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Chuck Berry est mort

Auteur de “Johnny B. Goode, Roll Over Beethoven, Sweet Little Sixteen” et “Maybellene”, il restera comme l’un des pionniers du rock’n’roll en établissant ses codes musicaux et esthétiques.

Par Marc Zisman | Chers disparus | 20 mars 2017
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Chuck Berry est décédé le 18 mars 2017 à son domicile de St Charles dans son Missouri natal. Du haut de ses 1m87, celui que beaucoup considèrent comme le vrai king du rock’n’roll s’éclipse à l’âge de 90 ans. Légende, génie, précurseur, révolutionnaire, visionnaire : les adjectifs, surnoms et autres sobriquets dont il fut affublé (comme Jerry Lee Lewis, Little Richard, Bo Diddley, Buddy Holly, Eddie Cochran et Elvis Presley) sont évidemment tous vrais ! Auteur, compositeur et interprète, Chuck Berry incarna le big bang de l’idiome rock au point d’être l'un de ses ambassadeurs les plus essentiels. Celui aussi qui offrira ce genre musical à un plus large public – les Blancs – dans une Amérique en proie à une intense ségrégation. Mélodies, jeu de guitare et jeu de scène (son fameux duck walk – pas de canard – repris plus tard par Angus Young d’AC/DC), paroles, look et attitude, il fut à l’origine de la fusion des genres (rhythm & blues et country) et traduira en musique les secousses sismiques de l’Amérique de l’après-guerre, signant à sa manière la B.O. du fameux American Dream. Une façon d’abattre les barrières raciales mais aussi sociales. D'immiscer la subversion et un esprit de rébellion chez la jeunesse encore cadenassée dans son quotidien. Sexe, voiture, vitesse, insouciance et liberté : tous les marqueurs du rock’n’roll sont dans l’ADN de Chuck Berry ! Et son art rappela sans cesse la face farouche, binaire, dangereuse et indomptable de cet animal sauvage nommé rock’n’roll !



C’est en écoutant en boucle ses tubesques Johnny B. Goode, Roll Over Beethoven, Sweet Little Sixteen, School Days, My Ding a Ling, Carol, Little Queenie, Memphis Tennessee, Back In The USA et autres Maybellene que celles et ceux qui feront l’histoire à venir du rock’n’roll et de la pop music virent la vierge. Car sans Chuck Berry point de Rolling Stones, de Beatles, de Beach Boys, de Sex Pistols, de etc. Qui n’a pas repris une de ses chansons ? D’Elvis aux Beatles, d’Hendrix aux Stones, de Peter Tosh aux Sex Pistols, d'Eddy Mitchell à AC/DC, du Grateful Dead à John Cale, de Lennon à notre Johnny national ou de Creedence Clearwater Revival à Prince, la liste est sans fin… A l’annonce de la mort du musicien, tous les grands noms y sont d’ailleurs allés de leur hommage et de leur communiqué. Pour Brian Wilson des Beach Boys, « Chuck Berry m’a appris à écrire des mélodies de rock’n’roll ainsi que les parties vocales. » Chez les Stones, on se prosterne avec la même insistance. « Je suis si triste d'apprendre la nouvelle de la mort de Chuck Berry, déclare pour sa part Mick Jagger. Je veux le remercier pour toute cette musique qu'il nous a donnée et qui nous inspirait tellement. Il a éclairé nos années d'adolescent, il a donné vie à nos rêves de devenir musiciens et de monter sur scène. Ses paroles ont brillé par-dessus tout, et elles éclairaient d'une lumière étrange ce fameux American dream. Chuck, tu étais incroyable et ta musique restera gravée en nous pour toujours.» Evidemment, Keith Richards ne peut qu’acquiescer : « Une de mes grandes lumières s'est éteinte. »



Né Charles Edward Anderson Berry le 18 octobre 1926 à St. Louis dans le Missouri, le jeune Chuck qui grandit au son du blues, du gospel, de la country et du jazz qu’il écoute à la radio enchaîné les petits boulots mais surtout les bêtises qui l’expédient à la case prison à seulement 18 ans. Entre des travaux occasionnels (il sera notamment coiffeur !), il commence à tripoter la guitare en autodidacte et pousse même la chansonnette, copiant ses diverses idoles que sont Nat King Cole, Louis Jordan (le vrai seul pionnier du rock'n'roll ?), T-Bone Walker (sa plus grosse influence guitaristique !) et surtout Muddy Waters. C’est d’ailleurs le bluesman qui présentera Chuck Berry à Leonard Chess de Chess Records. Le 21 mai 1955, il enregistre son premier titre, une reprise de la chanson country Ida Red rebaptisée Maybellene et qui devient instantanément un tube grâce au célèbre DJ de l’époque, Alan Freed. A déjà presque 30 ans et en quelques semaines seulement, le nom de Chuck Berry est sur toutes les lèvres et les hits suivent dans la foulée : Roll Over Beethoven, Too Much Monkey Business et You Can’t Catch Me l’année suivante puis School Days et Rock and Roll Music en 1957. Loin d’être un bleu niveau comptabilité, le musicien se prend personnellement en main, devenant son propre manager et limitant le nombre de ses sidemen trop coûteux. Rapidement, d’autres tubes suivent comme l’autobiographique Johnny B. Goode en 1958, année durant laquelle il se paye même le luxe d’ouvrir son propre club à Saint Louis, le Berry’s Club Bandstand.



Mais un an plus tard, le succès aidant, Chuck Berry tombe dans les bras d’une mineur. Un faux pas qui l’envoie à nouveau derrière les barreaux début 1962 jusqu’à fin 1963. Une condamnation qui l’éloigne des studios et surtout de la scène… La jeune génération (Beatles, Stones, Beach Boys…) qui le vénère et reprend ses chansons lui permet de se produire enfin en Europe pour la première fois en 1964. Cet hommage est aussi le début de la fin pour lui et tous les autres pionniers alors vieillissants que le jeune public de la fin des années 60 et du début 70 n’intéresse plus trop… Chuck Berry continuera pourtant à enregistrer sur un rythme assez régulier, se produisant également sur scène aux quatre coins du monde dans ses habits de roi du rock’n’roll. En 1972, il réussit même à retrouver le sommet des charts grâce à My Ding-a-Ling. Rude en affaire, sa réputation ne cessera d’effrayer les producteurs de concert qu’il menace d’annulation le jour J sans une petite rallonge… Escroquerie, droits impayés et évasion fiscale, il visite régulièrement les tribunaux pour ses multiples problèmes de tiroir-caisse ou de mœurs. Sans surprise, ses concerts devinrent de moins en moins intéressants, le public venant entendre une légende malheureusement évaporée...

Mais son génie certes passé ne l’empêche pas d’être toujours aussi bien ancré dans la culture populaire. Comme en 1985, dans la scène de bal de fin d’année de Retour vers le futur de Robert Zemeckis, où Michael J. Fox alias Marty McFly reprend Johnny B. Goode en faisant le duck walk. Neuf ans plus tard, grâce à Quentin Tarentino, la jeune génération se passe en boucle son You Never Can Tell en imitant Uma Thurman et John Travolta dansant dans la scène la plus célèbre de Pulp Fiction. Enfin, le jour de ses 90 ans, le 18 octobre 2016, Chuck Berry avait enregistré pour le label Dualtone, un nouvel album à paraître prochainement.

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