- 1 Partita in E flat major: I. Allegro vivace
- 2 Partita in E flat major: II. Andante
- 3 Partita in E flat major: III. Menuetto
- 4 Partita in E flat major: IV. Rondo
- 5 Funeral March
- 6 Concertino: I. Adagio - Allegro molto
- 7 Concertino: II. Menuetto
- 8 Concertino: III. Andante con variazione
- 9 Concertino: IV. Menuetto
- 10 Concertino: V. Rondo
- 11 Partita No. 1 in B major: I. Adagio - Allegro moderato
- 12 Partita No. 1 in B major: II. Andante
- 13 Partita No. 1 in B major: III. Menuetto: Allegro non troppo
- 14 Partita No. 1 in B major: IV. Allegro con moto
À propos
Octuor à vents Amphion sur instruments d'époque
Joseph Triebensee fut un musicien brillant, qui dirigea la musique d’harmonie du Prince Aloïs de Liechtenstein, l’ensemble le plus renommé de Vienne, avec celui de la
Cour Impériale. C’est l’Empereur Joseph II qui mit à la mode cette musique pour ensembles de vents, en remplaçant à sa Cour les laquais et serviteurs « souffleurs » par de vrais professionnels.
Ce répertoire méconnu de grande valeur est recréé avec un talent exceptionnel par l’Octuor de Vents « Amphion », accompagné au pianoforte par Michael Biehl.
« Già la mensa è preparata /Voi suonate, amici cari/Già che spendo i miei danari / Io mi voglio divertir » - La table est mise /Jouez, bonnes gens / Puisque je dépense mon argent /Je veux
m’amuser à ma guise ».
On connaît la scène que Don Giovanni introduit par ces paroles : au bord de la catastrophe sans s’en douter, le héros de l’opéra de Mozart convie ses amis à son repas de «condamné» aux sons d’un
octuor à vent. Les musiciens présentent un véritable pot-pourri d’airs d’opéras connus de l’époque, dans lequel Mozart introduit un grand succès de sa propre plume : «Non più andrai» extrait des
Noces de Figaro. Si la situation est grotesque par l’inconsciente gaieté du personnage principal, le compositeur réussit ici un portrait parfaitement réaliste des coutumes de
divertissement de la Cour. L’encadrement musical est défendu par un ensemble d’harmonie typique composé de deux hautbois, deux clarinettes, deux cors et deux bassons, instrumentation à la mode
depuis la création de la «Musique impériale d’harmonie et de table» en 1782. Alors que les formations de ce type n’atteignaient, jusque-là, qu’un niveau assez médiocre, l’empereur Joseph II
remplaça les anciens serviteurs, à la fois musiciens et laquais, par des instrumentistes à vent renommés, dont les talents permirent dès lors d’exécuter un répertoire d’un niveau technique et
artistique remarquable. La majorité des œuvres présentées étaient, à l’époque, des arrangements d’opéras joués soit durant le repas du seigneur, comme dans la scène de Don Giovanni, soit
lors de concerts dits «d’après-dîner». L’existence d’un ensemble de souffleurs performant incita par ailleurs de nombreux musiciens contemporains à écrire des compositions originales pour cette
formation, qu’ils appelaient «sérénades» ou «divertimenti», très fréquemment aussi simplement «Parthieen» (partite). Alors que les premières œuvres de ce genre étaient des suites de danses brèves
destinées notamment à être exécutées en plein air pour accompagner des parties de chasse et autres réjouissances, on assista, vers la fin du XVIIIe siècle, à l’apparition de pièces d’un
raffinement croissant. Un des plus beaux exemples en est la «Parthia dans un Concert» op. 103 de Beethoven qui, déjà par son titre, se démarque clairement d’une simple musique de divertissement.
S’y ajoutent les magnifiques sérénades pour instruments à vent de Mozart, œuvres tardives du maître qui sont parmi les très rares pièces pour harmonie à avoir durablement conquis nos salles de
concert.
Lorsque l’on recherche, parmi la volumineuse production du genre qui sommeille dans les archives, d’autres compositions de valeur dignes d’être remises au répertoire, on découvre notamment l’œuvre d’un certain Joseph Triebensee, musicien brillant qui dirigea la musique d’harmonie du prince Aloïs de Liechtenstein, l’ensemble le plus renommé de Vienne avec celui de la Cour impériale. Né le 21 novembre 1772 à Wittingau en Bohême méridionale, Joseph Triebensee apprit à jouer du hautbois sous la conduite de son père Georg, premier hautbois solo de grand talent employé à la fois au Théâtre National et à l’Harmonie impériale de Vienne. Quant à ses notions de composition, le jeune Joseph les acquit auprès de Johann Albrechtsberger, qui devint plus tard le maître de Beethoven et de Schubert. Triebensee ne tarda pas à être admis dans différents orchestres de théâtre viennois, en particulier au Théâtre «Auf der Wieden», où il eut le privilège de participer à la création de la Flûte enchantée sous la direction de Mozart en personne. Au gré d’une carrière très riche, l’artiste collabora, en qualité de soliste, à de nombreux concerts de la «Tonkünstler Sozietät», où il présenta ses propres concertos et prit part, en compagnie du compositeur, à l’exécution du quintette op. 16 pour piano et instruments à vent de Beethoven. En 1789, Triebensee fut admis à la Musique d’harmonie du prince Aloïs, dont la direction générale lui fut confiée dès 1794 à titre de «Fürstlicher Kammer- und Theater Kapellmeister».
La majorité des compositions pour harmonie de Triebensee se trouve réunie dans deux recueils monumentaux, que l’auteur proposa en souscription dans les années 1803-1812. Le premier, placé sous le titre «Opern und Ballette wie auch Originalparthieen», fit l’objet d’une première annonce dans la Wiener Zeitung à fin 1803. Quant au second volume, il fut publié dès 1809 en 32 parutions successives. Il porte l’inscription « Miscellanées de musique » et semble avoir été élaboré à l’instigation de l’empereur qui, cette année là, venait de perdre en la personne de Johann Went le plus éminent compositeur de pièces d’harmonie de la Cour. Les «Originalparthieen» que nous présentons sur notre CD sont toutes extraites des deux recueils de Joseph Triebensee et appartiennent au même genre musical que l’octuor à vent «Parthia dans un Concert» de Beethoven, dont nous avons parlé ci-dessus. Elles se distinguent en effet nettement – ne serait-ce que par leur structure – des partitas de divertissement en usage jusque-là, composées de multiples petites pièces et principalement destinées à être jouées en plein air. Les œuvres de Triebensee, au contraire, adoptent la forme classique en quatre mouvements, la même qui régit également le très noble genre du quatuor à cordes. L’élément le plus frappant est l’utilisation d’une introduction lente dans la Partita en si bémol majeur, particularité très rare dans la musique d’harmonie dont la Gran Partita de Mozart fournit un autre exemple célèbre. De son côté, la Partita en mi bémol majeur se distingue par un travail thématique et une élaboration des motifs du plus haut raffinement : une tête de sujet concise ouvre le premier mouvement, se contentant d’un rythme incisif présenté à l’unisson. Le second élément, contrastant, consiste en un thème souriant, sous lequel le sujet initial se faufile discrètement en se manifestant plus particulièrement dans les passages de transition. La même fraction thématique régit également la suite du mouvement et réapparaît avec davantage d’insistance à la fin de l’exposition jusqu’à introduire le développement. Chose très étonnante : le matériau du sujet est réutilisé dans le second mouvement, où il retentit à l’entrée d’une partie médiane aux couleurs sombres, faisant brusquement irruption dans l’atmosphère bucolique qui règne jusque-là dans cette sorte de «lied». Sous son influence, le discours, charmant et insouciant, vire au mode mineur et le sujet revisité imprime d’autorité sa mélancolie à la reprise de la première partie idyllique du mouvement. C’est par l’exploitation habile d’un apparent «handicap» du cor que Triebensee obtient ici l’effet d’assombrissement de la partie médiane. Jusqu’au tardif XIXe siècle, le cor ne possédait, en effet, pas encore de pistons et ne pouvait produire que des harmoniques naturelles, que l’instrumentiste produisait par réglage de la colonne d’air en obstruant de la main droite le pavillon de différentes façons. Ces sons «bouchés» se distinguaient des tons naturels purs par une sonorité nasillarde, souvent sourde et métallique, ce qui « permettait au compositeur habile de générer des sensations particulières … plainte amoureuse, pompe, mélancolie, terreur et frisson » («Annuaire de la musique», Vienne et Prague, 1896).
Le Concertino pour piano et musique d’harmonie, toujours du même Triebensee, utilise une instrumentation extrêmement originale. Écrit en 1806, il était destiné à la princesse Léopoldine, mère du prince de Liechtenstein et talentueuse pianiste. Le titre de «Concertino» (soit : petit concerto), genre assez mal défini au demeurant, ne désigne pas ici une pièce solistique brève et virtuose comme c’est souvent le cas, mais plutôt une «Sérénade» ou «Parthie» en plusieurs mouvements, le terme signalant simplement son caractère concertant. À l’instar de la Sérénade en ré majeur KV 204 de Mozart ou de la célèbre Sérénade Haffner du même compositeur, qui contiennent des mouvements solistiques pour le violon proches d’un «petit concerto», la pièce de Triebensee attribue au piano un rôle prédominant dans le premier et le dernier mouvement, mais le fait, en quelque sorte, «rentrer dans le rang» dans les mouvements médians.
Outre les arrangements d’opéras et les «Originalparthieen», les «Miscellanées de musique» de Triebensee recèlent de nombreuses pièces en un seul mouvement, parmi lesquelles la Marche funèbre composée pour les funérailles du prince Aloïs de Liechtenstein à Wranau en Moravie marque une grande rupture dans l’histoire de la musique d’harmonie de la dynastie. Le successeur du défunt, Johann I, se vit en effet contraint à de sérieuses mesures d’économie notamment à la suite de l’engagement militaire de la Cour dans les guerres napoléoniennes, qui étrangla les finances du souverain, de sorte qu’il finit par dissoudre la musique d’harmonie en 1809 «sous réserve du retour à des temps plus paisibles». Lorsque, quatre ans plus tard, Johann I reforma un nouvel ensemble, Triebensee avait largement poursuivi son chemin. En 1811, il entra au service du conte Hunyady et dirigea régulièrement l’orchestre du Théâtre de Brno avant de succéder, en 1816, à Carl Maria von Weber à la tête du Théâtre de Prague. Il assuma cette fonction jusqu’à sa retraite en 1836 et mourut le 22 avril 1846 à Prague, où l’on peut visiter sa tombe au cimetière de Wolschan.
Thomas Krümpelmann
Adaptation française Catherine de Siebenthal
© Pan Classics 2001
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