Les « Big Five » – Munch, Bernstein, Boulez – George Szell à Cleveland – Ormandy à Philadelphie – Un orchestre en faillite – Franz et Marie

12 septembre 2011 10:36 - Bernstein, Boulez, Geprge Szell, Munch, Ormandy

Belle saison américaine à Pleyel où sont accueillis quatre des « Big Five » : Chicago, Philadelphie, Cleveland et New York. Seul manquera à l’appel l’Orchestre de Boston, où s’illustra jadis la baguette magnétique de Charles Munch. Il est vrai qu’hors les tournées internationales, ces prestigieuses et très onéreuses formations ne se déplacent pas. Rien ne change en ce bas monde : voilà des décennies que l’on parle de l’excellence des « Big Five », du statut spécial des seigneurs qui les composent, du rôle éminent des chefs européens qui les dirigent, de leur financement essentiellement privé (gare aux crise économiques !), de leur programmation largement routinière. Lorsque Pierre Boulez succéda à Leonard Bernstein à la tête du Philharmonique de New York, il voulut donner un coup de pied dans la fourmilière, et cela ne fut pas du goût de tous les abonnés…

Idyllique

Car ces orchestres font partie de « l’establishment » ; je me souviens avoir remarqué jadis sur la route de l’aéroport de Cleveland une grande affiche : « Cleveland, son musée, son orchestre » ; noté aussi dans le journal de la cité la remarque d’un industriel : « Non, je n’apprécie pas particulièrement la musique classique et je ne vais jamais au concert, mais je pense qu’une ville comme Cleveland doit posséder un orchestre de grand niveau et je contribue donc à son financement. » A l’époque, c’était le très exigeant George Szell qui y régnait, et le niveau était garanti.… Quant à l’Orchestre de Philadelphie, il fut le terrain de manœuvre du hongrois Eugène Ormandy, et le mariage fut tellement idyllique qu’il dura quatre-quatre ans, de 1936 à 1980. Devant un micro de la RTF, j’avais demandé à Eugène Ormandy de m’expliquer le secret de la sonorité tant vantée de son orchestre. Il me répondit (dans un excellent français) : « Le son de l’Orchestre de Philadelphie, c’est le son Ormandy ! » Il ajouta, ce qui constitue aussi une lumineuse explication : « Je dirige en moyenne cent cinquante concerts par an à Philadelphie. » Hélas, dans notre époque nomade et multi-cartes, on a oublié la recette.

Prémonitoire

Vendredi dernier, nous avons eu le privilège de le retrouver à Paris, ce somptueux Orchestre de Philadelphie qui, sous la baguette de Charles Dutoit – lequel a succédé à Christoph Eschenbach en 2008 – a démontré que son pupitre de cordes reste grandiose, que chacun de ses solistes atteint des sommets, dans la précision et la musicalité. Charles Dutoit avait bien choisi son programme : l’ouverture de Rousslan et Ludmilla, un « tube » qu’il affectionne, le Concerto en sol de Ravel (en soliste, le français Jean-Yves Thibaudet, sans reproches mais sans extase) et la Symphonie fantastique, vraiment étincelante, à la mesure de ce sommet de la musique française, chef-d’œuvre prémonitoire d’un Berlioz de vingt-six ans…Et puis, le bis de la soirée : La Valse de Ravel, justement acclamée.

On imagine qu’un tel orchestre peut vivre heureux sur son petit nuage. Détrompez-vous : on apprend sur Wikipedia que le 16 avril dernier, conséquence de l’actuelle  crise économique, l’Orchestre de Philadelphie s’est placé sous la protection du Chapitre 11 sur la loi sur les faillites des Etats-Unis et lance une campagne pour récolter des dons, à hauteur de 214 millions de dollars. Bonne chance ! Il est vrai – sait-on jamais ? – que les informations données par Wikipedia méritent d’être vérifiées. En cliquant Charles Dutoit, j’ai découvert aussi que mon ami Charles Dutoit avait été nommé en 1990 « chef de l’Orchestre de Paris » ; si j’avais su, je ne lui aurais sûrement pas proposé alors le poste de Directeur de l’Orchestre national de France !

Charles Dutoit, Martha Argerich et leur interprète devant le Palais d’été de Pékin – Tournée de l’Orchestre national de France, 1997

Un duel amoureux

2011 : on a certes célébré en France le bicentenaire de Franz Liszt, mais un peu mollement à mon goût, et les orchestres ne se sont pas précipités pour jouer les poèmes symphoniques, de Prométhée à la Ballade des Huns, en passant par Ce qu’on entend sur la montagne. Bonne raison pour signaler la douzaine de concerts programmés en novembre par le Conservatoire national de Paris. Excellente occasion pour rappeler que la Bible des lisztiens reste la biographie de l’américain Alan Walker, deux volumes publiés par Fayard qui se lisent avec passion. Publié plus récemment, le deuxième volume que Philippe André a consacré aux Années de Pèlerinage (Ed. Aléas) dont je ne peux que conseiller la lecture. Enfin, dans le genre gros pavé et duo/duel amoureux, on s’enfoncera avec une certaine délectation dans la correspondance de Franz Liszt avec Marie d’Agoult présentée par Serge Hut et Jacqueline Bellas (1 344 pages aux Editions Fayard).

L’infidèle, en son grand âge…

Franz à Marie en 1836 : « Chère âme, pourquoi t’ai-je quittée ? pourquoi m’as-tu laissé partir ? Hélas, nous sommes si pitoyablement raisonnables (..) Sans toi, il n’y a ni regard, ni soleil, ni nature, ni Dieu, ni temple, ni vie pour moi. » Mais Dieu sait qu’elle ne fut pas la seule ; elle ne l’acceptera pas et l’histoire s’achèvera douloureusement.

Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue Diapason de septembre : « Ce jour-là : 20 juillet 1812 »

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