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Benjamin Britten, 100 ans et après ?

Par François Hudry | François Hudry : Cum grano salis | 16 avril 2013
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Cent ans après sa naissance et presque quarante ans après sa disparition, que reste-t-il de l'œuvre de Benjamin Britten ? La question semble sans objet, tant ce compositeur est respecté, admiré, joué dans le monde entier. Britten a toujours su suivre son propre chemin, se fiant à son instinct, sans s'occuper des modes d'aucune sorte. Courage dans sa vie de créateur allant souvent à l'encontre des diktats du temps comme dans son intimité ; affichant son union avec Peter Pears, le compagnon et l'inspirateur de toute sa vie. Le souci de modernité est vain, voire superflu, surtout dans le cas de Britten qui n'a jamais voulu faire école ni passer pour un créateur subversif. Comme Mozart en d'autres temps, il s'est forgé un langage avec les outils à sa disposition pour pouvoir s'exprimer et faire passer ses convictions sur la justice, l'équité, le pacifisme, la beauté, pour dénoncer surtout, comme un leitmotiv infini, l'enfance bafouée et la perte de l'innocence. (photo ci-dessous : Britten en 1924, portant l'uniforme de son école) Nulle révolution dans son style, mais un catalogue important et très personnel, avec des influences qu'il faudra aller chercher dans le Moyen Âge ou le belcanto et dans certaines musiques traditionnelles, en particulier extrême-orientales.

Ballottés entre la résurrection baroque et l'assagissement des avant-gardismes de 1950, nous pouvons faire notre miel de ces personnalités diverses qui ont émaillé l'histoire de la littérature, de la peinture et de la musique au XXe siècle, sans nous sentir menacés par l'épée de Damoclès du dogme en vogue écrit fort justement Xavier de Gaulle à la fin de sa monumentale et indispensable biographie consacrée à Benjamin Britten (Editions Actes-Sud, 1996).

Auteur d'une dizaine d'opéras qu'il commence écrire à une époque où le genre commence à décliner, il crée l'English Opera Group en 1947, dans le but de susciter la renaissance de l'opéra anglais. Britten laisse beaucoup de musique vocale, souvent inspirée par la voix de Peter Pears pour lequel il compose ses oeuvres majeures. (7 Sonnets de Michel-Ange, Sérénade pour cor, ténor et cordes, Nocturne pour ténor et 7 instruments obligés, Les Illuminations). Quant à sa palette orchestrale, elle est toujours empreinte de son souci du timbre et du raffinement instrumental, y compris dans ses oeuvres pédagogiques (Faisons un opéra ou Le Petit ramoneur et Les Variations et fugue sur un thème de Purcell).

Remarquable pianiste, excellent chef-d'orchestre de sa propre musique comme de celle des autres, Britten a donné à l'Angleterre le grand compositeur qu'elle attendait depuis si longtemps. Il faut ajouter à ces nombreuses activités la création, en 1948, du célèbre Festival d'Aldeburgh, dans le Suffolk, non loin de la demeure du couple. On peut d'ailleurs visiter cette dernière avec une certaine émotion, puisqu'elle est devenue aujourd'hui un centre de documentation qui reçoit des chercheurs du monde entier. On ne manquera pas de se recueillir sur les tombes de Britten et Pears (photo ci-dessous), au bord de cette mer sombre et tourmentée que le compositeur aimait tant et qui a inspiré ses oeuvres les plus célèbres. Pour la première fois de son histoire, le Festival d'Aldeburgh est aujourd'hui dirigé par un Français, le pianiste Pierre-Laurent Aimard. Il va revêtir en cette année du centenaire un éclat tout particulier, avec des opéras, des concerts, des colloques et une exposition du 7 au 27 juin.

Vous trouverez sur votre Qobuz un guide pour vos premiers pas dans l'univers de Benjamin Britten. De quoi alimenter une discothèque de base de ses principaux enregistrements qui auront longtemps valeur de référence, puisque le compositeur anglais a gravé, pour DECCA, la presque totalité de ses oeuvres avec les meilleurs artistes et orchestres de son temps, dans des prises de son qui ont fait depuis longtemps la réputation du célèbre label anglais.

S'il fallait à tout prix voir une filiation à Britten dans l'Angleterre musicale d'aujourd'hui, il faudrait citer sans hésiter le compositeur George Benjamin, né en 1960. Comme Britten il suit sa propre voie en dehors des modes et est un excellent interprète de ses oeuvres comme de celles des autres. A la richesse d'un catalogue très personnel, George Benjamin ajoute une activité comme directeur de festival. Il est également professeur au prestigieux King's College de Londres, où il a repris la chaire de composition de... Henry Purcell.

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