Artiste principal :
Monique De La Bruchollerie
Genre : Classique
Disponible en
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Qualité Studio Masters (24 bits)
Qualité CD (Lossless 16 bits 44,1 kHz)
11,99 €
- 1 Allegro con brio
- 2 Adagio
- 3 Finale : Allegro
- 4 Fantaisie en ut mineur, K 475
- 5 Nocturne en mi majeur, op. 62 n° 2
- 6 Valse n° 11 en sol bémol majeur, op. 70 n° 1
- 7 Valse n° 13 en ré bémol majeur, op. 70 n° 3
- 8 Valse n ° 16 en mi mineur, KK IVa n° 15
- 9 Mazurka en ut dièse mineur, op. 30 n° 4
- 10 Ballade n° 1 en sol mineur, op. 23
- 11 Allegro con moto
- 12 Lent
- 13 Choral & variations
- 14 Toccata, op. 111 n° 6
- 15 2 Valses-caprices
Sonate pour piano n° 48 en ut majeur, Hob XVI : 35 (Joseph Haydn)
Fantaisie en ut mineur, K 475 (Wolfgang Amadeus Mozart)
Nocturne en mi majeur op. 62 n° 2 (Frédéric Chopin)
Valse n° 11 en sol bémol majeur, op. 70 n° 1
Valse n° 13 en ré bémol majeur, op. 70 n° 3
Valse n ° 16 en mi mineur, KK IVa n° 15
Mazurka en ut dièse mineur, op. 30 n° 4
Ballade n° 1 en sol mineur, op. 23
Sonate pour piano (Henri Dutilleux)
6 Etudes, op. 111 (Camille Saint-Saëns)
2 Valses-caprices (Franz Schubert)
À propos
Haydn : Sonate n°48 - Mozart : Fantaisie, K.475 - Dutilleux : Sonate - Saint-Saëns : Toccata, op.111 n°6 - Schubert : 2 Valses-caprices - Chopin : Valses n°11, 13, 16... / Monique de la Bruchollerie, piano
Détails de l'enregistrement original :
73:20 - ADD transfert 24bit - Enregistré en public par la Radiodiffusion française au Théâtre des Champs-Elysées à Paris en mars 1962, *à Chartres le 5 septembre 1959 & en 1947 - **Report d'un enregistrement de 1947 à partir d'un 78 tours - Notes en français & anglais
Joseph Haydn (1732-1809)
Sonate n° 48 en ut majeur, Hob.XVI:35
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Fantaisie en ut mineur, K. 475
Frédéric Chopin (1810-1849)
Nocturne en mi majeur, op. 62 n° 2 *
Valses
N° 11 en sol bémol majeur, op. posth. 70 n° 1
N° 13 en ré bémol majeur, op. posth. 70 n° 3
N° 16 en mi mineur, KK IVa n° 15
Mazurka en ut dièse mineur, op. 30 n° 4
Ballade n° 1 en sol mineur, op. 23
Henri Dutilleux (né en 1916)
Sonate pour piano
Bonus **
Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Toccata (Étude op. 111 n° 6)
Franz Schubert (1797-1828) / Isidore Philipp (1863-1958)
Deux valses-caprices
Monique de la Bruchollerie (1915-1972), piano
Sonate n° 48 en ut majeur, Hob.XVI:35
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Fantaisie en ut mineur, K. 475
Frédéric Chopin (1810-1849)
Nocturne en mi majeur, op. 62 n° 2 *
Valses
N° 11 en sol bémol majeur, op. posth. 70 n° 1
N° 13 en ré bémol majeur, op. posth. 70 n° 3
N° 16 en mi mineur, KK IVa n° 15
Mazurka en ut dièse mineur, op. 30 n° 4
Ballade n° 1 en sol mineur, op. 23
Henri Dutilleux (né en 1916)
Sonate pour piano
Bonus **
Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Toccata (Étude op. 111 n° 6)
Franz Schubert (1797-1828) / Isidore Philipp (1863-1958)
Deux valses-caprices
Monique de la Bruchollerie (1915-1972), piano
Monique de la Bruchollerie fut la première, avec Geneviève Joy, l’épouse de Henri Dutilleux (dédicataire et créatrice), à jouer en public, en France et à l’étranger, la Sonate du grand compositeur
français. Elle possédait une copie du manuscrit autographe et n’aura jamais travaillé que sur celui-ci et bénéficié de certaines révisions communiquées par Henri Dutilleux pendant le travail de
l’œuvre. D’où quelques différences de textes, de nuances ou de phrasé entre ce qui est interprété dans ce concert de 1962 au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, et la partition imprimée chez
Durand en 1949, laquelle, Henri Dutilleux nous l’a confié, n’est pas exempte non plus d’erreurs non corrigées.
À la demande du compositeur, avec lequel Diane de la Bruchollerie, la fille de la pianiste, et moi-même avons passé, en août 2005, quelques heures passionnantes de décryptage de cette interprétation, nous avons corrigé et amélioré quelques menus détails. Mais nous avons tenu à conserver le caractère volcanique et rapsodique que confère Monique de la Bruchollerie à cette Sonate, notamment à son troisième mouvement.
Les documents reproduits sur ce disque proviennent de trois concerts, deux au Théâtre des Champs-Elysées, un à Chartres. Lors de ce dernier récital, la musicienne jouait un piano français de son très différent des pianos Steinway du Théâtre des Champs-Elysées.
En bonus, nous avons cru bon de reporter quelques faces de 78 tours enregistrés par Monique de la Bruchollerie dans les jeunes années de sa carrière : une Toccata de Saint-Saens étourdissante et les délicieux arrangements d’Isidore Philipp, son professeur, de valses de Schubert.
Un grand merci à Diane de la Bruchollerie du Roselle, à Henri Dutilleux et à Alain Lompech pour leur collaboration active à ce projet.
À la demande du compositeur, avec lequel Diane de la Bruchollerie, la fille de la pianiste, et moi-même avons passé, en août 2005, quelques heures passionnantes de décryptage de cette interprétation, nous avons corrigé et amélioré quelques menus détails. Mais nous avons tenu à conserver le caractère volcanique et rapsodique que confère Monique de la Bruchollerie à cette Sonate, notamment à son troisième mouvement.
Les documents reproduits sur ce disque proviennent de trois concerts, deux au Théâtre des Champs-Elysées, un à Chartres. Lors de ce dernier récital, la musicienne jouait un piano français de son très différent des pianos Steinway du Théâtre des Champs-Elysées.
En bonus, nous avons cru bon de reporter quelques faces de 78 tours enregistrés par Monique de la Bruchollerie dans les jeunes années de sa carrière : une Toccata de Saint-Saens étourdissante et les délicieux arrangements d’Isidore Philipp, son professeur, de valses de Schubert.
Renaud Machart
© INA mémoire vive 2005 – Reproduction interdite
Monique de la Bruchollerie
Portrait par Alain Lompech
Le lendemain de la mort de Monique de La Bruchollerie, survenue le 15 décembre 1972, Madame Laurent était arrivée au lycée, la tête à l’envers. Ce professeur de musique était d’un genre assez spécial. Petite fille de Marguerite Hasselmans, la compagne de Gabriel Fauré, elle était rentrée récemment du Cambodge et avait atterri dans une petite ville de l’Eure. Au Cambodge, elle avait aidé le prince Norodom Sihanouk à coucher sur le papier les opérettes qu’il affectionnait de « composer », pendant que son mari s’occupait d’agronomie pour le compte du gouvernement américain. Elle avait aussi tenu le piano dans l’Orchestre de Cleveland, peu de temps après la nomination de George Szell, adorait les chansons des Beatles, ne crachait pas sur Led Zepelin et les Pink Floyd, faisant juste un peu la moue parfois, et était fascinée par Glenn Gould dont elle nous faisait écouter les interprétations de Bach et de Mozart. Autant dire qu’elle était une sorte d’héroïne dans ce lycée où l’on n’avait jamais autant vu d’élèves suivre les cours de musique – pourtant déjà optionnels.
Elle avait voulu, ce jour-là, nous parler de Monique de La Bruchollerie, de son accident de voiture en Roumanie, de son intelligence fulgurante, de son talent immense de pianiste, de ses succès en Allemagne, du travail admirable qu’elle avait fait avec ses élèves au Conservatoire de Paris ; et aussi de la défiance qu’une partie du milieu pianistique hexagonal lui avait témoigné, jaloux d’une femme aussi libre, qui tenait un rang sur les scènes internationales dont aucun autre Français de ce temps, à part Robert Casadesus, ne pouvait se prévaloir. Séance tenante, sur le pauvre électrophone des salles de classe de l’époque, elle nous avait fait entendre la pianiste dans le Concerto de Tchaïkovski. Classe médusée dont la plupart des élèves découvraient l’œuvre, émus par la destinée d’une artiste que leur professeur venait de leur conter avec passion. Quand Monique de la Bruchollerie est morte, à l’âge de 57 ans (elle était née le 20 avril 1915), les quotidiens français n’ont pas accordé à cette triste nouvelle toute la place qu’elle méritait, à l’image de ce qu’a pu faire ce professeur de musique pour sa classe. Elle ne jouait plus depuis un accident de la circulation qui, en 1966, l’avait privée de l’usage de sa main gauche, désaxé sa vision et contrainte à marcher avec une canne. Un banal accident de voiture, une route verglacée, un chauffeur peu habile, lors d’une tournée qui passait par la Roumanie, devait la plonger quelque temps dans le coma et lui laisser des séquelles pénibles, en plus de son infirmité : « Un écoulement permanent du liquide céphalo-rachidien me cause des vertiges et des maux de têtes horribles », pour reprendre ses propres termes.
Elle enseignait au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, où Maurice Schuman l’avait fait nommer peu après son accident. D’autre part, elle avait créé « les grands jeunes » dans le cadre de « Musique dans la rue » du festival d’Aix-en-Provence, pour aider les jeunes pianistes à se faire connaître. Professeur par conviction et non par dépit, elle a, du reste, toujours enseigné en privé, comme sa mère avant elle qui avait été la répétitrice d’Yves Nat. La musique était une affaire de famille, car Monique de la Bruchollerie descendait de François Adrien Boïeldieu par sa mère et son père était le cousin d’André Messager.
Quelques mois avant sa mort, elle débordait d’enthousiasme et de projets, malgré une maladie de plus en plus handicapante. Et bien avant son accident, n’avait-elle pas inventé un nouveau clavier arrondi de façon que les mains du pianiste soient toujours face aux touches et non écartées en pattes de canard quand il doit jouer dans les deux extrêmes du piano en même temps ? Mais l’ORTF devait lui rendre, néanmoins, un juste hommage après sa mort, en diffusant à la radio un programme libre grâce à Rémy Stricker et un Premier Concerto de Tchaïkovski d’anthologie à la télévision. La virtuosité transcendante, l’interprétation intense, presque hautaine de cette pianiste, son port de tête royal agrandissaient l’image noir et blanc à la dimension d’une salle de concert. Jamais je n’avais entendu pareil volcan, à part Horowitz, et jamais je ne devais entendre ce concerto interprété à la façon dont Toscanini dirigeait, sans une once de gras, sans la moindre trivialité. À quelque temps de là, nouvelle rencontre impromptue : sur France Musique, rediffusion de la Sonate d’Henri Dutilleux, enregistrée en public, au milieu des années 1960. Cette œuvre, bien sûr, j’en connaissais le premier enregistrement par Geneviève Joy, femme du compositeur, dont le grand jeu classique, plein et clair, rendu par une main inimitable qui sait faire sonner le piano sans efforts, m’avait fait tout de suite aimer cette œuvre singulière alors peu jouée. Monique de la Bruchollerie en fit la première audition en Amérique latine. Et là, un démon s’était emparé du clavier ! Avec une vitalité rythmique de jazzman et une divination de chamane, Monique de La Bruchollerie réinventait cette musique qu’elle projetait avec une force de conviction et une maîtrise intellectuelle ; elle la ferait notamment applaudir des publics de Moscou et Leningrad où elle devait jouer deux années consécutives, provoquant l’admiration de Sviatoslav Richer : « Elle était unique, un phénomène parmi les musiciens, les pianistes de notre temps. » C’est l’enregistrement de ce concert même qui figure sur ce disque d’hommage publié par l’Ina. Le réécouter 30 ans plus tard a provoqué le même choc.
Elle avait également l’admiration d’Emil Guilels, auquel une amitié la liait depuis le Concours Eugène Ysaÿe qu’ils avaient tout deux passé en 1938. Guilels avec lequel, bien longtemps après, elle a confronté sa technique héritée d’Isidor Philipp, chez qui elle avait eu son prix à Paris, en 1928, à l’âge de 13 ans. Cet échange la confortera dans sa recherche d’un son plus rond « au fond du clavier », qu’elle transmettra à ses élèves.
Puis plus rien ou quasi. Monique de la Bruchollerie a peu enregistré, car elle n’aimait pas figer dans le temps ses propres interprétations : juste quelques faces de 78 tours, gravées avant guerre, puis d’autres à Londres, en 1948 pour EMI, dont la Toccata de Saint-Saëns d’une verve et virtuosité phénoménales qui figure, en « bonus » sur ce disque, et quelques 33-tours Vox indisponibles depuis des lustres. Aussi il n’est pas étonnant que le nom de cette pianiste ait peu à peu disparu en France, c’est le lot de ceux qui n’ont pas beaucoup laissé de traces sonores de leur art dans les catalogues des maisons de disques. Elle avait pourtant connu un début de carrière retentissant juste avant la guerre en remportant le Prix Pagès en 1933 avec l’Opus 110 de Beethoven, le Carnaval de Schumann, la 4e Ballade, la Mazurka, op. 50 de Chopin, le 7e Nocturne de Fauré et Islamey de Balakirev ! Puis le 3e Prix du Concours de Vienne, en 1936, et le 7e à Varsovie en 1937, s’attirant les faveurs du public et de la critique. Après guerre, elle sera conviée dès 1946 à jouer avec la Philharmonie nationale polonaise et sera réinvitée de nombreuses fois, y triomphant dans le 3e Concerto de Rachmaninov (première femme à l’avoir joué), à la fin des années 1950. En 1948, elle donne, à Paris, trois concertos avec Charles Munch et la Société des Concerts du Conservatoire, puis part en tournée avec lui aux Etats-Unis. En 1952, elle joue à Boston avec Ansermet, puis à Philadelphie, Chicago, Cleveland. À New York, au Carnegie Hall, elle donne cinq concerts en deux semaines qui font écrire à Harold Schoenberg, du New York Times, qu’elle a un « jeu monumental venu du fond de l’âme et que par son talent elle est bien proche d’égaler Rubinstein », tandis que le redouté compositeur et critique Virgil Thomson devait écrire : « Elle s’exprima dans un très grand style et fut l’objet d’une réelle ovation. Son nom difficile pour la langue américaine lui a valu le surnom de Monique de la Musique. » La liste pourrait continuer ainsi longtemps, car Monique de la Bruchollerie a joué dans les trois Amériques, en Afrique, en Russie, en Allemagne avec Celibidache pour toute une série de concerts, partout en Europe… avant qu’un cancer ne l’éloigne, une première fois, des salles de concerts, à la fin des années 1950. Son retour, fut, là encore, triomphal. Mais c’est en Allemagne que la mort de la pianiste devait causer la plus grande émotion. La presse lui consacra de longs articles, à la mesure de ce que Monique de la Bruchollerie avait apporté à un pays dévasté. Invitée à y jouer dans les mois qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, Monique de la Bruchollerie, dont le frère Claude était mort au combat, y avait été accueillie avec une ferveur qui ne s’est jamais démentie, tout comme dans les pays de l’Est qu’elle a beaucoup visités. Après 1956, les Hongrois, submergés d’émotion, l’ovationnent pendant une demi-heure quand elle rouvre la saison musicale à Budapest. La pianiste a beaucoup joué avec les orchestres des deux Allemagnes, faisant souvent équipe avec Eugen Jochum qui disait d’elle : « Elle était corps et âme une musicienne. Elle représentait l’école française, mais elle avait plus encore : son jeu n’était pas seulement lucide et limpide, il correspondait profondément au compositeur interprété. Par exemple, pour Brahms, elle avait saisi cette grande profondeur. Ce que j’appréciais surtout, c’était son sens infaillible, sa rigueur de la forme musicale. Pendant les répétitions, elle était d’une compréhension immédiate : ce qui est typiquement français. Très souvent nous reprenions des passages entiers. Il y avait dans son tempérament quelque chose que j’appellerai une qualité typiquement allemande : elle avait une profondeur que l’on rencontre très rarement chez les pianistes français. Elle était lyrique et savait aussi attaquer d’une façon éblouissante, grandiose. Elle avait un tempérament dramatique. À toutes ses qualités, à cette personnalité s’ajoutait une chaleur humaine étonnante, une force considérable qu’il est extrêmement rare de rencontrer chez une femme. ». Tandis que Wilhelm Kempff, dans un entretien de 1973 donné à la Radio bavaroise, salue la mémoire de celle qu’il appelle un « Mi bémol Majeur rayonnant » et conclut en disant « Son visage restera gravé dans ma mémoire, dans toute sa clarté, au-delà de toute souffrance, comme si elle jouait encore Mozart ». Il était temps qu’un hommage soit rendu à une pianiste singulière, fêtée comme un « Jeune Dieu » pendant les trente ans d’une carrière météorique qui lui avait attaché un public fidèle et quelques amitiés solides parmi les plus grands artistes de son temps.
Hommage
par Henri Dutilleux
Monique de la Bruchollerie a souvent été présentée comme la pianiste française par excellence, brillante ambassadrice de notre école, virtuose dans l’âme, douée d’une puissance d’extériorisation peu commune. Certes, Monique était tout cela mais, pour moi, quelque chose de plus précieux et de plus rare encore la distinguait : le pouvoir extrême d’imposer sa conception, sa vision intérieure – une vision infiniment personnelle – des œuvres du répertoire qu’elle recréait en les repensant totalement, qualité qui fait le génie de l’interprète. Car Monique fut assurément une grande interprète. Sa culture, son intelligence et sa sensibilité lui permettait de pénétrer en profondeur dans l’univers des classiques et des romantiques et c’est, je crois, dans l’interprétation de Beethoven que se manifestait avec le plus d’éclat son sens de l’architecture sonore, c’est là surtout que se révélaient l’intériorité de son tempérament et ce goût, très particulier chez cette artiste, d’une certaine abstraction répondant si bien à la pensée que reflètent les derniers opus de l’auteur des sonates et des concertos. Pour mieux exprimer ce que Monique représentait encore pour moi, il me faut bien évoquer des souvenirs personnels derrière lesquels je souhaiterais m’effacer. Vers la fin des années 50, Bernard Gavoty et Raymond Gallois-Montbrun lui ayant parlé avec chaleur de la sonate que je venais d’écrire et qu’avait créée Geneviève Joy, Monique voulut rencontrer le jeune musicien que j’étais encore et connaître cette œuvre. Peu de temps après lui avoir adressé mon manuscrit, je me rendis chez elle. Je fus aussitôt séduit par l’immense vitalité qui émanait de cette artiste et, dès qu’elle se mit au piano, par la beauté altière qui animait son visage, par l’intelligence de ses mouvements.
Elle avait acquis en peu de jours une vue déjà synthétique de l’œuvre et je compris qu’elle brûlait d’impatience de me faire approuver ses propositions. Celles-ci, fort curieuses, concernaient des dispositions nouvelles de traits et d’accords : sans en altérer le texte d’une seule note, bien sûr, elle s’ingéniait à les distribuer à sa manière pour les adapter plus efficacement à sa technique. J’étais fort intrigué par ce qui, chez tout autre, m’eût semblé un jeu purement gratuit, mais pour elle, ces subtilités touchant à des points de détails répondaient au souci de mieux servir l’œuvre dans son ensemble. Elle édifiait ainsi, pierre après pierre, sa propre construction en fonction de ses aptitudes physiques et une démarche tout aussi personnelle guidait sa pensée dans l’expression du phrasé, dans la manière d’aborder les périodes rythmiques ou dans les rapports de dynamique.
Je pus constater le résultat de ses recherches quand, après avoir souvent joué l’œuvre dans ses tournées en Europe centrale et en URSS, elle présenta à deux reprises, dans des récitals au Théâtre des Champs-Elysées, cette sonate déjà fort éloignée de moi mais à laquelle elle parvint à donner une nouvelle jeunesse et un éclat exceptionnel.
Portrait par Alain Lompech
Le lendemain de la mort de Monique de La Bruchollerie, survenue le 15 décembre 1972, Madame Laurent était arrivée au lycée, la tête à l’envers. Ce professeur de musique était d’un genre assez spécial. Petite fille de Marguerite Hasselmans, la compagne de Gabriel Fauré, elle était rentrée récemment du Cambodge et avait atterri dans une petite ville de l’Eure. Au Cambodge, elle avait aidé le prince Norodom Sihanouk à coucher sur le papier les opérettes qu’il affectionnait de « composer », pendant que son mari s’occupait d’agronomie pour le compte du gouvernement américain. Elle avait aussi tenu le piano dans l’Orchestre de Cleveland, peu de temps après la nomination de George Szell, adorait les chansons des Beatles, ne crachait pas sur Led Zepelin et les Pink Floyd, faisant juste un peu la moue parfois, et était fascinée par Glenn Gould dont elle nous faisait écouter les interprétations de Bach et de Mozart. Autant dire qu’elle était une sorte d’héroïne dans ce lycée où l’on n’avait jamais autant vu d’élèves suivre les cours de musique – pourtant déjà optionnels.
Elle avait voulu, ce jour-là, nous parler de Monique de La Bruchollerie, de son accident de voiture en Roumanie, de son intelligence fulgurante, de son talent immense de pianiste, de ses succès en Allemagne, du travail admirable qu’elle avait fait avec ses élèves au Conservatoire de Paris ; et aussi de la défiance qu’une partie du milieu pianistique hexagonal lui avait témoigné, jaloux d’une femme aussi libre, qui tenait un rang sur les scènes internationales dont aucun autre Français de ce temps, à part Robert Casadesus, ne pouvait se prévaloir. Séance tenante, sur le pauvre électrophone des salles de classe de l’époque, elle nous avait fait entendre la pianiste dans le Concerto de Tchaïkovski. Classe médusée dont la plupart des élèves découvraient l’œuvre, émus par la destinée d’une artiste que leur professeur venait de leur conter avec passion. Quand Monique de la Bruchollerie est morte, à l’âge de 57 ans (elle était née le 20 avril 1915), les quotidiens français n’ont pas accordé à cette triste nouvelle toute la place qu’elle méritait, à l’image de ce qu’a pu faire ce professeur de musique pour sa classe. Elle ne jouait plus depuis un accident de la circulation qui, en 1966, l’avait privée de l’usage de sa main gauche, désaxé sa vision et contrainte à marcher avec une canne. Un banal accident de voiture, une route verglacée, un chauffeur peu habile, lors d’une tournée qui passait par la Roumanie, devait la plonger quelque temps dans le coma et lui laisser des séquelles pénibles, en plus de son infirmité : « Un écoulement permanent du liquide céphalo-rachidien me cause des vertiges et des maux de têtes horribles », pour reprendre ses propres termes.
Elle enseignait au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, où Maurice Schuman l’avait fait nommer peu après son accident. D’autre part, elle avait créé « les grands jeunes » dans le cadre de « Musique dans la rue » du festival d’Aix-en-Provence, pour aider les jeunes pianistes à se faire connaître. Professeur par conviction et non par dépit, elle a, du reste, toujours enseigné en privé, comme sa mère avant elle qui avait été la répétitrice d’Yves Nat. La musique était une affaire de famille, car Monique de la Bruchollerie descendait de François Adrien Boïeldieu par sa mère et son père était le cousin d’André Messager.
Quelques mois avant sa mort, elle débordait d’enthousiasme et de projets, malgré une maladie de plus en plus handicapante. Et bien avant son accident, n’avait-elle pas inventé un nouveau clavier arrondi de façon que les mains du pianiste soient toujours face aux touches et non écartées en pattes de canard quand il doit jouer dans les deux extrêmes du piano en même temps ? Mais l’ORTF devait lui rendre, néanmoins, un juste hommage après sa mort, en diffusant à la radio un programme libre grâce à Rémy Stricker et un Premier Concerto de Tchaïkovski d’anthologie à la télévision. La virtuosité transcendante, l’interprétation intense, presque hautaine de cette pianiste, son port de tête royal agrandissaient l’image noir et blanc à la dimension d’une salle de concert. Jamais je n’avais entendu pareil volcan, à part Horowitz, et jamais je ne devais entendre ce concerto interprété à la façon dont Toscanini dirigeait, sans une once de gras, sans la moindre trivialité. À quelque temps de là, nouvelle rencontre impromptue : sur France Musique, rediffusion de la Sonate d’Henri Dutilleux, enregistrée en public, au milieu des années 1960. Cette œuvre, bien sûr, j’en connaissais le premier enregistrement par Geneviève Joy, femme du compositeur, dont le grand jeu classique, plein et clair, rendu par une main inimitable qui sait faire sonner le piano sans efforts, m’avait fait tout de suite aimer cette œuvre singulière alors peu jouée. Monique de la Bruchollerie en fit la première audition en Amérique latine. Et là, un démon s’était emparé du clavier ! Avec une vitalité rythmique de jazzman et une divination de chamane, Monique de La Bruchollerie réinventait cette musique qu’elle projetait avec une force de conviction et une maîtrise intellectuelle ; elle la ferait notamment applaudir des publics de Moscou et Leningrad où elle devait jouer deux années consécutives, provoquant l’admiration de Sviatoslav Richer : « Elle était unique, un phénomène parmi les musiciens, les pianistes de notre temps. » C’est l’enregistrement de ce concert même qui figure sur ce disque d’hommage publié par l’Ina. Le réécouter 30 ans plus tard a provoqué le même choc.
Elle avait également l’admiration d’Emil Guilels, auquel une amitié la liait depuis le Concours Eugène Ysaÿe qu’ils avaient tout deux passé en 1938. Guilels avec lequel, bien longtemps après, elle a confronté sa technique héritée d’Isidor Philipp, chez qui elle avait eu son prix à Paris, en 1928, à l’âge de 13 ans. Cet échange la confortera dans sa recherche d’un son plus rond « au fond du clavier », qu’elle transmettra à ses élèves.
Puis plus rien ou quasi. Monique de la Bruchollerie a peu enregistré, car elle n’aimait pas figer dans le temps ses propres interprétations : juste quelques faces de 78 tours, gravées avant guerre, puis d’autres à Londres, en 1948 pour EMI, dont la Toccata de Saint-Saëns d’une verve et virtuosité phénoménales qui figure, en « bonus » sur ce disque, et quelques 33-tours Vox indisponibles depuis des lustres. Aussi il n’est pas étonnant que le nom de cette pianiste ait peu à peu disparu en France, c’est le lot de ceux qui n’ont pas beaucoup laissé de traces sonores de leur art dans les catalogues des maisons de disques. Elle avait pourtant connu un début de carrière retentissant juste avant la guerre en remportant le Prix Pagès en 1933 avec l’Opus 110 de Beethoven, le Carnaval de Schumann, la 4e Ballade, la Mazurka, op. 50 de Chopin, le 7e Nocturne de Fauré et Islamey de Balakirev ! Puis le 3e Prix du Concours de Vienne, en 1936, et le 7e à Varsovie en 1937, s’attirant les faveurs du public et de la critique. Après guerre, elle sera conviée dès 1946 à jouer avec la Philharmonie nationale polonaise et sera réinvitée de nombreuses fois, y triomphant dans le 3e Concerto de Rachmaninov (première femme à l’avoir joué), à la fin des années 1950. En 1948, elle donne, à Paris, trois concertos avec Charles Munch et la Société des Concerts du Conservatoire, puis part en tournée avec lui aux Etats-Unis. En 1952, elle joue à Boston avec Ansermet, puis à Philadelphie, Chicago, Cleveland. À New York, au Carnegie Hall, elle donne cinq concerts en deux semaines qui font écrire à Harold Schoenberg, du New York Times, qu’elle a un « jeu monumental venu du fond de l’âme et que par son talent elle est bien proche d’égaler Rubinstein », tandis que le redouté compositeur et critique Virgil Thomson devait écrire : « Elle s’exprima dans un très grand style et fut l’objet d’une réelle ovation. Son nom difficile pour la langue américaine lui a valu le surnom de Monique de la Musique. » La liste pourrait continuer ainsi longtemps, car Monique de la Bruchollerie a joué dans les trois Amériques, en Afrique, en Russie, en Allemagne avec Celibidache pour toute une série de concerts, partout en Europe… avant qu’un cancer ne l’éloigne, une première fois, des salles de concerts, à la fin des années 1950. Son retour, fut, là encore, triomphal. Mais c’est en Allemagne que la mort de la pianiste devait causer la plus grande émotion. La presse lui consacra de longs articles, à la mesure de ce que Monique de la Bruchollerie avait apporté à un pays dévasté. Invitée à y jouer dans les mois qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, Monique de la Bruchollerie, dont le frère Claude était mort au combat, y avait été accueillie avec une ferveur qui ne s’est jamais démentie, tout comme dans les pays de l’Est qu’elle a beaucoup visités. Après 1956, les Hongrois, submergés d’émotion, l’ovationnent pendant une demi-heure quand elle rouvre la saison musicale à Budapest. La pianiste a beaucoup joué avec les orchestres des deux Allemagnes, faisant souvent équipe avec Eugen Jochum qui disait d’elle : « Elle était corps et âme une musicienne. Elle représentait l’école française, mais elle avait plus encore : son jeu n’était pas seulement lucide et limpide, il correspondait profondément au compositeur interprété. Par exemple, pour Brahms, elle avait saisi cette grande profondeur. Ce que j’appréciais surtout, c’était son sens infaillible, sa rigueur de la forme musicale. Pendant les répétitions, elle était d’une compréhension immédiate : ce qui est typiquement français. Très souvent nous reprenions des passages entiers. Il y avait dans son tempérament quelque chose que j’appellerai une qualité typiquement allemande : elle avait une profondeur que l’on rencontre très rarement chez les pianistes français. Elle était lyrique et savait aussi attaquer d’une façon éblouissante, grandiose. Elle avait un tempérament dramatique. À toutes ses qualités, à cette personnalité s’ajoutait une chaleur humaine étonnante, une force considérable qu’il est extrêmement rare de rencontrer chez une femme. ». Tandis que Wilhelm Kempff, dans un entretien de 1973 donné à la Radio bavaroise, salue la mémoire de celle qu’il appelle un « Mi bémol Majeur rayonnant » et conclut en disant « Son visage restera gravé dans ma mémoire, dans toute sa clarté, au-delà de toute souffrance, comme si elle jouait encore Mozart ». Il était temps qu’un hommage soit rendu à une pianiste singulière, fêtée comme un « Jeune Dieu » pendant les trente ans d’une carrière météorique qui lui avait attaché un public fidèle et quelques amitiés solides parmi les plus grands artistes de son temps.
Alain Lompech
© INA mémoire vive 2005 – Reproduction interdite
Hommage
par Henri Dutilleux
Monique de la Bruchollerie a souvent été présentée comme la pianiste française par excellence, brillante ambassadrice de notre école, virtuose dans l’âme, douée d’une puissance d’extériorisation peu commune. Certes, Monique était tout cela mais, pour moi, quelque chose de plus précieux et de plus rare encore la distinguait : le pouvoir extrême d’imposer sa conception, sa vision intérieure – une vision infiniment personnelle – des œuvres du répertoire qu’elle recréait en les repensant totalement, qualité qui fait le génie de l’interprète. Car Monique fut assurément une grande interprète. Sa culture, son intelligence et sa sensibilité lui permettait de pénétrer en profondeur dans l’univers des classiques et des romantiques et c’est, je crois, dans l’interprétation de Beethoven que se manifestait avec le plus d’éclat son sens de l’architecture sonore, c’est là surtout que se révélaient l’intériorité de son tempérament et ce goût, très particulier chez cette artiste, d’une certaine abstraction répondant si bien à la pensée que reflètent les derniers opus de l’auteur des sonates et des concertos. Pour mieux exprimer ce que Monique représentait encore pour moi, il me faut bien évoquer des souvenirs personnels derrière lesquels je souhaiterais m’effacer. Vers la fin des années 50, Bernard Gavoty et Raymond Gallois-Montbrun lui ayant parlé avec chaleur de la sonate que je venais d’écrire et qu’avait créée Geneviève Joy, Monique voulut rencontrer le jeune musicien que j’étais encore et connaître cette œuvre. Peu de temps après lui avoir adressé mon manuscrit, je me rendis chez elle. Je fus aussitôt séduit par l’immense vitalité qui émanait de cette artiste et, dès qu’elle se mit au piano, par la beauté altière qui animait son visage, par l’intelligence de ses mouvements.
Elle avait acquis en peu de jours une vue déjà synthétique de l’œuvre et je compris qu’elle brûlait d’impatience de me faire approuver ses propositions. Celles-ci, fort curieuses, concernaient des dispositions nouvelles de traits et d’accords : sans en altérer le texte d’une seule note, bien sûr, elle s’ingéniait à les distribuer à sa manière pour les adapter plus efficacement à sa technique. J’étais fort intrigué par ce qui, chez tout autre, m’eût semblé un jeu purement gratuit, mais pour elle, ces subtilités touchant à des points de détails répondaient au souci de mieux servir l’œuvre dans son ensemble. Elle édifiait ainsi, pierre après pierre, sa propre construction en fonction de ses aptitudes physiques et une démarche tout aussi personnelle guidait sa pensée dans l’expression du phrasé, dans la manière d’aborder les périodes rythmiques ou dans les rapports de dynamique.
Je pus constater le résultat de ses recherches quand, après avoir souvent joué l’œuvre dans ses tournées en Europe centrale et en URSS, elle présenta à deux reprises, dans des récitals au Théâtre des Champs-Elysées, cette sonate déjà fort éloignée de moi mais à laquelle elle parvint à donner une nouvelle jeunesse et un éclat exceptionnel.
Henri Dutilleux
(Extrait d’un texte d’hommage publié par Henri Dutilleux
dans Telle était Monique de la Bruchollerie [Jose Millas-Martin-Editeur, 1974])
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