Artiste principal :
Roberto Alagna
Genre : Classique
Disponible en
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Qualité Studio Masters (24 bits)
Qualité CD (Lossless 16 bits 44,1 kHz)
20,79 €
- 1 Prélude et scène 1
- 2 Scène 2 et début scène 3
- 3 Scène 3
- 4 Scène 4
- 5 Prélude et début scène 1
- 6 Scène 1
- 7 Scène 1, fin
- 8 Scène 2
- 9 Scène 2, fin
- 10 Scène 3
- 1 Pastorale mystique, scène 1
- 2 Scène 2
- 3 Scène 2
- 4 Scène 3
DISQUE 1
DISQUE 2
À propos
L'un des plus beaux ouvrages de Massenet, transfiguré par la voix de Roberto Alagna / Une production 2007 de l'Opéra National / Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon
Copyright :
(C) 2009 Classics Jazz France
(P) 2009 Classics Jazz France
(P) 2009 Classics Jazz France
Jules Massenet (1842-1912)
Le Jongleur de Notre-Dame, miracle en trois actes sur un poème de Maurice Léna (1899-1900)
Roberto Alagna (Jean), ténor
Stefano Antonucci (Boniface), baryton
Francesco Ellero d'Artegna (Le Prieur), basse
Marc Larcher (Un moine poète), ténor
Richard Rittelmann (Un moine peintre), baryton
Marco Di Sapia (Un moine musicien), baryton
Evgueniy Alexiev (Un moine scultpeur), basse
Chours et chours supplémentaires de l'Opéra National de Montpellier (Chef de chour : Noëlle Geny) - Chour d'enfants : Opera Junior
Direction (chours) : Valérie Sainte Agathe
Orchestre National de Montpellier
Direction Enrique Diemecke
Direction artistique : René Koering
Une production de l'Opéra National / Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon (LR)
Enregistré en concert à Montpellier, Opéra Berlioz-Le Corum, le 4 février 2007
« J'écris une pièce, une légende, un conte en musique, appelez-le
comme vous voudrez, où il n'y a pas un seul rôle de femme !
Pas un, entendez-vous, pas le plus petit rôle de femme.
J'approche de la fin, et depuis quelques jours, je sens, je sais
A coup sûr que Le Jongleur de Notre-Dame sera mon chef-d'ouvre »
Le Jongleur de Notre-Dame
de Jules Massenet
Composé entre 1899 et 1900, Le Jongleur de Notre-Dame demeure l'un des ouvrages les plus accomplis de Jules Massenet, surtout au niveau de la gradation dramatique, d'une fluidité étonnante, par moments comparable à celle des ouvrages contemporains de Puccini. Ce n'est pas vraiment un opéra, mais ce n'est pas non plus un oratorio ; le nom exact est donc Miracle, le terme dédié pour une narration - surtout médiévale - relatant une action humaine dont le dénouement est ouvre divine : intervention de la Vierge ou des saints, le plus souvent. Sous forme théâtrale ou musicale, cela se donne en costumes et avec mise en scène, mais dans une certaine sobriété. Le Jongleur de Notre-Dame est un de ces miracles, dont le texte d'Anatole France reprend une légende du XIIe siècle. Jean, jongleur de foire, n'arrive guère à émouvoir les foules avec ses pitreries à la limite du blasphème, en ce jour de marché devant le couvent de Cluny. Le prieur vient le menacer de l'enfer s'il ne cesse pas de railler l'Eglise, puis lui propose d'entrer dans les Ordres. Jean, certes épris de liberté mais chroniquement affamé, accepte. Acte II : Les moines artistes (sculpteur, peintre, musicien, poète) louent tous la Vierge de leur art, Jean ne sait que bâfrer - au grand dam des moines artistes -, mais le prieur le rassure : même les plus humbles aspirent au paradis. Acte III : Jean tente de louer la Vierge avec des chants - concert de couacs -, il se propose alors de jongler, ce qui scandalise les autres moines : fi donc, blasphème, la jonglerie, quel art dégénéré ! Mais le prieur leur conseille d'attendre un peu et là, miracle, c'est le Miracle : la Vierge intercède pour le pauvre Jean, c'est le concert de louanges, Jean meurt dans la béatitude et comprenant même, subitement, le latin. L'ouvrage s'achève sur « Heureux les simples car ils verront Dieu », résumant ainsi le propos général. La musique est du pur Massenet, même si le compositeur tente d'introduire des sonorités qui, en 1902, pouvaient éventuellement passer pour du médiéval ; il emprunte également des chansons anciennes, des pastorales, des chants religieux, mais dans son écriture orchestrale et harmonique bien à lui ! D'aucune pourraient y voir un certain kitsch sulpicien, mais Massenet est autrement sobre dans son propos : un texte impeccable, qui ne laisse place à aucun histrionisme, et un discours musical tout à fait retenu, ce n'est vraiment pas de l'opéra italien. Il échoit donc à Roberto Alagna de mettre sous le boisseau une partie de son art, pour servir la partition au plus près - ce qu'il fait avec brio. On remarquera que la distribution ne nomme aucune chanteuse, uniquement des chanteurs : normal, il n'y a aucun rôle féminin, comme dans Billy Budd. Ce double album témoigne en réalité des représentations montpellieraines de février 2007. À son écoute, et devant l'enthousiasme des différents protagonistes - même si sans doute la partie orchestrale pâtit parfois légèrement d'un manque de couleurs et de raffinement - il devrait attirer tous les amoureux de l'opéra français, de beau chant et surtout de belle musique. Une redécouverte magistrale, bienvenue.
comme vous voudrez, où il n'y a pas un seul rôle de femme !
Pas un, entendez-vous, pas le plus petit rôle de femme.
J'approche de la fin, et depuis quelques jours, je sens, je sais
A coup sûr que Le Jongleur de Notre-Dame sera mon chef-d'ouvre »
Jules Massenet
Le Jongleur de Notre-Dame
de Jules Massenet
Composé entre 1899 et 1900, Le Jongleur de Notre-Dame demeure l'un des ouvrages les plus accomplis de Jules Massenet, surtout au niveau de la gradation dramatique, d'une fluidité étonnante, par moments comparable à celle des ouvrages contemporains de Puccini. Ce n'est pas vraiment un opéra, mais ce n'est pas non plus un oratorio ; le nom exact est donc Miracle, le terme dédié pour une narration - surtout médiévale - relatant une action humaine dont le dénouement est ouvre divine : intervention de la Vierge ou des saints, le plus souvent. Sous forme théâtrale ou musicale, cela se donne en costumes et avec mise en scène, mais dans une certaine sobriété. Le Jongleur de Notre-Dame est un de ces miracles, dont le texte d'Anatole France reprend une légende du XIIe siècle. Jean, jongleur de foire, n'arrive guère à émouvoir les foules avec ses pitreries à la limite du blasphème, en ce jour de marché devant le couvent de Cluny. Le prieur vient le menacer de l'enfer s'il ne cesse pas de railler l'Eglise, puis lui propose d'entrer dans les Ordres. Jean, certes épris de liberté mais chroniquement affamé, accepte. Acte II : Les moines artistes (sculpteur, peintre, musicien, poète) louent tous la Vierge de leur art, Jean ne sait que bâfrer - au grand dam des moines artistes -, mais le prieur le rassure : même les plus humbles aspirent au paradis. Acte III : Jean tente de louer la Vierge avec des chants - concert de couacs -, il se propose alors de jongler, ce qui scandalise les autres moines : fi donc, blasphème, la jonglerie, quel art dégénéré ! Mais le prieur leur conseille d'attendre un peu et là, miracle, c'est le Miracle : la Vierge intercède pour le pauvre Jean, c'est le concert de louanges, Jean meurt dans la béatitude et comprenant même, subitement, le latin. L'ouvrage s'achève sur « Heureux les simples car ils verront Dieu », résumant ainsi le propos général. La musique est du pur Massenet, même si le compositeur tente d'introduire des sonorités qui, en 1902, pouvaient éventuellement passer pour du médiéval ; il emprunte également des chansons anciennes, des pastorales, des chants religieux, mais dans son écriture orchestrale et harmonique bien à lui ! D'aucune pourraient y voir un certain kitsch sulpicien, mais Massenet est autrement sobre dans son propos : un texte impeccable, qui ne laisse place à aucun histrionisme, et un discours musical tout à fait retenu, ce n'est vraiment pas de l'opéra italien. Il échoit donc à Roberto Alagna de mettre sous le boisseau une partie de son art, pour servir la partition au plus près - ce qu'il fait avec brio. On remarquera que la distribution ne nomme aucune chanteuse, uniquement des chanteurs : normal, il n'y a aucun rôle féminin, comme dans Billy Budd. Ce double album témoigne en réalité des représentations montpellieraines de février 2007. À son écoute, et devant l'enthousiasme des différents protagonistes - même si sans doute la partie orchestrale pâtit parfois légèrement d'un manque de couleurs et de raffinement - il devrait attirer tous les amoureux de l'opéra français, de beau chant et surtout de belle musique. Une redécouverte magistrale, bienvenue.
Une ouvre d'art pure et élevée
Genèse et sources du Jongleur de Notre-Dame Dans Mes Souvenirs, Massenet livre certaines des étapes de la genèse du Jongleur de Notre-Dame, mais au vu de ce que nous en savons aujourd'hui, la chronologie se révèle souvent inexacte, pour des raisons qui appartiennent à son auteur, que sa mémoire ait été défaillante ou qu'il ait tenu consciemment à ces modifications. La rencontre de Massenet avec le librettiste Maurice Léna, professeur à l'Université de Lyon, convoqué à Egreville pour des corrections du texte, n'a pas eu lieu comme l'indique Massenet au printemps 1900 mais l'année précédente, au tout début de la composition du Jongleur. Non seulement, Massenet a pu montrer à Léna la partition entièrement orchestrée et la réduction piano dès le 14 août 1900, mais l'autographe indique à la dernière page la mention « Egreville, 1899-1900 ». Dans son Journal, Massenet écrit : « J'ai écrit un opéra dans lequel j'ai mis tout ce que mon cour possède d'amour, de foi, de tendresse, une ouvre d'art pur, d'art élevé, pour lequel j'avais rêvé d'un théâtre où j'aurais pu donner libre cours à mes aspirations artistiques, sans me préoccuper des exigences, hélas, très naturelles, d'un public accoutumé à certaines formules ». C'est ainsi que, lorsque Gunsbourg, directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, lui passe la commande d'un nouvel opéra pour son théâtre, Massenet propose aussitôt son Jongleur de Notre-Dame, qui sera créé le 18 février 1902 sous les acclamations d'un public conquis. La presse est unanime, et l'ouvrage est donné avec succès à l'Opéra de Paris en mai 1904, et à Milan en octobre 1905, où Titta Ruffo livre une interprétation devenue légendaire de Frère Boniface. En France, le style néo-gothique est offciellement reconnu à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1877, puis intégré au mouvement émergent de l'Art Nouveau. Dans le domaine musical, le gothique inspire Ambroise Thomas (Hamlet, Françoise de Rimini), la Gwendoline de Chabrier, Fervaal de Vincent d'Indy, et même le Pelléas de Debussy. Chez Massenet, l'évocation du monde médiéval intervient sur deux modes, l'un qui récupère le gothique romanesque d'un Hugo ou d'un Flaubert, sombre, grotesque, d'inspiration nordique ; l'autre exploite sa dimension nostalgique, dans une ambiance courtoise, peuplée de belles dames et de chevaliers, de troubadours et de jongleurs. Il faut encore préciser qu'au tournant du siècle les compositeurs français, Fauré et Debussy au premier chef, s'intéressent particulièrement à la musique médiévale, qu'ils étudient et revalorisent. Massenet lui-même, dans le Jongleur, fait preuve d'une grande connaissance de ce patrimoine, qu'il cite ou retravaille : chants ecclésiastiques ornés de mélismes, formes responsoriales, harmonies. Le motet à quatre voix des moines dérive d'une séquence entonnée lors des cérémonies de l'Ascension, dont l'auteur est Saint Bonaventure. Outre ces références sacrées, Massenet exploite aussi les formes profanes : les cris des marchands (« Poireaux, navets. ») proviennent des Cris de Paris de Janequin. La « Bergerette » de la Folle est une forme de refrain en vogue entre les XIIIè et XIVèsiècles. Jean joue de la vielle, instrument typique des jongleurs, et l'Alleluia du vin est issu d'une étude scrupuleuse des « chansons farcies » et des « chansons à boire » des troubadours. A l'acte III, lorsque Jean revêt son habit de jongleur, la chanson qu'il entonne est inspirée du Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle (vers 1283). (.) Le travail d'érudition mené par Massenet autour de l'esthétique médiévale n'a pas pour unique fonction de recréer une ambiance historicisante, il participe d'une volonté de « purifcation », afin de retrouver la foi naïve et profondément humaine dont le Moyen Age semblait alors porter témoignage. (.) Le Jongleur de Notre-Dame, créé en 1902, doit être réinscrit dans le contexte des vives oppositions qui traversent alors deux France, l'une catholique et conservatrice, l'autre républicaine et laïque. Cet opéra résonne des faits et débats portés sur le champ social de son époque.
Interpréter Le Jongleur de Notre-Dame aujourd'hui Trop souvent on se méprend sur la part historique des opéras de Massenet. La couleur locale, la touche historisante, font certes partie des recherches du compositeur. Mais sa quête allait au-delà de la simple fabrication d'un décor musical crédible. Dans Le Jongleur de Notre-Dame, en particulier, l'exhumation de nombre de formules médiévales (qu'elles fussent, du reste, musicales ou littéraires) occupe une place majeure. Faut-il y voir simplement un souci de reconstitution historique ? S'il en est ainsi, Le Jongleur de Notre-Dame risque fort d'être une ouvre datée. Car, la science musicologique médiéviste a bien progressé en un siècle, et un grand nombre d'ensembles musicaux spécialisés sont venus nous donner une idée un peu plus précise de ce que pouvait être la musique médiévale, dans toute sa diversité et ses nuances. Il n'est pas jusqu'à ce livret dont la versifcation prétendument authentique ne nous fasse davantage songer aux amusements de Colas Breugnon qu'à Chrétien de Troyes. Comment, alors, interpréter aujourd'hui Le Jongleur de Notre-Dame sans paraître frayer avec les affres du kitsch ? Tout simplement en redécouvrant Massenet derrière les effets d'optique de la reconstitution historique. Car en réalité, l'apparat historique n'est que la condition de la densité dramatique, et non une fn en soi. C'est ce que démontre le présent enregistrement. Ainsi l'orchestre. C'est dans l'attention chambriste aux détails de l'orchestration, dans la mise en valeur des harmonies chères au compositeur, dans une tenue instrumentale d'une extrême rigueur qu'Enrique Diemecke traque Massenet, et le fait partout surgir. Ce qui revient aussi à réduire la part la plus délibérément historique, à la faire sonner sans en faire le sujet principal. L'anecdote est expulsée au proft du mouvement général. (.) Les voix ensuite. Deux personnages se détachent très évidemment de l'ensemble (dont on sait qu'il est - cruellement ? - privé de figure féminine). Il s'agit de Jean le jongleur, et de Frère Boniface.(.) Si l'on y prend garde, mille cabotinages sont possibles, en raison d'une écriture vocale invitant parfois au Sprechgesang. (.) Et pourtant. Le choix artistique ici est celui d'une langue et d'une déclamation absolument châtiées. Dans tout l'enregistrement, on n'entendra pas le début d'une facilité de diction, pas l'ombre d'un relâchement dans l'accent, pas une grimace offrant son tribut au médiévalisme fn-de-siècle. Emergent alors, derrière le fer-blanc et les toiles peintes de ce Moyen Âge rêvé, la vraie ligne de Massenet et son génie. Frère Boniface rayonne de bonté simple, et Stefano Antonucci n'y ajoute pas cette bonhomie bougonne. (.) Il est inutile sans doute de redire ici à quel point l'art de Roberto Alagna a pu transfgurer l'idée que nous nous faisions de Massenet, après tant d'années de maniérismes et d'altérations. C'est encore cela qui est frappant ici. A aucun moment le jongleur - qu'il aurait pu tirer vers le sympathique manant - n'est accablé de traits grossiers. Derrière sa juvénile ardeur, on devine déjà le miracle fnal. Sa diction, son langage, sa famme, tout dit la noblesse de l'âme et du cour. Nul histrionisme ne vient entacher une fgure qui apparaît comme lumineuse, virginale. Dans cet album, rien ne vient faire obstacle à cette épure : chaque instant nous fait saisir le merveilleux, la passion, la douleur et l'extase qui habitèrent le cour de Jean et de Boniface, et en font ici des présences amies qui ne vous quitteront plus.
Genèse et sources du Jongleur de Notre-Dame Dans Mes Souvenirs, Massenet livre certaines des étapes de la genèse du Jongleur de Notre-Dame, mais au vu de ce que nous en savons aujourd'hui, la chronologie se révèle souvent inexacte, pour des raisons qui appartiennent à son auteur, que sa mémoire ait été défaillante ou qu'il ait tenu consciemment à ces modifications. La rencontre de Massenet avec le librettiste Maurice Léna, professeur à l'Université de Lyon, convoqué à Egreville pour des corrections du texte, n'a pas eu lieu comme l'indique Massenet au printemps 1900 mais l'année précédente, au tout début de la composition du Jongleur. Non seulement, Massenet a pu montrer à Léna la partition entièrement orchestrée et la réduction piano dès le 14 août 1900, mais l'autographe indique à la dernière page la mention « Egreville, 1899-1900 ». Dans son Journal, Massenet écrit : « J'ai écrit un opéra dans lequel j'ai mis tout ce que mon cour possède d'amour, de foi, de tendresse, une ouvre d'art pur, d'art élevé, pour lequel j'avais rêvé d'un théâtre où j'aurais pu donner libre cours à mes aspirations artistiques, sans me préoccuper des exigences, hélas, très naturelles, d'un public accoutumé à certaines formules ». C'est ainsi que, lorsque Gunsbourg, directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, lui passe la commande d'un nouvel opéra pour son théâtre, Massenet propose aussitôt son Jongleur de Notre-Dame, qui sera créé le 18 février 1902 sous les acclamations d'un public conquis. La presse est unanime, et l'ouvrage est donné avec succès à l'Opéra de Paris en mai 1904, et à Milan en octobre 1905, où Titta Ruffo livre une interprétation devenue légendaire de Frère Boniface. En France, le style néo-gothique est offciellement reconnu à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1877, puis intégré au mouvement émergent de l'Art Nouveau. Dans le domaine musical, le gothique inspire Ambroise Thomas (Hamlet, Françoise de Rimini), la Gwendoline de Chabrier, Fervaal de Vincent d'Indy, et même le Pelléas de Debussy. Chez Massenet, l'évocation du monde médiéval intervient sur deux modes, l'un qui récupère le gothique romanesque d'un Hugo ou d'un Flaubert, sombre, grotesque, d'inspiration nordique ; l'autre exploite sa dimension nostalgique, dans une ambiance courtoise, peuplée de belles dames et de chevaliers, de troubadours et de jongleurs. Il faut encore préciser qu'au tournant du siècle les compositeurs français, Fauré et Debussy au premier chef, s'intéressent particulièrement à la musique médiévale, qu'ils étudient et revalorisent. Massenet lui-même, dans le Jongleur, fait preuve d'une grande connaissance de ce patrimoine, qu'il cite ou retravaille : chants ecclésiastiques ornés de mélismes, formes responsoriales, harmonies. Le motet à quatre voix des moines dérive d'une séquence entonnée lors des cérémonies de l'Ascension, dont l'auteur est Saint Bonaventure. Outre ces références sacrées, Massenet exploite aussi les formes profanes : les cris des marchands (« Poireaux, navets. ») proviennent des Cris de Paris de Janequin. La « Bergerette » de la Folle est une forme de refrain en vogue entre les XIIIè et XIVèsiècles. Jean joue de la vielle, instrument typique des jongleurs, et l'Alleluia du vin est issu d'une étude scrupuleuse des « chansons farcies » et des « chansons à boire » des troubadours. A l'acte III, lorsque Jean revêt son habit de jongleur, la chanson qu'il entonne est inspirée du Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle (vers 1283). (.) Le travail d'érudition mené par Massenet autour de l'esthétique médiévale n'a pas pour unique fonction de recréer une ambiance historicisante, il participe d'une volonté de « purifcation », afin de retrouver la foi naïve et profondément humaine dont le Moyen Age semblait alors porter témoignage. (.) Le Jongleur de Notre-Dame, créé en 1902, doit être réinscrit dans le contexte des vives oppositions qui traversent alors deux France, l'une catholique et conservatrice, l'autre républicaine et laïque. Cet opéra résonne des faits et débats portés sur le champ social de son époque.
Dorian Astor
Interpréter Le Jongleur de Notre-Dame aujourd'hui Trop souvent on se méprend sur la part historique des opéras de Massenet. La couleur locale, la touche historisante, font certes partie des recherches du compositeur. Mais sa quête allait au-delà de la simple fabrication d'un décor musical crédible. Dans Le Jongleur de Notre-Dame, en particulier, l'exhumation de nombre de formules médiévales (qu'elles fussent, du reste, musicales ou littéraires) occupe une place majeure. Faut-il y voir simplement un souci de reconstitution historique ? S'il en est ainsi, Le Jongleur de Notre-Dame risque fort d'être une ouvre datée. Car, la science musicologique médiéviste a bien progressé en un siècle, et un grand nombre d'ensembles musicaux spécialisés sont venus nous donner une idée un peu plus précise de ce que pouvait être la musique médiévale, dans toute sa diversité et ses nuances. Il n'est pas jusqu'à ce livret dont la versifcation prétendument authentique ne nous fasse davantage songer aux amusements de Colas Breugnon qu'à Chrétien de Troyes. Comment, alors, interpréter aujourd'hui Le Jongleur de Notre-Dame sans paraître frayer avec les affres du kitsch ? Tout simplement en redécouvrant Massenet derrière les effets d'optique de la reconstitution historique. Car en réalité, l'apparat historique n'est que la condition de la densité dramatique, et non une fn en soi. C'est ce que démontre le présent enregistrement. Ainsi l'orchestre. C'est dans l'attention chambriste aux détails de l'orchestration, dans la mise en valeur des harmonies chères au compositeur, dans une tenue instrumentale d'une extrême rigueur qu'Enrique Diemecke traque Massenet, et le fait partout surgir. Ce qui revient aussi à réduire la part la plus délibérément historique, à la faire sonner sans en faire le sujet principal. L'anecdote est expulsée au proft du mouvement général. (.) Les voix ensuite. Deux personnages se détachent très évidemment de l'ensemble (dont on sait qu'il est - cruellement ? - privé de figure féminine). Il s'agit de Jean le jongleur, et de Frère Boniface.(.) Si l'on y prend garde, mille cabotinages sont possibles, en raison d'une écriture vocale invitant parfois au Sprechgesang. (.) Et pourtant. Le choix artistique ici est celui d'une langue et d'une déclamation absolument châtiées. Dans tout l'enregistrement, on n'entendra pas le début d'une facilité de diction, pas l'ombre d'un relâchement dans l'accent, pas une grimace offrant son tribut au médiévalisme fn-de-siècle. Emergent alors, derrière le fer-blanc et les toiles peintes de ce Moyen Âge rêvé, la vraie ligne de Massenet et son génie. Frère Boniface rayonne de bonté simple, et Stefano Antonucci n'y ajoute pas cette bonhomie bougonne. (.) Il est inutile sans doute de redire ici à quel point l'art de Roberto Alagna a pu transfgurer l'idée que nous nous faisions de Massenet, après tant d'années de maniérismes et d'altérations. C'est encore cela qui est frappant ici. A aucun moment le jongleur - qu'il aurait pu tirer vers le sympathique manant - n'est accablé de traits grossiers. Derrière sa juvénile ardeur, on devine déjà le miracle fnal. Sa diction, son langage, sa famme, tout dit la noblesse de l'âme et du cour. Nul histrionisme ne vient entacher une fgure qui apparaît comme lumineuse, virginale. Dans cet album, rien ne vient faire obstacle à cette épure : chaque instant nous fait saisir le merveilleux, la passion, la douleur et l'extase qui habitèrent le cour de Jean et de Boniface, et en font ici des présences amies qui ne vous quitteront plus.
Sylvain Fort
Extraits du texte de présentation du livret intérieur de la référence DG 4801870 (000289 4801870),
reproduits avec l'aimable autorisation de l'éditeur phonographique
© 2009 Universal Music Classics & Jazz France
reproduits avec l'aimable autorisation de l'éditeur phonographique
© 2009 Universal Music Classics & Jazz France
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