Daniel Danielis Le Banquet Céleste (Cæleste Convivium)
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ALBUM : 1 disque - 11 pistes - Durée totale : 01:18:50
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  1. 1 Propter nimiam charitatem Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  2. 2 Ornate aras Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  3. 3 O bonitas, o amor! Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  4. 4 Ad arma fideles Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  5. 5 Obstupescite omnes Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  6. 6 O! o salutaris hostia! Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  7. 7 Ad fontes amoris Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  8. 8 Venite et videte Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  9. 9 Super flumina Babylonis Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  10. 10 Ad gaudia coeli Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha
  11. 11 Quo tendimus mortales? Ensemble Pierre Robert, Performer - Frederic Desenclos, Performer - Daniel Danielis, Composer - Copyright : 2002 Alpha

À propos

Danielis : Le Banquet Céleste / Ensemble Pierre Robert - Frédéric Desenclos, orgue et direction
Détails de l'enregistrement original : 78:54 - DDD - Enregistré en novembre 2002 en l'église Saint-Rémy de Dieppe
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Daniel Danielis (1635-1696)

Le Banquet Céleste (Cæleste Convivium), onze motets à 3 voix & basse continue
Propter nimiam charitatem
Ornate aras
O bonitas, o amor !
Ad arma fideles
Obstupescite omne
O ! o salutaris hostia !
Ad fontes amoris
Venite ed videte
Super flumina Babylonis
Ad gaudia cæli
Quo tendimus mortales ?
Ensemble Pierre Robert
Francine van der Heijden & Johannette Zomer, dessus
Marcel Beekman, haute-contre
Robert Getchell, taille
Robbert Muuse, basse
Emilia Gliozzi, violoncelle
Laurent Le Chenadec, basson
Direction & orgue Frédéric Desenclos
Le Cæleste Convivium (Le Banquet céleste), véritable joyau du petit motet français, est un recueil de 11 motets à 3 voix et basse continue réunis par Sébastien de Brossard, probablement au cours de l'année 1696. Ce recueil resta manuscrit et inachevé à la suite de la mort de son auteur et vraisemblablement du départ de Brossard de la cathédrale de Strasbourg pour celle de Meaux.
Les textes littéraires de 6 motets proviennent des cantiques pour les principales fêtes de l'année (1685) de Pierre Portes, chanoine de Saint-Chamond, mis en musique par d'autres compositeurs tels que Bernier, Charpentier ou Couperin. Quatre textes n'ont pu être identifiés, une seule pièce fait appel à un texte liturgique (Super flumina Babylonis).
Il s'agit là d'un ensemble de motets parmi les plus aboutis de son temps où l'on décèle, fait unique dans la production française, une influence germanique évidente due à vingt années passées en Allemagne du Nord où Danielis a pu côtoyer des musiciens tels que Buxtehude dont il s'est imprégné du langage.
Daniel DanielisRoch Jamelot

    Caeleste convivium (le Banquet céleste) est le nom d’un recueil de 11 petits motets à 3 voix et basse continue de Daniel Danielis réunis par Sébastien de Brossard, probablement en 1696 ; Danielis était alors maître de chapelle à la cathédrale de Vannes.

    Né à Visé dans le pays de Liège, en 1635, Danielis débute sa carrière musicale comme organiste de la cathédrale Saint Lambert de Liège en 1657. En 1658, il entre au service du duc Gustave-Adolphe de Mecklembourg-Güstrow en qualité de chanteur puis exerce très rapidement les fonctions de maître de chapelle de 1661 à 1681. Après avoir présenté, en vain, le concours organisé en 1683 pour la succession de Henry Du Mont et Pierre Robert à la chapelle Royale de Versailles, on le retrouve, au début de l’année suivante, maître de chapelle de la cathédrale de Vannes, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort survenue le 17 septembre 1696.

    Aucune des nombreuses œuvres de Danielis ne fut publiée de son vivant et une grande partie a disparu. Pourtant, sa notoriété et le goût que l’on manifestait pour ses compositions encore longtemps après sa mort étaient si grands que l’on retrouve nombre de ses motets copiés plusieurs fois, parfois transposés selon les besoins et les moyens dont disposaient les destinataires de ces copies ; certaines d’entre elles sont postérieures à 1742.

    Parmi les 72 motets qui nous sont parvenus, les 11 motets de cet enregistrement, qui figurent tous par ailleurs dans d’autres sources (six versions ont été retrouvées du motet Ad arma fideles), furent recopiés par Sébastien de Brossard dans ce recueil intitulé Caeleste convivium, comprenant également un Bone pastor de Marc-Antoine Charpentier et deux motets, incomplets dans cette source, de Brossard lui-même.

    Le titre de ce recueil et l’idée de réunir ces motets reviennent-ils à Brossard ou à Danielis lui-même ? La question demeure. Il est fort probable qu’il puisse s’agir d’un projet d’édition. Brossard, alors maître de chapelle de la cathédrale de Strasbourg, s’intéressait beaucoup à l’édition musicale et connaissait les éditeurs alsaciens ainsi que Christophe Ballard chez qui il venait de faire paraître en 1695 son premier volume de motets. Toutefois, la mort de Danielis survenant, ce projet resta inachevé. Il aura fallu attendre l’édition toute récente de Jean Duron en 2001, pour voir enfin se concrétiser ce projet entrepris trois siècles auparavant. C’est sur cette édition critique (Editions du Centre de Musique Baroque de Versailles CMBV 036) que s’appuie cet enregistrement.

    Pour garantir l’unité de ce recueil, ce qui a présidé au choix de ces motets est, d’une part, leur effectif —3voix et basse continue— d’autre part, le thème des textes sur lesquels ils sont composés : l’eucharistie, la présence du Christ dans l’hostie consacrée et l’invitation faite à tous de participer à ce sacrement.

    Aucune indication n’est donnée sur l’auteur de ces textes. Selon Jean Duron, certains de ces poèmes, les Cantio I, II, III, V, VI, VII, ont été composés d’après des extraits des Cantiques pour les principales fêtes de l’année de Pierre Portes, textes qui eux-mêmes sont écrits d’après divers passages des Saintes Écritures. Le Cantio IX est construit sur le début du psaume 136, Super flumina Babylonis, avec quelques aménagements du texte. Les sources des Cantio IV, VIII, X, XI, n’ont pas pu être identifiées jusqu’à présent.

    Bien que ces poèmes s’inscrivent tout à fait dans le style sensible des textes de dévotion de l’époque, on peut néanmoins être frappé par la richesse du vocabulaire ayant trait aux cinq sens et aux émotions. C’est à un festin que nous sommes conviés, à une table salutaire pour festoyer avec ses amis, pour goûter, savourer, se nourrir d’un aliment immortel, délicieuse liqueur, se rassasier et reprendre des forces. C’est à une fête que nous sommes pressés d’accourir, qui résonne de chants délicieux, de chants d’allégresse, d’applaudissements joyeux, de louange sonore, de cithares et de flûtes. C’est devant l’immensité suprême que nous sommes exhortés à l’admiration et à l’émerveillement et c’est dans un paradis tout de charme, décoré de couronnes d’or, où règne la splendeur et la lumière que nous serons illuminés. Face à la tourmente, la peur, l’angoisse, nous sont offerts la délivrance, le bonheur, la joie, la douceur. C’est devant ce miracle de bonté que le cœur soupire d’amour, s’embrase, exulte et jubile.

    Danielis ne se contente pas d’illustrer ces poèmes, il leur donne une respiration, un mouvement tout à fait personnel, variant les mesures, les tempi, alternant les solos et les ensembles, contrastant les élans de jubilation riches en vocalises avec les moments de recueillement et d’adoration où le temps paraît soudainement suspendu, comme dans le O stupor ! O bonitas du Cantio II.

    À l’écoute de cette œuvre, l’auditeur est amené, insensiblement, dans cette progression étonnante que représente le Caeleste convivium : commençant, avec le premier solo de Basse, à la manière d’un prologue présentant le décor initial, se poursuivant par des invitations débordantes de joie, il est amené à traverser le combat spirituel (Cantio IV). Puis, la joie, toujours présente, se fait petit à petit plus intérieure, plus profonde, au tempo moins rapide. Au Cantio IX, c’est l’heure de réaliser qu’une autre terre attend le pèlerin, pour finalement (Cantio X et XI) rompre les liens inutiles et, le regard tourné vers l’au-delà, dans le détachement, rejoindre l’amour infini.

Roch Jamelot
© Alpha 2003 – Reproduction interdite


Note de l’interprète


    Dans l’introduction à l’édition du Banquet Céleste (éditions du CMBV), Jean-Yves Hameline résume parfaitement l’éloquence et la dimension, dans leur contexte, de ces textes spirituels :
    Mis à part les cinq premiers versets du psaume 136, Super Flumina Babylonis, les onze textes réunis pour former le Cæleste convivium ne s’écartent guère des thèmes et des expressions courantes à l’époque de sa composition en matière de lyrisme eucharistique. Il s’agit là, bien sûr, d’une littérature de dévotion, très spécifiée dans ses contenus, son ethos vocal et linguistique, son site d’élection, qui reste exemplairement la scène sacrée de l’élévation ou de l’exposition du Saint Sacrement. Un certain caractère outré des sentiments exprimés fait normalement partie du propos, exaltant la magnificence du don eucharistique et, de manière paradoxale, faisant apparaître par son excès même l’éloignement où son insensibilité trop habituelle tient le fidèle, amené ainsi à « feindre au profit du vrai ». Fiction que la musique et le chant actualisent dans le site même, à la vue des autels, comme un bien réel de la foi, et dont on peut dès lors attendre le déclenchement d’une violente émotion de piété, selon l’expression très augustinienne de Lecerf de la Viéville.
    Lyrisme eucharistique… magnificence… violente émotion de piété… Danielis traduit musicalement à merveille l’exaltation permanente qui nourrit ces textes.

    Musicalement, on ne peut qu’être admiratif d’une si grande qualité d’écriture constamment renouvelée et destinée à un effectif toujours semblable. Dans un même motet, la diversité est de mise sans jamais nuire à sa cohérence (sept climats différents, par exemple, dans le Cantio III), diversité aussi de l’écriture dont Danielis maîtrise tous les procédés et sait ménager les effets (Et mortui ad vitam resurgunt, Cantio I) alternant densité expressive du discours (Quem adorant angeli, Cantio VIII) et virtuosité rutilante (Ornate aras, Cantio II).

    Né 25 ans après Henry Du Mont dans le pays de Liège, Daniel Danielis a su fusionner trois influences stylistiques, française, italienne et allemande. S’il n’est pas nécessaire de s’attarder sur les deux premières tant il est établi qu’elles sont historiquement entrelacées, objets de nombreux débats ou querelles tout au long de l’époque baroque, l’influence allemande, en revanche, me semble assez intéressante à évoquer.
    La révocation de l’Édit de Nantes (1685) a eu pour effet d’exiler en Allemagne nombre de musiciens français d’origine huguenote, contribuant finalement à y faire rayonner la culture française. On parle français à la Cour de Celle, l’ouverture et les suites de danse à la française se répandent, Johann Sebastian Bach recopie le Livre d’orgue de Nicolas de Grigny… Les exemples abondent, ce qui n’est évidemment pas le cas des apports germaniques en France.
    L’œuvre de Froberger est souvent citée comme une synthèse d’éléments stylistiques, allemands, français et italiens, mais elle est antérieure et entièrement dévolue au clavier. On peut alors également considérer Danielis, compositeur de musique sacrée, comme un rare héritier de cette triple influence.
    Vingt-trois années passées en Allemagne du Nord, à une période particulièrement féconde, l’ont bien évidemment influencé et des ressemblances transparaissent. La répétition intégrale d’une strophe est courante chez Buxtehude ; nous retrouvons le même procédé dans la plupart des motets du Banquet Céleste (O amor !, o bonitas !… dans le Cantio III) structurant encore davantage l’œuvre.
    Une rythmique très élaborée, avec un emploi particulièrement subtil des hémioles dans des mouvements ternaires bondissants, liée à une grande clarté du discours, milite aussi pour une influence allemande ; on pourrait ajouter l’utilisation très fréquente de phrases en écho et une grande aisance contrapuntique jamais forcée, toujours naturelle.
    De façon plus générale, il convient de souligner les contrastes permanents, mélodiques et rythmiques (le Cantio V en est une belle illustration), un art consommé de la dissonance, une palette harmonique étendue.

    À chacun maintenant de goûter la richesse de cette œuvre récemment redécouverte, qui s’avère être un des joyaux du patrimoine musical français.

Frédéric Desenclos
© Alpha 2003 – Reproduction interdite



Les interprètes


Ensemble Pierre Robert

    Créé à l’initiative de Frédéric Desenclos, l’Ensemble Pierre Robert se destine à l’interprétation du répertoire du motet français à petit effectif, et plus spécifiquement aux œuvres pour voix d’hommes soutenues par un continuo réalisé au grand orgue, chaque fois que l’instrument le permet.
    Le nom de l’ensemble rend hommage au sous-maître de la chapelle du roi, qui partagea cette charge avec Henry Du Mont de 1662 à 1683. Fort apprécié à son époque, Pierre Robert est depuis resté injustement dans l’oubli, comme bon nombre de ses contemporains ayant composé quantité de motets que l’ensemble souhaite faire revivre.
    Depuis sa création, l’ensemble a été l’invité du Festival Couperin de Champs sur Marne, du Festival d’Art Sacré de Paris, des Académies Bach d’Arques-la-Bataille, du festival de St-Michel-en-Thiérache, mais aussi de Colla Voce (Poitiers), de l’Automne musical du Château de Versailles et du Festival de Piano de La Roque d’Anthéron.
    Son premier enregistrement consacré à Henry Du Mont paru chez Alpha, Motets pour la Messe du Roy, a été salué par la critique (ffff de Télérama, Recommandé par Classica, 5 de Diapason, 4 étoiles du Monde de la Musique, CD du Mois Amadeus). L’automne 2004 voit la publication des Motets pour voix d’hommes de François Couperin (Radio France / Tempéraments) et de Caeleste Convivium de Daniel Danielis (Alpha).


Frédéric Desenclos

   &Issu d’une famille de musiciens, Frédéric Desenclos travaille l’orgue auprès de Gaston Litaize et d’André Isoir, remporte les premiers prix d’orgue et complète sa formation par des études d’écriture et d’histoire de la musique au C.N.S.M. de Paris ainsi que de clavecin et de musique de chambre. Lauréat de l’European Organ Competition de Bolton (Grande-Bretagne 1992) et de l’Internationale Orgel Konkurrence d’Odense (Danemark 1994), Frédéric Desenclos est organiste à la Chapelle royale de Versailles et professeur d’orgue à l’Ecole Nationale de Musique d’Orsay et au Conservatoire National de Région de Versailles.
   &Son intérêt pour la pratique de la basse continue et sa connaissance de la musique française l’amènent à prendre les fonctions d’organiste-continuiste au Centre de Musique Baroque de Versailles.
   &Son activité de concertiste le conduit à participer à de nombreuses manifestations musicales prestigieuses : Amsterdam, Haarlem, Denver, Gent, La Roque d’Anthéron, Maastricht, Nantes, Poitiers, Saintes, St-Michel-en-Thiérache, Toulouse, Versailles, Zaragoza...
   &Une large part de son activité discographique est consacrée au répertoire baroque qu’il a enregistré pour différentes firmes dont Alpha, Auvidis, Hortus, Emi-Virgin Classics.

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