L’Ouïe, d’après Abraham Bosse,Tours, Musée des Beaux-Arts, d’après une eau-forte du même, v. 1638.
L’Ouïe, tiré d’une série dite Les Cinq sens du Tourangeau Abraham Bosse [1602-1676], constitue un moment unique de l’iconographie musicale française. La page, réalisée en peinture par un artiste demeuré anonyme, réunit des amis se livrant dans le confort du domaine privé au plaisir de la musique. Prisée par plusieurs, à l’imitation des gens de cour auxquels le Courtisan de Baldassare Castiglione, traduit en français par Nicolas Faret, recommande la pratique des arts, la musique aménage un moment privilégié de dilection, et de grâce, à nul autre pareil. Dans une vaste pièce éclairée par une abondante fenestration, un homme aperçu de profil, portant de luxueux vêtements et un large chapeau empanaché, dirige, livret à la main, un groupe de musiciens, dont deux chanteurs. Au centre, une luthiste inspirée pince les cordes d’un instrument à multiples chœurs qu’elle touche avec art, alors qu’à l’autre bout de la table, un homme portant des chaussures richement ornées fait glisser son archet sur les cordes d’une basse de viole de grande taille. Au centre une ouverture donne sur la Seine, bordée d’édifices du même type que les constructions médiévales représentées sur le mur adjacent. Les cloisons sont tendues de tapisseries sur lesquelles les lissiers ont illustré des scènes de bataille, où l’on croit entendre le bruit des sabots des chevaux, le tintamarre des armes, et le son percutant des trompettes. Voilà qui contraste avec l’atmosphère de calme et de recueillement de la pièce, et la légende du cartouche : « […] l’Harmonie du mouvement des Cieux entretient l’Univers. », qui rappelle la douceur de la Musique et de ses accords. La concordance avec les idées du minime Marin Mersenne exposées dans l’Harmonie Universelle [1636], qui met l’accent sur la douceur du luth et de la viole, est claire. Aux angles du cadre, quatre doubles cornucopies en tête-bêche se prolongent d’élégants végétaux stylisés en rinceaux. La musique est ainsi associée à la nature sous le contrôle du graveur pour lequel l’éthique de la représentation objective prend le pas sur la subjectivité de la vision humaine. Même s’il semble se moquer de ces bourgeois en mal de statut, il est sensible aux valeurs de mesure que cette musique partage avec la perspective, dont l’artiste se fait fort de promouvoir la maîtrise, par le dessin, gage de la probité de l’art. La réunion prend valeur de conversation galante entre gens de qualité illustrant la notion de sociabilité si chère à la France. Comme la pratique de la musique qu’il décrit, le travail de l’illustrateur n’est pas sans augurer le classicisme, un langage ne laissant aucune place au hasard, latent dans l’art de Bosse, qu’une personnalité imprévisible ancre pourtant dans ce demi-siècle de Louis XIII riche de flaveurs.
Or voilà que paré de ces couleurs est paru en cours d’année un CD consacé aux airs de cour d’Antoine Boesset [1587 – 1643], lequel permet de renouer avec l’ambiance et la musique de ce temps. Son interprète, Monique Zanetti, a non seulement la voix idéale pour aborder ce répertoire, mais une connaissance approfondie de la culture qui le sous-tend. Son engagement n’est pourtant pas que théorique ou « muséologique ». Bien au contraire, tout en ayant recours aux moyens rhétoriques dictés par le genre, qui satisferont aussi l’amateur préoccupé « d’interprétation historiquement informée », elle atteint au cœur de ce qui est le pivot de cet art, le texte, la langue, pour en révéler, avec sensibilité et distinction, avec justesse, toutes les significations en leurs plus infimes, intimes, nuances. Elle le fait avec le naturel, l’élégance et la délicatesse idoines à l’idiome, sans jamais oublier les valeurs expressives qui à l’époque de Louis le Juste, étaient sans doute plus « libres », moins bridées, moins codifiées qu’elles ne le deviendront sous son fils. Des saveurs qu’on se plaît à savourer… pendant qu’il est encore temps, c’est-à-dire avant que l’académisme ne prenne le relais et ne recouvre de sa chape tous les aspects de l’art. Soutenue avec intelligence par la luthiste Claire Antonini et la musicalité du merveilleux ensemble À deux violes esgales élargi de Jonathant Dunford et Sylvia Abramovicz, qui ponctuent avec bonheur le programme vocal de pièces instrumentales, sans parler de la prise de son sans failles d’Hugues Deschaux, réalisée à Pina, en Corse, voilà un disque qui sort de l’univers de l’entertainment ambiant et qui, portant le titre d’une des pièces du programme : ” Air qui produit tant de choses si belles ” (Casa, CDCASA24, 2007), produit en effet de bien belles choses, dont il serait dommage de se priver. Les disques d’airs de cour ne sont pas légion.Cela étant, il y a lieu de mentionner celui consacré
à ceux
de Michel Lambert, musicien qui traverse le siècle [1611 – 1696], et enregistré aussi par Monique Zanetti en compagnie cette fois de Pascal Bertin dans le cadre de l’ensemble Fons Musicae (Et’cetera, 1195, 1998), qui n’est pas sans vertus, et qui permet d’aborder un répertoire un peu différent dans la mesure où celui-ci est déjà ancré dans la période louisquatorzième. La présence du contre-ténor n’est pas non plus un mince plaisir : http://www.hmv.co.jp/search/digital.asp?keyword=boesset&x=8&y=12. À cet égard, on se souviendra d’un CD de René Jacobs, consacré aussi à Lambert (Harmonia Mundi, 2901061, 2004 [1981]), et de celui intitulé « Airs de cour » (901079, 1981), élargissant le menu à d’autres compositeurs, par le même.
On ne peut non plus oublier les excellents « Soupirs mêlés d’amour », airs de cour du XVIe siècle, par la chanteuse suisse Claudine Ansermet et le luthiste italien Paolo Cherici (Symphonia, SY 98162, 1999) ; « Airs de cour » de Pierre Guédron [v. 1565 – 1621/22], (id. SY 96153, 1997) ; de même qu’un « Airs et Psaumes mesurés à l’Antique » par les mêmes, (id. SY 99174) ; et pour mémoire « L’Art de bien chanter » de Bénigne de Bacilly [vers 1625 – 1690], cette fois chez Stradivarius (33720, 2006) : http://www.hmv.co.jp/product/detail/1246416. Peut-on encore trouver les trois premiers, l’éditeur étant devenu bien discret ?Cela étant, et même si les programmes couvrent un répertoire beaucoup plus large, on se doit de mentionner ici les merveilleux Boesset http://www.alpha-prod.com/readmorecd.php?id=153 et Guédron http://www.alpha-prod.com/readmorecd.php?id=115 du Poème Harmonique, avec la voix unique de Claire Lefilliâtre chez Alpha : http://www.alpha-prod.com 
Et puis, on aurait mauvaise grâce de passer sous silence la sortie récente d’un « Musical Banquet »
réunissant des pièces compilées à Londres en 1610 par Robert Dowland (ECM, 1938, 2008) et réunissant, outre des airs anglais et italiens, quelques airs de cour français, interprétés par le soprano Monika Mauch et Nigel North au luth, un très beau disque : http://www.hmv.co.jp/product/detail/1246416. On pourrait ajouter à cette liste de nombreux CD de lute songs anglais, mais malgré certaines similitudes avec les airs de cour, ils participent d’un genre différent, auquel on sera certainement tenté de s’intéresser un de ces jours. L’auteur de ce blog aura peut-être envie de compléter la liste après la mise en ligne réclamée avec insistance par l’éditeur !… si le temps lui permet de poursuivre le repérage.
1. Le Samedi 6 décembre 2008 5:45, par denis grenier
Vous avez raison, voilà qui est impressionnant. La prestation de Monique Zanetti est remarquable.
The cornucopia (Latin: Cornu Copiae) is a symbol of food and abundance dating back to the 5th century BC, also referred to as horn of plenty, Horn of Amalthea, and harvest cone.
In Greek mythology, Amalthea was a goat who raised Zeus on her breast milk. When her horn was accidentally broken off by Zeus while playing together, this changed Amalthea into a unicorn with 17 whiskers. The god Zeus, in remorse, gave her back her horn. The horn then had supernatural powers which would give person in possession of it whatever he or she wished for. This gave rise to the legend of the cornucopia. The original depictions were of the goat's horn filled with fruits and flowers: deities, especially Fortuna, was depicted with the horn of plenty. The cornucopia was also a symbol for a woman's fertility.
Excusez cette version cochinchinoise de la définition, je ne dispose pas de la serbo-croate, ni de celle en swahili.
Par denis grenier
2. Le Dimanche 7 décembre 2008 16:38, par Jua
Shukrani sana bwana Grenier.
Par Jua
3. Le Mercredi 10 décembre 2008 20:17, par Venus
bonjour monsieur
Je viens de découvrir votre blog couleur et je le trouve vraiment très beau .
C'est drôle mais je n'ai pas envie de parler de musique et pas forcément des disques
mais de la peinture qui semble me toucher beaucoup plus
Venus
Par Venus
4. Le Mercredi 10 décembre 2008 20:29, par Denis Grenier
Bonjour Vénus, vous avez tout un prénom, cela donne envie de vous fréquenter ! Veuillez excuser cette « impertinence ». Le personnage du CD Bacilly est en effet votre homonyme, en compagnie de Cupidon, mais le Boesset est plutôt orné d'une Ariane dont le Bacchus sauveur n'apparaît pas sur le détail de couverture du CD. Si vous voulez parler de peinture, je suis, va sans dire, à votre disposition sur ce blog ou, qui sait, dans un autre contexte. Merci pour votre visite... et surtout pour les traces heureuses de votre passage. Mars en puissance.
Par Denis Grenier
5. Le Mardi 27 janvier 2009 19:06, par Lesbiche
Nice site you have!
Par Lesbiche
6. Le Mardi 27 janvier 2009 20:02, par Denis Grenier
It is a pleasure to read your comment. Art and Music are magic indeed. Thanks to you, and come again !
Par Denis Grenier
7. Le Mardi 3 mars 2009 23:09, par lieben
Interessante Informationen.
Par lieben
8. Le Mardi 3 mars 2009 23:48, par denis grenier
Danke für Besuch.
Par denis grenier
9. Le Dimanche 15 mars 2009 13:52, par immobilie
Sehr wertvolle Informationen! Empfehlen!
Par immobilie
10. Le Mercredi 18 mars 2009 15:37, par denis grenier
Danke Immobilie. Puisque vous êtes apparemment dans le domaine de l'immobilier, j'en déduis que vous décorez les immeubles avec des oeuvres d'art, ou des reproductions, et y diffusez de la musique également de qualité, sans doute. Enfin je veux croire que ces informations vous sont aussi utiles que vous le dites.
Par denis grenier





























. Le Vendredi 5 décembre 2008 17:22, par Soleil
Monsieur Grenier. L'eau forte m'impressionne, les détails...ah, fabuleux. La musique de Boesset me touche profondément. "cornucopie" que signifie ce mot.
Par Soleil