Une grande chanteuse…

  

ann-hallenberg.jpgAnn Hallenberg est éblouissante. Comment rester insensible à son Sesto, dans la Clémence de Titus de Mozart, récemment à l’opéra de Lyon ? Oublions les mezzo spectaculaires, confondant musicalité et abattage, masquant des approximations techniques par une virtuosité offensive. Hallenberg n’a guère besoin de cela et ne surinvestit pas dans l’artifice : le timbre est charnu, élégant et émouvant, la voix, large, homogène et d’une puissance exceptionnelle qu’elle sait nuancer jusqu’au murmure, s’impose à peine déployée. Il y a, dans ce chant qui touche au sens plein du terme, une humilité et une assurance paisible dont tant de consœurs nous avaient si déshabitués que l’on ne saurait l’entendre sans avoir le sentiment d’une parfaite justesse. Pas de brutalité, encore moins de précipitation. Tout vient de l’intérieur, d’un plaisir naturel d’être et de chanter. La couleur s’allie à l’intention dans un rapport étroit, le mot prend sa place au cœur-même de la musique, il ne se surimpose pas dans un lien de surcaractérisation. Terrienne et aérienne à la fois, profondément humaine, Hallenberg chante, semble-t-il, comme elle respire et cette impression est si plaisante dans l’agitation interprétative actuelle qu’elle mérite d’être partagée…

Loin des feux d’artifice et des impatiences d’une Cecilia Bartoli, qui éparpille ses moyens pour produire un « effet », Ann Hallenberg ramasse le propos et rassure par la constance de son art. Par la rondeur de son timbre, la densité de son intonation, l’équilibre de ses incarnations. Encore une fois, cette apparence de simplicité ne relève aucunement du minimalisme. Seulement, il est encore des chanteuses, à son instar et celui d’Elina Garanca par exemple, qui abordent la musique dans une forme de paix, au creux de laquelle se cisèle leur palette d’intentions.

Courez l’écouter, si ce n’est déjà fait. Même sur youtube, dans des extraits de Haendel, elle mérite le détour. Au disque, elle est somptueuse dans le répertoire baroque (Tolomeo de Haendel dir.A.Curtis, Archiv / Il Trionfo Del Tempo de Haendel dir.E.Haïm, Virgin Classics, des opéras de Vivaldi chez Naïve…) Ouf, le chant est sauf.

Discographie sélective de Ann Hallenberg :

tolomeo_100.jpgGeorg Friedrich Haendel, 2008

Tolomeo, re di Egitto, HWV 25

Editeur : Archiv Produktion

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handel_100.jpgGeorg Friedrich Haendel, 2007

Il Trionfo Del Tempo

Editeur : Virgin Classics

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anonyme il y a environ 1 an

Quel dommage que cet article ne soit pas un petit peu plus long ! Cette chanteuse mérite vraiment toute notre attention, car ses qualités sont immenses. Ce que vous avez très bien dit, c'est qu'elle ne sacrifie jamais la plénitude et la beauté du chant à une surenchère d'effets qui impressionnent sur le coup mais affectent forcément la ligne vocale. Lorsque j'entends ses Haendel ou, encore mieux, ses Vivaldi, je me dis que nous tenons là une dame sur laquelle il faudra compter. Mais j'ai nettement l'impression que loin des médias, on conserve bien plus facilement son intégrité musicale... Je me permets de rajouter à votre discographie (très !) sélective : Orlando Furioso de Vivaldi, chez Naïve, avec une jolie distribution malgré la brutalité de Spinosi. Tito Manlio, toujours de Vivaldi, et toujours chez Naïve. Merci encore pour vos articles dont j'apprécie toujours autant la pertinence et l'intelligence.

Par Lomic Lamouroux

anonyme

280 messages

anonyme il y a environ 1 an

Et voici sa page sur le site de son agent, où plusieurs extraits musicaux sont disponibles : des Haendel et des Vivaldi, bien sûr, mais aussi Haydn, Bach et le très rare Ferrandini, dont le deuxième extrait proposé montre une Hallenberg époustouflante de musicalité et de beauté vocale. http://www.artefact.no/index.php?option=com_content&task=view&id=37&Itemid=66

Par Lomic Lamouroux

anonyme

280 messages

anonyme il y a environ 1 an

Bonjour, Merci de votre message ! Il est vrai que j'aurais bien sûr pu signaler les interventions d'A.Hallenberg dans les enregistrements d'opéras de Vivaldi par Spinosi... Mais l'approche du chef, que je trouve emportée et brutale, pour reprendre votre terme, et de là si peu musicale, me rend ces versions si pénibles que j'ai toujours du mal à les recommander, en dépit de leurs belles distributions. Cordialement, ASJ

anonyme

280 messages

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Auteur :
Anne-Sophie Jacouty

Biographie de l'Auteur :
Critique musicale à Classica-Répertoire, Anne-Sophie Jacouty collabore régulièrement à l´émission Les Rois de la galette sur France Musique. Son roman Du Côté où se lève le soleil est paru en 2006 chez Philippe Rey.

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