- 1 Andante
- 2 Variations sur un menuet de Duport en ré majeur K.573
- 3 Fantaisie en ut mineur K.475
- 4 Allegro molto
- 5 Adagio
- 6 Allegro assai
- 7 Fantaisie en ré mineur K.397
À propos
Rondo en la mineur, K.511 - Variations sur un menuet de Duport en ré majeur, K.573 - Fantaisies en ré mineur, K.397 & ut mineur, K.475 - Sonate en ut mineur, K.457Anne Quéffelec, piano
ANNE QUEFFÉLEC
Après avoir obtenu au Conservatoire de Paris les premiers prix de piano et de musique de chambre, Anne Queffélec reçoit à Vienne l’enseignement de Alfred Brendel.
À la suite des succès qu’elle remporte dans les célèbres concours internationaux de Munich (premier prix à l’unanimité en 1968) et Leeds (prix en 1969), sa carrière prend une dimension internationale. Elle joue en récital dans les plus importantes salles d’Europe, du Japon, à Hong-Kong, au Canada, aux Etats-Unis, ou invitée par les grands orchestres (London Symphony, London Philharmonic, BBC Symphony, Academy of Saint-Martin in the Fields, Tonhalle de Zurich, Orchestres de chambre de Pologne, Lausanne, Tokyo NHK Orchestra, Hong-Kong Philharmonic, Orchestre National et N.O.P de Radio France, Strasbourg, Lille etc…) sous la direction de chefs tels que Boulez, Gardiner, Jordan, Skrowacewsky, Casadesus, Lombard, Guschlbauer, Zecchi, Foster, Holliger, Janovsky…
Elle est aussi engagée par les principaux festivals en France (Strasbourg, Bordeaux, Dijon, La Roque d’Anthéron, La Grange de Meslay). En Angleterre où elle est l’une des interprètes les plus sollicitées, elle joue à plusieurs reprises aux célèbres « Proms » de l’Albert Hall à Londres, aux festivals de Bath, Swansea, King’s Lynn, Cheltenham. Elle a participé à la bande du film « Amadeus » de Milos Forman sous la direction de Sir Neville Marriner. En 1990, Anne Queffélec est couronnée « Meilleure interprète de l’année » aux Victoires de la Musique. Passionnée de pédagogie, elle donne régulièrement des master-classes en France, en Angleterre et au Japon.
Anne Queffélec figure parmi les pianistes les plus aimés de sa génération. Son art s’est exprimé très tôt dans un répertoire très éclectique comme en témoigne son importante discographie (plus d’une trentaine d’enregistrements parus chez Erato, RCA, Virgin Classics consacrés à Scarlatti, Liszt, Chopin, Schubert, Mozart, Fauré, Debussy). Ses disques consacrés à Satie sont des best-sellers de Virgin Classics chez qui elle a enregistré l’intégrale de l’œuvre pour piano seul de Ravel, ainsi que celle de Dutilleux.
Les œuvres enregistrées ici, écrites pour la plupart en tonalité mineure et traversées par le sentiment tragique de la vie, se tournent davantage vers l’ombre que vers la lumière. Pourtant,
au-delà de la distinction sommaire des modes majeur-mineur et des caractères de drame ou de bonheur qu’on tend à leur attacher, règne dans la musique de Mozart une subtile et profonde ambiguïté :
cet univers radieux qui exprime si irrésistiblement la jubilation, l’effervescence printanière, la juvénile excitation d’exister, qui pourrait être une métaphore musicale du paradis, pourquoi
nous étreint-il le cœur tout à coup par un chant si simple qu’il en serait pauvre chez un autre ?
Le miracle de cette simplicité, si inexplicablement puissante dans sa nudité, fait parler souvent du «divin» Mozart. Pourtant, dans sa musique, l’humain et le divin, loin de se séparer, se
rejoignent. Mozart est homme, femme, enfant, il rassemble l’universalité des cœurs dans sa lumineuse fraternité. Car il sait tout de nous, les plus secrets mouvements de notre âme, nos rires, nos
pleurs, nos peurs, nos griseries, nos élans, nos abandons, nos espoirs, nos enfances enfuies. Il nous révèle à nous-mêmes par certaines phrases musicales qui nous font tressaillir physiquement,
et rester comme en arrêt face à ce que nous reconnaissons. Oui, nous sommes chez lui en pays de connaissance. Être connu de Mozart, quel cadeau ! Quand on est tenté de désespérer de soi-même et
de l’être humain, il est bon de se rappeler que nous appartenons à la même espèce, lui et nous. Qu’un être humain en forme de Mozart ait existé console et répare bien des vilenies…
Notre monde virtuel et désenchanté est cannibale d’esprit d’enfance, d’émerveillement, tueur d’innocence. Le cristal de Mozart nous rend cette innocence, heureuse transparence d’une âme sans
retour sur elle-même. Mozart nous enchante, nous ravit. Il nous verse le lait et le miel de la tendresse humaine par-delà le bruit et la fureur. Sa musique donne envie de dire merci, comme s’il y
avait dans cette lumière une chance de salut. Si une beauté doit sauver le monde, c’est la sienne, car elle touche ce point du cœur qui est peut-être la source de l’amour en nous. Qui, mieux que
Mozart, l’enfant qui questionnait passionnément « M’aimez-vous ? » sait « che cosa è amor » ?
Comme sa vie, qui fut marquée par une succession de crises déchirantes et de merveilleuses éclaircies, la musique de Mozart, dans sa prodigieuse diversité, mêle et oppose légèreté espiègle et austérité pathétique, élégance rêveuse et âpreté tragique. Lui-même se disait d’ailleurs toujours partagé entre l’angoisse et la joie.
C’est apparemment dans cet état d’esprit que, le 11 mars 1787, à Vienne, il mit un point final à son Rondo pour piano en la mineur K. 511, œuvre profondément tourmentée. Si l’année 1786 s’était achevée tristement, 1787 avait débuté dans l’exaltation du triomphe des Noces de Figaro à Prague, mais de retour à Vienne en févier, Mozart, qui n’avait presque rien composé depuis deux mois, allait de nouveau subir l’indifférence du public viennois et affronter la mort qui rôdait dans son entourage. L’idée de la mort ne le quittera désormais plus. Avec le Rondo K. 511, il renouait avec la tonalité de la mineur qu’il avait abandonnée depuis la dramatique Sonate K. 310 écrite en 1778, lors du malheureux séjour parisien où il ne connut qu’échecs et tracas. Alfred Einstein a perçu dans cette page romantique avant l’heure une grande profondeur de sentiment et un clair-obscur né de l’alternance des modes majeur et mineur. La tension se libère dans des éléments chromatiques lorsque s’élèvent doucement les premières phrases, procédé largement utilisé par les pianistes romantiques. Il règne dans cette pièce fiévreuse traversée de curiosités rythmiques une certaine virtuosité et une ornementation expressive qui ne s’estompent que dans les dernières mesures poignantes.
Au printemps 1789, sur la route de Berlin, Mozart débarquait à Potsdam où il fut reçu à la cour du roi Frédéric-Guillaume II, neveu et successeur de Frédéric II. Musicien comme son oncle et violoncelliste au sein de son propre orchestre, le roi avait réuni autour de lui d’illustres musiciens, tels Boccherini, compositeur de la cour, et Jean-Pierre Duport, surintendant de la musique depuis 1786. Ce violoncelliste qui avait débuté à Paris au Concert Spirituel où on le disait «admirable» et «peut-être inimitable», créera en 1796 les Sonates pour violoncelle et piano op.5 de Beethoven. Est-ce pour gagner les faveurs de la cour par l’intermédiaire de son surintendant de la musique que Mozart, désespéré car en proie à d’insurmontables difficultés financières et familiales, composa ses Variations K. 573 ?
La variation est un genre qui le séduisit dès sa plus tendre enfance et c’est encore avec des variations, les Variations sur « Ein Weib ist das herrlichste Ding » K. 613, qu’en 1791, il mettra un terme à son œuvre de piano. Fidèle au succès du genre à l’époque, genre aimable qui comptait sur le triomphe de la virtuosité, Mozart écrivit seize cycles de variations, traitées avec une grande liberté. Les Variations sur un Menuet de Duport tirent leur thème d’un mouvement d’une Sonate pour violoncelle et basse op. 4 de Jean-Pierre Duport. Ce thème tout simple mais d’une grande élégance suscite neuf variations. Mozart y transforme et enrichit le thème, le noie dans un tissu contrapuntique, l’ornemente, le traite en rythme de chasse ou l’agrémente de petites notes légères, mais il se laisse aussi aller à des moments de grande expressivité, quasi improvisés parfois, colorés çà et là d’harmonies audacieuses.
En 1778, à Paris, Mozart avait composé trois sonates pour piano, genre auquel il ne revint qu’en 1784 avec la Sonate en ut mineur K. 457 achevée à Vienne, le 14 octobre, et dédiée à Teresa von Trattner, l’une de ses élèves les plus douées. Cette œuvre tragique a été éditée chez Artaria en 1785 avec la Fantaisie en ut mineur K. 475, terminée le 20 mai 1785 et également dédiée à Teresa von Trattner, sous le titre en français de Fantaisie et Sonate Pour le Forte-Piano, composées pour Madame Therese de Trattnern [sic] par le Maître de Chapelle W.A. Mozart. Oeuvre XI. Cet ordre de publication qu’aurait choisi Mozart lui-même, donne à penser qu’il conçut la Fantaisie comme une ouverture vers la Sonate. Apparemment libre et comme improvisée, en plusieurs mouvements enchaînés, la Fantaisie est en réalité savamment construite. La variété du discours mozartien et la hardiesse de l’harmonie sont tout à fait exceptionnelles. S’y succèdent en effet des épisodes lyriques d’un pathétique saisissant et des dessins tourmentés obsédants d’un intense contenu émotionnel, jusqu’au Più allegro nerveux qui ne s’apaisera que pour esquisser dans l’émotion le retour des accents dramatiques de l’Adagio initial.
Souvent dite «tragique» ou «romantique», en raison sans doute du ton d’ut mineur, ton bouleversant chez Mozart, la Sonate en ut mineur est une de ses sonates les plus rigoureuses, l’une des plus austères dans ses mouvements extrêmes. Dans une sorte de continuité dramatique, on y pressent la même émotion que dans la Fantaisie. Le premier thème du Molto allegro sur ses octaves arpégées déployant l’accord d’ut mineur paraît lancé par la grande gamme ascendante qui, en une mesure, vient de conclure la Fantaisie pour se perdre dans les aigus, comme une interrogation ou un appel vers la sonate. On est frappé dès l’exposition de ce premier thème par la modernité et la violence de l’expression. L’Adagio en mi bémol majeur en forme de rondo surprend par son calme intérieur et sa douceur. À chaque apparition, son refrain subit de nouvelles modifications, puis deux idées s’opposent avec une véhémence annonçant Beethoven dans le finale Assai allegro de forme sonate, l’une haletante, l’autre impérieuse et martelée.
La Fantaisie en ré mineur K. 397 aurait été achevée à Vienne en 1782, quelques mois après la rupture de Mozart avec l’archevêque de Salzbourg, Hieronymus Colloredo, dont il dirigeait la musique depuis 1773, et quelques semaines avant la création de L’Enlèvement au sérail. L’œuvre qui débute sur les effets pathétiques et violents d’un Adagio, est relativement brève mais porte la marque de l’extraordinaire faculté d’improvisation de Mozart. Aux sombres basses chromatiques de l’épisode médian, succède un Allegretto, naïf ou céleste selon Alfred Einstein, dont les dernières mesures auraient été achevées non pas par Mozart mais par une main étrangère.
Qu’elle soit expressive, ironique, énergique ou révoltée, la musique de Mozart révèle ses espoirs, ses attentes, les drames de sa vie . « Les passions, violentes ou non, ne doivent jamais être exprimées jusqu’au dégoût, et la musique, même dans les situations les plus horribles, ne doit jamais affecter l’oreille, mais la flatter et la charmer, et par conséquent rester toujours musique », a écrit Eugène Delacroix, admirateur de Mozart, faisant référence à une lettre de l’auteur de Don Giovanni.
Adélaïde de Place
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