- 1 Illalle, Au soir, op. 17-6
- 2 Den judiska flickans sång, Chanson de la petite fille juive
- 3 N° 1 : Svarta rosor, Les roses noires
- 4 N° 2 : Men min fågel märks dock icke, Mais mon oiseau tarde à revenir
- 5 N° 3 : Bollspelet vid Trianon, Soupirez, roseaux, soupirez
- 6 N° 4 : Säv, säv, susa
- 7 N° 5 : Marssnön, La neige de mars
- 8 N° 6 : Demanten på Marssnön, Le diamant sur la neige de mars
- 9 Jag är ett träd, Je suis un arbre, op. 57-5
- 10 Necken, Ondine, op. 57-8
- 11 N° 1 : Den första kyssen, Le premier baiser
- 12 N° 2 : Lasse liten, Lasse le petit
- 13 N° 3: Soluppgång, Lever du soleil
- 14 N° 4 : Var det en dröm?, N'était-ce qu'un rêve?
- 15 N° 5 : Flickan kom ifrån sin älsklings möte, Le rendez vous amoureux
- 16 Vem styrde hit din väg?, Qui t'a amené ici?, op. 90-6
- 17 Norden, Le Nord, op. 90-1
- 18 N°1 : Lenzgesang, Chant de printemps
- 19 N° 2 : Sehnsucht, Envie
- 20 N° 3 : Im Feld ein Mädchen singt, Dans le champs chante une jeune fille
- 21 N° 4 : Aus banger Brust, D'un cœur anxieux
- 22 N° 5 : Die stille Stadt, La ville silencieuse
- 23 N° 6 : Rosenlied, Le chant de la rose
- 24 Våren flyktar hastigt, Le printemps s'envole vite, op. 13-4
- 25 Under strandens granar, Sous les sapins, op. 13-1
À propos
Au soir, op. 17 n° 6
Chanson de la petite fille juive, extrait du Festin de Balthazar
Tennis à Trianon
Qui t'a amené ici ?, op. 90 n° 6
Le Nord, op. 90 n° 1
Je suis un arbre, op. 57 n° 5
Ondine, op. 57 n° 8
Le printemps s'envole vite, op. 13 n° 4
Sous les sapins, op. 13 n° 1
Six mélodies, op. 36
Les roses noires - Mais mon oiseau tarde à revenir - Soupirez, roseaux, soupirez - La neige de mars - Le diamant sur la neige de mars
Cinq mélodies, op. 37
Le premier baiser - Lasse le petit - Lever du soleil - N'était-ce qu'un rêve ? - Le rendez-vous amoureux
Six mélodies, op. 50
Chant de printemps - Envie - Dans le champ chante une jeune fille - D'un cœur anxieux - La ville silencieuse - Le chant de la rose Katarina Karnéus, mezzo-soprano
Julius Drake, piano
JEAN SIBELIUS
En dehors d’une fascination constante pour le défi que représentent les symphonies, l’art de Sibelius connaît trois sources d’inspiration : la première, le paysage nordique que l’on retrouve dans tous les genres auxquels il a touché ; la seconde, le riche héritage de la mythologie finlandaise concentrée dans le Kalevala dont il a tiré une création fertile, du Cygne de Tuonela au début de sa carrière à Tapiola qui marque la fin de ses compositions ; et la troisième, la musique de la poésie naturelle de la langue suédoise vers laquelle il fut tant attiré. Les poèmes symphoniques figurent parmi les secrets les mieux gardés du répertoire et représentent un immense trésor.
La grande majorité de ces poèmes symphoniques sont en suédois, langue de son enfance. Sibelius n’a en effet commencé à apprendre le finlandais qu’à l’âge de huit ans pour préparer son entrée dans la première école primaire finlandaise du pays, la Hämeenlinna Soumalainen Normaalilyseo. Avec le Traité de Tilsit, la Finlande a été rattachée à l’empire Tsariste, mais les Russes ont continué à administrer le pays, devenu le « Grand Duché de Finlande », selon le service civil existant qui avait été mis en place pendant les six cents ans de la période suédoise. Par conséquent, le suédois est resté la langue du gouvernement, parallèlement au russe, et le privilège des classes instruites, le finlandais étant la langue du peuple. Dans l’école que suivit Sibelius, l’enseignement pouvait être fait en langue vernaculaire, et non uniquement en Suédois et en Latin. Ce fut donc la première occasion pour lui de découvrir la poésie populaire finlandaise qui devait autant inspirer par la suite sa musique orchestrale. Mais sur la centaine de poèmes symphoniques à laquelle viennent s’ajouter les quelques trois douzaines de projets supplémentaires, peu furent consacrés à des textes de poètes suédois. Soit dit en passant, plusieurs des projets portaient sur le même poème. Une des premières œuvres poétiques qu’il met en musique est un texte de Runeberg, Serenad (Sérénade) (1888). De la même période sont issus des morceaux comme Näcken (Ondine), avec accompagnement au violon, violoncelle et piano (1888), sans rapport aucun avec l’arrangement de l’Op. 57 N° 8 sur ce CD Skogsrået (La Nymphe des bois) (1888/9) d’après un texte de Viktor Rydberg et un autre morceau d’après Rydberg, Höstkväll (Soir d’automne), totalement différent de l’arrangement de 1903, Op. 38 N° 1. (Cf. Robert Keane : "Höstkväll - two versions ?" Finnish Musical Quarterly, 1990).
Les Sept mélodies de l’Op. 13 datent du début des années 1890, et les dernières, les Six mélodies d’après des textes de Runeberg de l’Op. 90, ont été composées à partir de 1917 alors que Sibelius se débattait avec la Cinquième symphonie et que la Finlande était au bord de la guerre civile. Il y a eu d’autres poèmes symphoniques plus tardifs, mais quoi qu’il en soit, sa contribution au répertoire du romans commence plus de dix ans avant la Première symphonie et s’achève juste avant la troisième et dernière version de la Cinquième symphonie – bien avant ses quatre dernières œuvres majeures que sont les Sixième et Septième symphonies, Tapiola et La Tempête. (Le terme romans est l’équivalent suédois de l’allemand Lied ou du français mélodie.)
Presque un quart des poèmes symphoniques de Sibelius sont des arrangements de textes de Johan Ludvig Runeberg (1804-1877), le célèbre poète finlandais qui écrivait en Suédois et, sans aucun doute, le poète favori de Sibelius. L’ensemble de l’Opus 13 s’inspire de Runeberg et a été créé dès le début des années 1890 : ces poèmes symphoniques ont en effet été cités dans la presse dès 1892, c’est-à-dire la même année que celle de la symphonie Kullervo qui connut un immense succès. Ils comprennent Våren flyktar hastigt (Le printemps s’envole) et Under strandens granar (Sous les sapins), le dernier ayant été composé pendant sa lune de miel à Monola à Lake Pielsjärvi au cours de l’été 1892. Le poème de Runeberg a quelque chose qui relève de l’esprit d’une ballade populaire : il raconte comment une ondine séduit un beau jeune homme en revêtant divers déguisements. L’arrangement de Sibelius utilise quelques récitatifs librement conçus et le piano est manifestement pensé en termes orchestraux. Son compagnon sur ce disque, Våren flyktar hastigt est une des plus parfaites miniatures dont les phrases souples et malléables suggèrent la nature passagère des saisons.
L’Opus 17 a été écrit à divers moments entre 1892 et 1902 ; il comprend Illalle (Au soir) (1898) *, une de ses rares compositions en finlandais et un des plus lyriques et des plus touchants de ses poèmes symphoniques. Il est parfois chanté également en suédois, sous le titre Om kvällen. Ce poème est marqué par une grande pureté de ligne, une parfaite simplicité et une totale harmonie des moyens et des fins. L’accompagnement s’en tient aux harmonies les plus simples et l’arrangement du langage est guidé par sa propre musique verbale. Il n’est pas nécessaire d’avoir une connaissance particulière de la langue pour s’apercevoir que Sibelius a eu une approche différente concernant la voix lorsqu’il a réalisé l’arrangement en finlandais. La ligne vocale semble porter une bonne part de la musique de la langue elle-même : écouter Illalle en suédois est une expérience tout à fait différente. Le finlandais est une langue à déclinaison, riche en sons vocaliques, et ces poèmes reflètent la confiance croissante de Sibelius à la manipuler. Jusqu’au début des années 1890, Sibelius faisait encore quelques fautes en écrivant le finlandais.
Les poèmes de l’Opus 36 sont parmi les plus connus qu’ait composés Sibelius.
Svarta rosor (Roses noires) est sans doute le plus connu d’entre tous et la fascination qu’il provoque repose sur la façon dont l’atmosphère s’assombrit lors du passage « ty sorgen
har nattsvarta rosor » (« car le chagrin a des roses aux pétales noirs »). Cette expression est placée en seconde position de l’accord en ut dièse mineur avant de passer en ut
majeur. Mais bien qu’il s’agisse d’un excellent morceau et qu’il mérite sa popularité, il fait pâle figure en comparaison du deuxième poème du groupe, Men min fågel märks dock icke (Mais mon
oiseau tarde à rentrer), autre arrangement de Runeberg. Ce dernier possède une simplicité de paroles, une atmosphère immédiate et une portée mélodique pure qui lui valent une place de choix
dans le panthéon Sibélien. Le lyrisme naturel de Runeberg semble apporter une réponse à la plus profonde veine d’inspiration de Sibelius, car Men min fågel märks dock icke, n’est pas
seulement un de ses morceaux les plus parfaits, mais également un des poèmes symphoniques les plus beaux du répertoire romans. Dans son étude définitive de cinq volumes portant sur le
compositeur, Erik Tawaststjerna signale que la figure montante qui en fait l’ouverture « rappelle presque l’ouverture du Cygne de Tuonela et que, bien entendu, le poème lui-même
commence par une référence à un cygne ! ». Karl Ekman date ces poèmes de 1899 mais cela ne vaut que pour les trois premiers. Fazer and Westerlund, l’éditeur d’Helsinki, a acheté Svarta
rosor pour la somme considérable de 370 marks finlandais d’alors, et il est évident que Men min fågel et Bollspelet vid Trianon étaient compris dans le lot.
Bollspelet vid Trianon (Tennis au Trianon) est inspiré d’un poème de Fröding, un des plus grand poètes romantiques suédois du dix-neuvième siècle, et ce poème a su toucher Sibelius de
façon particulière puisque la partie au piano a une finesse que l’on ne retrouve pas toujours dans son œuvre. Bollspelet vid Trianon fait montre d’un raffinement considérable dans la
manipulation du contraste et l’alternance entre un style récitatif et un style pastoral pastiche. Il y a en outre, en fond, un mauvais pressentiment à l’approche de la révolution.
Pour les deux derniers poèmes de l’Opus 36, Marssnön (La neige de mars) et Demanten på Marssnön (Le diamant sur la neige de mars), Sibelius s’est tourné vers Josef Julius Wecksell (1838-1907), poète finlandais qui écrivait en suédois et dont les travaux ont une touche de Heine. Certains ont dit qu’il y avait en lui un peu de l’intensité de Shelley bien qu’il soit tombé dans la folie relativement jeune. Les deux poèmes ont pour thème la Mort jetant son ombre au moment de l'accomplissement.
L’Opus 37 comprend deux arrangements de poèmes de Runeberg : Den första kyssen (Le premier baiser) et Flickan kom ifrån sin älsklings möte (Le rendez-vous amoureux), parfois
traduit par « La jeune fille revient d’un rendez-vous avec son fiancé ». Comme toujours lorsque Sibelius se base sur des poèmes de Runeberg, le langage musical est direct et se
concentre sur un accompagnement fonctionnel au piano qui assure le support de fond harmonique.
Den första kyssen a été écrit pour Ida Ekman, mère du premier biographe du compositeur, Karl Ekman, et interprète éloquente de ses poèmes. (C’est elle qui, accompagnée par Hanslick, a
interprété un de ses poèmes devant Brahms en 1895). Den första kyssen, soit dit en passant, date de 1900 et non de 1898 comme l’affirment Ekman, Solanterä et les précédentes éditions de ma
propre monographie Master Musicians.
Lasse liten (Lasse le petit) date de 1902, de même que Soluppgång (Lever du soleil) – une fois encore, des recherches récentes ont permis de revoir la datation qui était acceptée
jusqu’alors. En mai 1902, Sibelius évoque ses travaux sur Soluppgång de Tor Hedberg dans les termes suivants « un poème léger mais riche en atmosphère ». Et c’est effectivement
le cas, ce poème symphonique transcrit avec une grande finesse l’état d’esprit de Sibelius. Lasse liten a essuyé des critiques pour son accompagnement bas, presque exclusivement en clé de
Fa. Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, son rythme subtil, tellement en harmonie avec le rythme des vers de Topelius, apporte une note de conviction, et les couleurs sombres
évoquées donne une idée de l’immensité du monde avec tous les dangers qui peuvent exister hors des bras maternels protecteurs.
L’allemand était, bien entendu, la première langue étrangère de Sibelius (il n’avait que quelques notions de français ou d’anglais) et il était naturel qu’au moment où l’Allemagne commençait à
réserver un bon accueil à sa musique au début du siècle, il oriente son Opus 50 vers une langue majeure. Deux des poèmes de l’ensemble, Im Feld ein Mädchen singt (Dans le champs chante
un jeune fille) et Die stille Stadt (La ville silencieuse) font partie de ses plus grands poèmes.
Lenzegesang (Chant de printemps), selon un poème de Fitger, souffre d’un accompagnement au piano d’un registre trop faible, qui ne se mélange pas réellement avec la voix, mais la partie
vocale en elle-même possède charme et exubérance, de même bien entendu que le morceau qui suit Sehnsucht (Envie). Celui-ci a la simplicité et le poli des plus beaux arrangements suédois et
l’accompagnement au piano est touchant par son côté à la fois direct et économe. La partie au piano, des accords syncopés légèrement esquissés, donnent à ce morceau un pathos particulier.
Le premier des arrangements d’après Dehmel, poète apprécié de Mahler, Aus banger Brust (D’un cœur anxieux) est passionné et Sibelius l’a ensuite mis en musique, mais le véritable
chef-d’œuvre ici est le poème qui l’accompagne, Die stille Stadt. Celui-ci possède la concentration et l’atmosphère d’un poème tonal : en effet, sa sérénité, sa beauté et le sentiment de
bien-être qui en ressort le démarquent des autres. C’est un morceau trop souvent négligé qui possède une grande distinction et un grand raffinement en matière de sentiments et dont les légers
changements d’harmoniques résonnent dans la mémoire.
Le dernier poème de l’ensemble, Rosenlied (Le chant de la rose)), bien qu’il ne s’inscrive pas dans la même lignée, possède un immense charme et un rythme quasi viennois. Les poèmes de
l’Opus 50 ont été composés à partir de 1906, année au cours de laquelle il a également créé la fantaisie symphonique La fille de Pohjola et la musique de la pièce de Hjalmar
Procopé, Belshazzar's Feast. C’est de cette dernière qu’est tiré Den judiska flickans sång (La chanson de la jeune fille juive). Morceau touchant et contemplatif, il est plus connu
que « Solitude » qui appartient à la même suite que Sibelius créa plus tard la même année.
Ernst Josephson (1851-1906) n’était pas uniquement un poète mais également un peintre. Il a passé la majeure partie de sa vie en France et a étudié avec Manet, ses peintures ayant en quelque
sorte éclipsé ses talents de poète. Les sept poèmes symphoniques inspirés de Josephson sont composés à partir de 1909, la même année que la création du quatuor à cordes Voces intimae. Le
plus beau des sept est de loin le cinquième, Jag är en träd (Je suis un arbre), qui s’illustre par un sens du vers bien plus vigoureux et une atmosphère tout à fait caractéristique.
Näcken (Ondine) est également intéressant pour ses moments dramatiques de poésie sombre.
Pendant la guerre de 1914-18, Sibelius fut privé de la rente qu’il recevait et composa un grand nombre de miniatures dont quatre ensemble de poèmes symphoniques, les Opp. 72, 86, 88 et 90, la
dernière d’après des textes de Runeberg.
Le premier morceau de l’Opus 90 est le plus célèbre du groupe : Norden (Le Nord) qui, comme toute la poésie de Runeberg sur la nature, trouve un écho particulier dans l’inspiration
du compositeur. Un style régulier et légèrement syncopé est maintenu en permanence et permet de centrer l’attention sur les harmonies changeantes et l’éloquence de la ligne vocale.
ROBERT LAYTON
Traduction Atlas Translations
© Hyperion 2002
* Le nom du poète était Forsman en suédois mais Koskimies en finlandais et, ici, les deux formes sont utilisées avec un trait d’union. Nombreux sont ceux qui ont adapté leur nom pendant les années 1890 alors qu’ils faisaient campagne pour donner à la langue finlandaise un meilleur statut. Par exemple, le peintre Axel Gallén, ami de Sibelius est devenu Aksel Gallén-Kallela.







