Ecoutant l’autre jour une master class où quelques jeunes artistes essayaient de trouver leurs marques pour l’avenir et entendant les commentaires de certains auditeurs sur les promesses qu’ils représentaient, je songeais à ces autres artistes qui “promettaient beaucoup” au printemps de leur carrière et dont les fruits n’ont pas répondu à la promesse des fleurs. Qu’est devenue Sylvia Sass, annoncée après sa Traviata aixoise comme “la nouvelle Callas” ? Que sont devenus Cheryl Studer et Richard Leech, dont le Faust chez EMI avait braqué sur eux des projecteurs trop vite éteints ? Qu’est devenu Sergeï Nakariakov, ce jeune prodige qu’on avait baptisé “le Paganini de la trompette” ? Et telle jolie pianiste dont une pochette de disque avantageuse avait voulu faire un clone d’Hélène Grimaud ?
Chacun se souvient de ce mot d’un vieux briscard politique : “Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent“… Il est vrai qu’en politique, les promesses non tenues sont une monnaie courante : qu’on songe à la pittoresque formule du ministre du Budget déclarant que, puisqu’on l’a promis, on n’augmente pas les impôts… mais qu’on procède à des “reprises de recettes” (sic) ; qu’on observe aussi l’édifiante aventure vécue par Xavier Darcos, ministre apprécié, incité à se présenter aux régionales en Aquitaine avec la promesse que le probable échec de cette candidature “de témoignage” serait sans conséquence… et sèchement renvoyé du gouvernement alors que, en bon soldat, il s’était battu comme on le lui avait demandé. Dans son cas, on a d’ailleurs pu constater qu’à une promesse non tenue… pouvait succéder une autre promesse non tenue : on lui avait promis, en compensation, la présidence du château de Versailles où cet homme de culture pouvait en effet apporter son expertise… et on a prolongé le mandat du président en place !
Mais ces exemples de mauvaises actions n’épargnent pas la vie musicale : combien de promesses de budgets alloués à un théâtre ou un orchestre, de subventions accordées à un festival, d’engagements promis à un artiste — à peine prononcés, déjà oubliés ! Et combien de spectacles qui “promettent” tant sur le papier et se révèlent finalement des pétards mouillés ! Combien de concerts avec des affiches alléchantes, constituées par les sorciers du marketing, et ne répondant guère à la promesse musicale qu’elles impliquaient !…
Ou bien, qu’on s’en souvienne, j’avais ici même écrit au président de la République pour lui demander, en cette année de son bicentenaire, de faire entrer Frédéric Chopin au Panthéon : geste culturel (le premier musicien au Panthéon !) en même temps que geste politique (au moment où, de surcroît, après le drame vécu par les Polonais avec la mort tragique de leur président, ce signe d’amitié aurait pris une dimension symbolique forte), cela eût été beau, cela eût été grand. À la suite de ma “Lettre au président de la République”, j’ai été reçu successivement par deux conseillers de l’Élysée qui, chacun, m’ont promis de s’occuper de cette suggestion… mais qui, depuis, ont tous deux “oublié” de me rappeler…
Assistant à une représentation du Don Giovanni de Mozart, je me disais que, décidément, les promesses sont à la mesure de ce qu’on y investit : Elvira a cru à la promesse de Don Giovanni, à la fidélité de Don Giovanni, et c’est pourquoi elle est malheureuse. Zerlina, au contraire, a été simplement tentée sans y croire vraiment et c’est pourquoi elle n’a guère de mal à se déprendre de Don Giovanni. Quant à Anna, il ne lui a rien été promis (c’est elle, au contraire, qui a promis quelque chose à Ottavio) : elle est attirée, plus ou moins consciemment, mais c’est tout. Et finalement, sans doute épousera-t-elle Ottavio…
Je me promenais l’autre jour avec José Van Dam et évoquais l’intérêt de nombre de femmes à l’égard des vedettes en général et de lui en particulier ; il m’a rappelé, en guise de pirouette, cette formule en vogue chez les chanteurs d’opéra : “Les barytons tiennent les promesses que font les ténors.” Où sont donc les barytons politiques ?
Retrouvez Alain Duault sur RTL dans « Laissez-vous tenter », tous les jours à 9 h, et dans « Classic-Classique » le dimanche à 13 h 30.Illustration de Philippe Peseux








