qui, cette fois, me projette dans le vide, ou tout au moins dans l’inconnu.

Dans mes gènes

Il y a un quart de siècle, la musique ancienne m’est tombée dessus, « à bras raccourcis » : mon sang a fait un tour. Pourtant ce Monteverdi entendu était le fait de ressortissants de la très stricte Albion, sujets comme moi de Sa Très Gracieuse Majesté. Honni soit qui mal y pense ! Malgré les voix blanches, je ne m’en suis jamais remis. Surtout peut-être en raison des sonorités, inédites pour moi, des violons montés sur cordes de boyau, distillant le plus enivrant des élixirs, gorgé d’envoûtantes flaveurs citrines. J’étais perdu, je pensais à saint Barthélemy et à Marsyas qui, écorchés vifs, n’avaient pas dû souffrir davantage que je jouissais de ce plaisir d’autant plus grand qu’il était inattendu. La récidive était désormais inscrite dans mes gènes, ad libitum.

Cet engouement irrépressible allait aussi établir une « cohérence » avec mes activités disciplinaires historiennes de l’art, gravitant autour de la Renaissance et du Baroque, et par leurs effets synergiques, me faire pénétrer au cœur du monde insondable de la poésie, moi un scientifique de formation, positiviste d’office, au demeurant membre de La Faculté ! J’allais complètement perdre la raison, courir les concerts de par le vaste monde, et faire main basse, par CD interposé, sur tout ce qui bougeait dans un « genre » aussi large qu’une galaxie.

Et, depuis treize ans maintenant, proposer à la radio québécoise une émission dominicale d’une durée de trois heures, entièrement consacrée à cette musique ancienne, sur les ondes MF, où, sans projet autre que l’émotion, je présente mes coups de cœur sonores, mes nécessités, mes caprices, mes extravagances, mes tropismes, sans négliger tout à fait les créneaux dans lesquels le public est plus confortable. Sur instruments anciens, cela va de soi. La musique est un miracle, elle recèle des continents de sens. Je voulais donc partager cette richesse, cette passion.

D’ici à ce que Qobuz, qui en caresse le projet, soit en mesure de diffuser ces émissions in extenso, vous pouvez, si cela vous branche, tendre l’oreille sur le site de l’émission Continuo (CKRL 89,1 MF, 8h-11h, heure du Québec, 14h-17h heure de Paris) et même, pour un meilleur effet, abouter vos enceintes à votre ordinateur !

À la prochaine, ici même, ou par-delà les mers, par le truchement des ondes hertziennes, une rencontre avec l’émotion, seule prétention de Continuo, qui laisse toute la place… ou presque…, à la musique. Primo la musica, poi… la musica.

Québec, le 6 mars 2008.

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