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LE BLOG D'ALAIN DUAULT
Classica

Lettre au président de la République

Monsieur le Président,

Monument de Chopin à Varsovie

En 2010, ce sera l’année Chopin, l’année du bicentenaire de sa naissance. Déjà de nombreuses manifestations se préparent pour célébrer la mémoire d’un des compositeurs qui, comme vous le savez, demeure aujourd’hui encore parmi les plus populaires. Le fait que des artistes comme Serge Gainsbourg (qui a composé deux chansons à partir de mélodies de Chopin) ou Julien Clerc aient affirmé haut et fort leur passion pour cette musique montre qu’elle a toujours quelque chose à nous dire, au-delà des seuls amateurs de classique. C’est pourquoi, à côté de tout ce qui va, durant cette année 2010, honorer sa mémoire tant en Pologne qu’en France, je voudrais, avec beaucoup d’autres, vous inviter, Monsieur le Président, à faire un geste fort, un grand geste culturel et européen en faveur de Frédéric Chopin…

Comme vous le savez, le berceau de sa famille se trouve en France, dans les Hautes-Alpes, dans un hameau nommé Les Chapins. C’est de là que son trisaïeul est parti à la fin du XVIIe siècle pour se fixer en Lorraine. Et c’est de Lorraine que, à l’approche de la Révolution, son père (qui, clin d’œil de l’Histoire, se prénommait… Nicolas !) est parti pour la Pologne. Devenu précepteur de français chez le comte Skarbek, il y a rencontré Justyna, la gouvernante, une belle Polonaise aux yeux bleus, qu’il a épousée. De leur union allait naître, le 1er mars 1810, le petit Frédéric. Enfant prodige, Frédéric Chopin s’est vite affirmé comme un virtuose puis, surtout, comme un compositeur majeur de ce romantisme qui naissait alors.

Mais à vingt ans, le cœur gros d’un premier amour déçu, il a quitté la Pologne pour ne plus y revenir : destination la France. Et c’est en France qu’il va s’affirmer, qu’il va se révéler aux mélomanes de toute l’Europe. C’est en France qu’il va construire sa vie, rencontrer celle qui sera son grand amour, George Sand. C’est en France surtout qu’il va composer l’essentiel et le meilleur de son œuvre, entre Paris et ce Berry que George Sand lui fera découvrir, où elle l’accueillera, dans sa maison de Nohant, où elle lui donnera les conditions idéales pour laisser s’épanouir sa création. Et c’est en France qu’il mourra, le 17 octobre 1849, à trente-neuf ans. Il n’y a donc pas d’artiste qui, plus que Frédéric Chopin, soit ainsi franco-polonais : il a passé la première moitié de sa vie en Pologne et la seconde en France, il a commencé sa carrière en Pologne et elle s’est épanouie en France, il a aimé pour la première fois en Pologne et il a connu son amour le plus fort en France. Dans la mort même, il est franco-polonais puisque son corps repose au cimetière du Père-Lachaise, à l’exception de son cœur, scellé dans un pilier de l’église de la Sainte-Croix de Varsovie !

Tombe de Chopin au cimetière du Père Lachaise Tombe de Chopin au cimetière du Père Lachaise

Il est donc temps, Monsieur le Président, d’accomplir ce grand geste culturel et européen en faisant entrer Frédéric Chopin au Panthéon.

Ce sera le premier musicien à entrer au Panthéon puisque, en 2003 (vous n’étiez pas président), on a raté l’entrée de Berlioz ! Mais, au grand geste culturel que sera celui de faire entrer enfin un musicien dans ce temple des gloires, s’ajoutera un vrai geste européen en choisissant un artiste à la fois français et polonais, un artiste qui a composé des polonaises ou des mazurkas, d’inspiration polonaise, mais aussi des valses, d’inspiration viennoise, des préludes, d’inspiration allemande (via Bach), des nocturnes, d’inspiration irlandaise (via John Field, l’inventeur de cette forme), une barcarolle, d’inspiration italienne, des ballades, d’inspiration française.

Au moment où la Pologne s’inscrit avec force dans l’Europe, quel plus beau signe donc que d’unir ces deux pays amis à travers cette grande figure qui leur est commune, celle de Frédéric Chopin !

Imaginez donc, Monsieur le Président, vous-même, flanqué du président de la République polonaise, accueillant Frédéric Chopin au Panthéon au son de quelques-unes de ses œuvres jouées par quelques-uns des plus grands artistes français et polonais… Ce serait grand, ce serait beau : ce serait bien.

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