Hummel, on s’en souvient (ou pas…) a écrit une quinzaine d’opéras, dont le plus « célèbre » est cette Mathilde de Guise, ici
offerte en première discographique mondiale. « Célèbre » car c’est tout simplement le seul à avoir fait l’objet d’une publication du
vivant de Hummel. Sans être le grand chef-d’œuvre oublié des années 1820, c’est là une œuvre très bien faite, dans le genre du Singspiel développé par Mozart avec sa Flûte enchantée.
On trouve d’ailleurs dans cette Mathilde deux couples assez proches de Tamino-Pamina et Papageno-Papagena.
L’histoire ? La princesse (fictive) Mathilde de Guise (une dynastie française bien réelle), dont le duc de frère veut la marier pour raisons d’état au Roi de Pologne, aime
secrètement le comte de Beaufort – le secrétaire particulier du duc ! – avec lequel il n’est naturellement pas question de se marier, fi donc, un vulgaire comte, ça n’épouse pas une princesse.
Pire, la baronne (sans nom) aime Beaufort et voudrait bien se l’épouser, ce qui ne poserait pas de problème protocolaire. Les personnages secondaires, Papageno-Papagena, sont la fille du
jardinier de Mathilde et son fiancé, deux braves péquenots bien loin des considérations métaphysiques de la haute. Bon, tout est bien qui finit bien : le roi de France, se souvenant subitement
que Beaufort a fait preuve d’un grand courage sur les champs de bataille, le fait duc et pof ! il peut épouser sa princesse sur ordonnance royale. Les deux péquenots s’épousent aussi, seule la
baronne reste le bec dans l’eau.
Ce brillant livret est signé Emmanuel Mercier-Dupaty, un Académicien élu en 1836 au fauteuil 10 devant Victor Hugo, qu’il fit ensuite tout pour empêcher d’accéder à cette
digne assemblée. Un personnage médiocre pour un livret médiocre, mais la musique de Hummel rattrape tout de sa fraîcheur et de sa vivacité. On remarque en particulier le grand nombre d’ensembles
– douze numéros sur seize, contre seulement quatre airs solos – d’une conception tout à fait mozartienne, même si la musique et l’atmosphère électrisante s’approchent plutôt des premiers
romantiques, voire du premier Verdi.
La version de 1810, en allemand, fut remaniée en 1821 et traduite en italien pour une présentation à Weimar. C’est cette dernière version que voici, en première
discographique mondiale.