Artiste principal :
Sir Simon Rattle
Disponible en
En savoir plus
Qualité Studio Masters (24 bits)
Qualité CD (Lossless 16 bits 44,1 kHz)
25,99 €
- 1 Carmen: Prélude
- 2 Carmen, Act 1: No. 1 Introduction "Sur la place, chacun passe, chacun vient, chacun va" (Moralès/Dragons)
- 3 Carmen, Act 1: "Regardez donc cette petite qui semble vouloir nous parler" (Moralès/Micaëla/Dragons)
- 4 Carmen, Act 1: No. 2 Marche et Chour des gamins "Avec la garde montante, nous arrivons, nous voilà!" (Enfants)
- 5 Carmen, Act 1: No. 3 Chour et Scène "La cloche a sonné; nous, des ouvrières" (Jeunes gens)
- 6 Carmen, Act 1: "Mais nous ne voyons pas la Carmencita!" . "Quand je vous aimerai?" (Jeunes gens/Dragons/Cigarières/Carmen)
- 7 Carmen, Act 1: No. 4 Havanaise "L'amour est un oiseau rebelle" (Carmen/Cigarières/Jeunes gens/Dragons)
- 8 Carmen, Act 1: No. 5 Scène "Carmen! sur tes pas nous nous pressons tous!" (Jeunes gens/Cigarières)
- 9 Carmen, Act 1: "Que est-ce-que ca veut dire, ces façons-là? (Don José/Micaëla)
- 10 Carmen, Act 1: No. 6 Duo "Parle-moi de ma mère" (Don José/Micaëla)
- 11 Carmen, Act 1: "Attends un peu" (Don José/Micaëla)
- 12 Carmen, Act 1: No. 7 Chour "Au secours!" (Zuniga/Cigarières)
- 13 Carmen, Act 1: "Eh bien, José? Qu'est-ce qui c'est passé?" (Zuniga/Don José)
- 14 Carmen, Act 1: No. 8 Chanson et Mélodrame "Avez-vous quelque chose à répondre?" - "Tra la, la, la, coupe-moi" (Zuniga/Carmen)
- 15 Carmen, Act 1: "Laissez-moi échapper" (Carmen/Don José)
- 16 Carmen, Act 1: No. 9 Chanson et Duo "Près des remparts de Séville" (Carmen/Don José)
- 17 Carmen, Act 1: No. 10 Final "Voice l'ordre, partez" (Zuniga/Carmen)
- 18 Carmen, Act 2: ENTR'ACTE
- 19 Carmen, Act 2: No. 11 Chanson "Les tringles des sistres tintaient avec un éclat métallique" (Carmen/Frasquita/Mercédès)
- 20 Carmen, Act 2: No. 12 Chour et Ensemble "Vivat! vivat le Torero!" (Amis d'Escamillo/Zuniga/Carmen/Frasquita/Mercédès/Moralès)
- 21 Carmen, Act 2: No. 13 Couplets "Votre toast, je peux vouz le rendre" ."Toréador, en garde!" (Escamillo/Carmen/Frasquita/Mercédès/Moralès/Zuniga)
- 22 Carmen, Act 2: "Dis-moi ton nom" (Escamillo/Carmen)
- 23 Carmen, Act 2: No. 13bis "Toréador, en garde" (Amis d'Escamillo)
- 24 Carmen, Act 2: "Eh bien monsieur, quelles nouvelles" (Frasquita/Dancairo/Mercédès/Remendado)
- 25 Carmen, Act 2: No. 14 Quintette "Nous avons en tête une affaire" (Dancaïro/Frasquita/Mercédès/Remendado/Carmen)
- 26 Carmen, Act 2: "Partez sans moi, j'irai vous rejoindre demain." (Carmen/Frasquita/Mércèdes/Remendado/Dancairo/Don José)
- 27 Carmen, Act 2: "Enfin, te voilà!" (Carmen/Don José)
- 1 Carmen, Act 2: No. 16 Duo "Je vais danser en votre honneur" (Carmen)
- 2 Carmen, Act 2: "La-la-la-la" /"Attends un peu, Carmen" (Carmen/Don José)
- 3 Carmen, Act 2: "Au quartier! pour l'appel?" (Carmen/Don José)
- 4 Carmen, Act 2: "La fleur que tu m'avais jetée" (Don José)
- 5 Carmen, Act 2: "Non! tu ne m'aimes pas!" (Carmen/Don José)
- 6 Carmen, Act 2: "Non! Je ne veux plus t'écouter!" (Don José/Carmen)
- 7 Carmen, Act 2: No. 17 Final "Holà! Carmen! holà! holà!" (Zuniga/Don José/Carmen)
- 8 Carmen, Act 2: "Bel officier, l'amour vous joue en ce moment un assez vilain tour!" (Carmen/Remendado/Dancaïro/Bohémiens/Zuniga)
- 9 Carmen, Act 2: "Plus tard!" /"La guerre, c'est la guerre!" (Zuniga/Dancaïro/Remendado/Bohémiens/Carmen/Don José/Frasquita/Mercédès/Bohémiens)
- 10 Carmen, Act 3: ENTR'ACTE
- 11 Carmen, Act 3: No. 18 Introduction "Écoute, écoute, compagnon, écoute!" (Bohémiens)
- 12 Carmen, Act 3: "Notre métier est bien" (Carmen/Don José/Frasquita/Mercédès/Dancaïro/Remendado/Bohémiens et Bohémiennes)
- 13 Carmen, Act 3: "À quoi tu penses?" (Carmen/Don José)
- 14 Carmen, Act 3: No. 19 Trio "Mêlons! Coupons!" (Frasquita/Mercédès)
- 15 Carmen, Act 3: "Voyons que j'essaie à mon tour." (Carmen)
- 16 Carmen, Act 3: "En vain pour éviter" (Carmen)
- 17 Carmen, Act 3: "La mort" /"Parlez encor, parlez mes belles;" (Carmen/Frasquita/Mercédès)
- 18 Carmen, Act 3: "Eh bien?" - "Eh bien, c'est plus compliqué que prévu!" (Carmen/Frasquita/Mércèdes/Dancaïro/Remendado)
- 19 Carmen, Act 3: No. 20 Morceau d'Ensemble "Quant au douanier" (Carmen/Frasquita/Mercédès/Dancaïro/Remendado/Bohémiens et Bohémiennes)
- 20 Carmen, Act 3: No. 21 Air "Je dis que rien ne m'épouvante" (Micaëla)
- 21 Carmen, Act 3: "Qui êtes-vous, répondez!" (Don José/Escamillo)
- 22 Carmen, Act 3: No. 22 Duo "Je suis Escamillo, Torero de Grenade!" (Escamillo/Don José)
- 23 Carmen, Act 3: "Elle avait pour amant" (Escamillo/Don José)
- 24 Carmen, Act 3: "Mais pour nous enlever nos filles de Bohème" (Don José/Escamillo)
- 25 Carmen, Act 3: "Enfin ma colère" - "Quelle maladresse" (Don José/Escamillo)
- 26 Carmen, Act 3: Tout beau!" (Escamillo/Don José)
- 27 Carmen, Act 3: No. 23 Final "Holá! holá! José!" (Carmen/Escamillo/Don José/Dancaïro)
- 28 Carmen, Act 3: "Prends garde à toi Carmen" (Don José/Dancaïro/Bohémiens et Bohémiennes/Remendado/Carmen/Micaëla/Frasquita/Mercédès)
- 29 Carmen, Act 3: "Moi! Je viens te chercher!" (Micaëla)
- 30 Carmen, Act 3: "Va-t'en" - "Tu me dis de la suivre!" (Carmen/Don José)
- 31 Carmen, Act 3: "Toréador, en garde!" (Escamillo)
- 32 Carmen, Act 4: ENTR'ACTE
- 33 Carmen, Act 4: No. 24 Chour "A deux cuartos!" (Marchands et Marchandes/Zuniga/Une marchande/Un bohemien)
- 34 Carmen, Act 4: No. 25 Chour et Scène "Les voici! Voici la quadrille!" (Chours/Enfants)
- 35 Carmen, Act 4: "Si tu m'aimes, Carmen" (Escamillo/Carmen)
- 36 Carmen, Act 4: "Carmen, un bon conseil" (Frasquita/Carmen/Mercédès)
- 37 Carmen, Act 4: No. 26 "C'est toi" - "C'est moi" (Carmen/Don José)
- 38 Carmen, Act 4: "Tu m'aimes donc plus" (Don José/Carmen/Chours)
DISQUE 1
DISQUE 2
À propos
Copyright :
(C) 2012 EMI Records Ltd
(P) 2012 The copyright in this sound recording is owned by EMI Records Ltd
(P) 2012 The copyright in this sound recording is owned by EMI Records Ltd
Georges Bizet (1838-1875)
Carmen, opéra en quatre actes (1874)
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, tirée de la nouvelle de Prosper Mérimée
Première représentation à l'Opéra-Comique, Salle Favart, à Paris le 3 mars 1875
Ici dans la version originale de la "Première" de l'opéra (reconstituée en 1964 par Fritz Oeser)
Magdalena Kožená, mezzo-soprano (Carmen, bohémienne)
Jonas Kaufmann, ténor (Don José, brigadier)
Genia Kühmeier, soprano (Micaela, paysanne)
Kostas Smoriginas, baryton (Escamillo, toréador)
Christian van Horn, baryton-basse (Zuniga, lieutenant)
Andrè Schuen, baryton-basse (Moralès, brigadier)
Christina Landshammer, soprano (Frasquita, bohémienne)
Rachel Frenkel, mezzo-soprano (Mercedes, bohémienne)
Jean-Paul Fouchécourt, ténor (Le Remendado, contrebandier)
Simone del Savio, baryton (Le Dancaire, contrebandier)
Chœur & Chœur de Garçons de l'Opéra d'Etat Allemand de Berlin (Deutschen Staatsoper Berlin)
Orchestre Philharmonique de Berlin
Direction Sir Simon Rattle
Carmen, opéra en quatre actes (1874)
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, tirée de la nouvelle de Prosper Mérimée
Première représentation à l'Opéra-Comique, Salle Favart, à Paris le 3 mars 1875
Ici dans la version originale de la "Première" de l'opéra (reconstituée en 1964 par Fritz Oeser)
Magdalena Kožená, mezzo-soprano (Carmen, bohémienne)
Jonas Kaufmann, ténor (Don José, brigadier)
Genia Kühmeier, soprano (Micaela, paysanne)
Kostas Smoriginas, baryton (Escamillo, toréador)
Christian van Horn, baryton-basse (Zuniga, lieutenant)
Andrè Schuen, baryton-basse (Moralès, brigadier)
Christina Landshammer, soprano (Frasquita, bohémienne)
Rachel Frenkel, mezzo-soprano (Mercedes, bohémienne)
Jean-Paul Fouchécourt, ténor (Le Remendado, contrebandier)
Simone del Savio, baryton (Le Dancaire, contrebandier)
Chœur & Chœur de Garçons de l'Opéra d'Etat Allemand de Berlin (Deutschen Staatsoper Berlin)
Orchestre Philharmonique de Berlin
Direction Sir Simon Rattle
À la tête de son prestigieux orchestre, Simon Rattle dirige Magdalena Kožená et Jonas Kaufmann dans la version originale de Carmen.
S’il est un opéra que chacun croit parfaitement connaître tant il est mythique par ses richesses renouvelées à chaque interprétation comme si elles étaient inépuisables, c’est bien la Carmen de Bizet. Avec le présent enregistrement, Sir Simon Rattle en apporte la preuve la plus éloquente. À la tête du Berliner Philharmoniker, le maestro britannique a choisi de diriger la version originale de l’œuvre, telle qu’elle fut créée le 3 mars 1875 à l’Opéra Comique, et telle que l’a reconstituée en 1964 le musicologue allemand Fritz Oeser.
Aussi populaire qu’il soit devenu, le chef-d’œuvre de Bizet n’en a pas moins connu des débuts difficiles. En mettant en musique le livret d’Henri Meilhac et de Ludovic Halévy, adapté d’une nouvelle de Prosper Mérimée, le compositeur français avait-il conscience de bouleverser radicalement les codes de l’opéra-comique conçu pour divertir une bourgeoisie très moyennement sensible aux drames des petites gens ? Pour la première fois, un opéra exhibait les passions sauvages et tragiques de personnages issus du peuple, auxquels était accordée, de surcroît, une véritable psychologie. La création de l'œuvre reçut un accueil très mitigé : nullement enclin à goûter un réalisme aussi cru, public et presse se scandalisèrent de cette héroïne obscène et dépravée, évoluant dans un « égout social », et mourant sous les coups de couteau de son amant. Des articles de l’époque réclamèrent même l’intervention de la police pour faire interdire les représentations ! Trois mois plus tard, à seulement trente-six ans, Bizet mourait d’une crise cardiaque. Il est difficile de ne pas penser que la polémique suscitée par l'ouvrage aura éprouvé trop violemment le cœur déjà fragile du compositeur.
Par une ironie de l’histoire, Bizet n’aura jamais su que son œuvre allait bientôt être reconnue comme un chef-d’œuvre et devenir en quelques années l’opéra le plus populaire en Europe. Mais Carmen a gagné sa popularité dans une version infidèle à la volonté artistique du compositeur. À la veille de sa mort, en effet, Bizet avait signé un contrat avec le Vienna Court Orchestra. C’est à son ami Ernest Guiraud qu’est donc revenu le soin de transformer les dialogues parlés, propres à l’opéra-comique, en récitatifs chantés, afin d’adapter l’œuvre au goût européen. Il procéda également à des coupures et à l’insertion d’un ballet adapté d’une œuvre antérieure de Bizet.
Ce n’est qu’en 1964 que le musicologue allemand Fritz Oeser a établi une édition critique de la version originale de l’œuvre, après avoir découvert dans une bibliothèque parisienne une partition manuscrite de Bizet antérieure à celle qui fut publiée en mars 1875, ainsi que des feuillets séparés qui témoignaient de coupures importantes pratiquées le soir de la première. C’est cette version originale que Simon Rattle a décidé d’enregistrer aujourd’hui, désireux de faire revivre cet opéra tel que l’avait conçu Bizet : « Il s’inscrit dans la tradition française, qui implique de la danse et des dialogues parlés. Nous avons essayé d’en faire un opéra-comique, pas un grand opéra ». Magdalena Kožená abonde dans le sens de son époux : « Dans les cinquante dernières années, Carmen est devenu une sorte de grand opéra à l’italienne. (…) Mais il a été écrit pour l’Opéra Comique, si bien qu’il est inutile de déployer une orchestration trop puissante ». L’un des intérêts de cet enregistrement réside dans le choix de Magdalena Kožená pour interpréter le rôle-titre. Avec sa blondeur éthérée, cette distinction un peu glacée qui la ferait volontiers passer pour une icône insaisissable, sans parler des irisations délicatement diaphanes de son mezzo, elle semble a priori peu désignée pour incarner la gitane ensorcelante et fatale. « Je n’ai rien de Carmen, ni physiquement ni vocalement — la Carmen imposante et méditerranéenne, avec une voix profonde et un registre de poitrine développé. Je savais depuis le début que ma prise de rôle ne serait pas appréciée par tout le monde », confiait-elle récemment. Mais Magdalena Kožená est de ces artistes qui savent l’art de se consumer, et avec quelle intelligence dramatique ! Aussi s’est-elle préparée pendant un an à cette prise de rôle, allant jusqu’à apprendre à danser le flamenco et à jouer des castagnettes pour mieux s’identifier au personnage. « J’ai appris que Carmen est le type de personne qui ne se soucie aucunement de ce que les autres pensent, aussi ai-je décidé que je ne m’en soucierais pas moi-même. ». De surcroît, sa typologie vocale et son tempérament artistique servent l’interprétation philologique qu’a voulue Simon Rattle : « J’ai la conviction que les interprétations très lyriques, avec de grandes voix de poitrine et beaucoup de vibrato, ne correspondent pas à ce que voulait Bizet. Il faut se rappeler que l’œuvre a été créée à Paris, à l’Opéra Comique, une salle plutôt petite… Et puis les vraies arias sont destinées à Don José et Micaëla. Carmen, elle, évolue dans un style plus proche du cabaret, plus léger. ».
Cet enregistrement permet également de pérenniser l’interprétation déjà anthologique de Jonas Kaufmann. Le ténor allemand s’est en effet imposé sur les scènes lyriques internationales comme le Don José le plus ardent et le plus tourmenté de sa génération. Ce dont il témoigne avec passion : « Il est un des personnages les plus intéressants que je connaisse à l’opéra, notamment parce qu’il connaît une évolution très complexe. Il apparaît d’abord comme un jeune homme charmant et discipliné, respectant toutes les lois et tous les ordres, et il finit en meurtrier, non sans avoir entre-temps commis des forfaits terribles. Il y a tant à jouer, en tant qu’acteur, à travers cette musique splendide, si riche du point de vue mélodique. Ce qu’il y a d’extraordinaire avec Carmen, c’est que, même si la musique est très belle et folklorique, nous parlons de vraies personnes, de personnages authentiques, et surtout de vrais sentiments ». Et le ténor d’ajouter : « L’occasion de jouer ce rôle sous la direction de Simon Rattle et du Berliner Philharmoniker m’est apparue comme un rêve qui enfin s’exauçait ». Ce rêve, Jonas Kaufmann a pu l’exaucer sur les scènes du Festival de Pâques de Salzbourg et de la Philharmonie de Berlin au printemps 2012, et au Festival de Salzbourg en août 2012.
S’il est un opéra que chacun croit parfaitement connaître tant il est mythique par ses richesses renouvelées à chaque interprétation comme si elles étaient inépuisables, c’est bien la Carmen de Bizet. Avec le présent enregistrement, Sir Simon Rattle en apporte la preuve la plus éloquente. À la tête du Berliner Philharmoniker, le maestro britannique a choisi de diriger la version originale de l’œuvre, telle qu’elle fut créée le 3 mars 1875 à l’Opéra Comique, et telle que l’a reconstituée en 1964 le musicologue allemand Fritz Oeser.
Aussi populaire qu’il soit devenu, le chef-d’œuvre de Bizet n’en a pas moins connu des débuts difficiles. En mettant en musique le livret d’Henri Meilhac et de Ludovic Halévy, adapté d’une nouvelle de Prosper Mérimée, le compositeur français avait-il conscience de bouleverser radicalement les codes de l’opéra-comique conçu pour divertir une bourgeoisie très moyennement sensible aux drames des petites gens ? Pour la première fois, un opéra exhibait les passions sauvages et tragiques de personnages issus du peuple, auxquels était accordée, de surcroît, une véritable psychologie. La création de l'œuvre reçut un accueil très mitigé : nullement enclin à goûter un réalisme aussi cru, public et presse se scandalisèrent de cette héroïne obscène et dépravée, évoluant dans un « égout social », et mourant sous les coups de couteau de son amant. Des articles de l’époque réclamèrent même l’intervention de la police pour faire interdire les représentations ! Trois mois plus tard, à seulement trente-six ans, Bizet mourait d’une crise cardiaque. Il est difficile de ne pas penser que la polémique suscitée par l'ouvrage aura éprouvé trop violemment le cœur déjà fragile du compositeur.
Par une ironie de l’histoire, Bizet n’aura jamais su que son œuvre allait bientôt être reconnue comme un chef-d’œuvre et devenir en quelques années l’opéra le plus populaire en Europe. Mais Carmen a gagné sa popularité dans une version infidèle à la volonté artistique du compositeur. À la veille de sa mort, en effet, Bizet avait signé un contrat avec le Vienna Court Orchestra. C’est à son ami Ernest Guiraud qu’est donc revenu le soin de transformer les dialogues parlés, propres à l’opéra-comique, en récitatifs chantés, afin d’adapter l’œuvre au goût européen. Il procéda également à des coupures et à l’insertion d’un ballet adapté d’une œuvre antérieure de Bizet.
Ce n’est qu’en 1964 que le musicologue allemand Fritz Oeser a établi une édition critique de la version originale de l’œuvre, après avoir découvert dans une bibliothèque parisienne une partition manuscrite de Bizet antérieure à celle qui fut publiée en mars 1875, ainsi que des feuillets séparés qui témoignaient de coupures importantes pratiquées le soir de la première. C’est cette version originale que Simon Rattle a décidé d’enregistrer aujourd’hui, désireux de faire revivre cet opéra tel que l’avait conçu Bizet : « Il s’inscrit dans la tradition française, qui implique de la danse et des dialogues parlés. Nous avons essayé d’en faire un opéra-comique, pas un grand opéra ». Magdalena Kožená abonde dans le sens de son époux : « Dans les cinquante dernières années, Carmen est devenu une sorte de grand opéra à l’italienne. (…) Mais il a été écrit pour l’Opéra Comique, si bien qu’il est inutile de déployer une orchestration trop puissante ». L’un des intérêts de cet enregistrement réside dans le choix de Magdalena Kožená pour interpréter le rôle-titre. Avec sa blondeur éthérée, cette distinction un peu glacée qui la ferait volontiers passer pour une icône insaisissable, sans parler des irisations délicatement diaphanes de son mezzo, elle semble a priori peu désignée pour incarner la gitane ensorcelante et fatale. « Je n’ai rien de Carmen, ni physiquement ni vocalement — la Carmen imposante et méditerranéenne, avec une voix profonde et un registre de poitrine développé. Je savais depuis le début que ma prise de rôle ne serait pas appréciée par tout le monde », confiait-elle récemment. Mais Magdalena Kožená est de ces artistes qui savent l’art de se consumer, et avec quelle intelligence dramatique ! Aussi s’est-elle préparée pendant un an à cette prise de rôle, allant jusqu’à apprendre à danser le flamenco et à jouer des castagnettes pour mieux s’identifier au personnage. « J’ai appris que Carmen est le type de personne qui ne se soucie aucunement de ce que les autres pensent, aussi ai-je décidé que je ne m’en soucierais pas moi-même. ». De surcroît, sa typologie vocale et son tempérament artistique servent l’interprétation philologique qu’a voulue Simon Rattle : « J’ai la conviction que les interprétations très lyriques, avec de grandes voix de poitrine et beaucoup de vibrato, ne correspondent pas à ce que voulait Bizet. Il faut se rappeler que l’œuvre a été créée à Paris, à l’Opéra Comique, une salle plutôt petite… Et puis les vraies arias sont destinées à Don José et Micaëla. Carmen, elle, évolue dans un style plus proche du cabaret, plus léger. ».
Cet enregistrement permet également de pérenniser l’interprétation déjà anthologique de Jonas Kaufmann. Le ténor allemand s’est en effet imposé sur les scènes lyriques internationales comme le Don José le plus ardent et le plus tourmenté de sa génération. Ce dont il témoigne avec passion : « Il est un des personnages les plus intéressants que je connaisse à l’opéra, notamment parce qu’il connaît une évolution très complexe. Il apparaît d’abord comme un jeune homme charmant et discipliné, respectant toutes les lois et tous les ordres, et il finit en meurtrier, non sans avoir entre-temps commis des forfaits terribles. Il y a tant à jouer, en tant qu’acteur, à travers cette musique splendide, si riche du point de vue mélodique. Ce qu’il y a d’extraordinaire avec Carmen, c’est que, même si la musique est très belle et folklorique, nous parlons de vraies personnes, de personnages authentiques, et surtout de vrais sentiments ». Et le ténor d’ajouter : « L’occasion de jouer ce rôle sous la direction de Simon Rattle et du Berliner Philharmoniker m’est apparue comme un rêve qui enfin s’exauçait ». Ce rêve, Jonas Kaufmann a pu l’exaucer sur les scènes du Festival de Pâques de Salzbourg et de la Philharmonie de Berlin au printemps 2012, et au Festival de Salzbourg en août 2012.
À découvrir
Dans la même thématique
L'artiste principal
Sir Simon Rattle dans le magazine
Le compositeur principal
Georges Bizet dans le magazine
Le label
EMI Classics
À lire dans le magazine
L'époque
Musique Romantique dans le magazine
Le genre
Intégrales d'opéra dans le magazine
Le genre
Classique dans le magazine






